L’école, entre laïcité et islamisme - France Catholique
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Le journal de la semaine

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L’école, entre laïcité et islamisme

Léon XIV a demandé aux évêques français de « défendre avec détermination la dimension chrétienne de l’enseignement catholique ». Michel Valadier, directeur de la Fondation pour l’école, souligne la nécessité de transmettre aux élèves, français et étrangers, notre histoire et nos traditions.
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L’évocation même de la laïcité entraîne l’incompréhension sincère des musulmans pieux. © Adobe Stock / Rawpixel.com

Depuis cinquante ans, de nombreux signes témoignent d’une empreinte de plus en plus forte de l’islam en France : création de centaines de mosquées, pratique du ramadan, multiplication des magasins halal, port du voile… Cette évolution entraîne une réaction forte de la population, y compris parmi les immigrés présents dans notre pays depuis plusieurs décennies : une majorité de Français considère que la montée de l’islamisme résulte de l’augmentation du nombre de musulmans radicalisés dans notre pays, par défaut d’assimilation à notre civilisation.

Les trois axes du gouvernement

En matière scolaire, la réponse mise en avant par le gouvernement repose sur trois axes :

–    Parler davantage de laïcité à l’école publique.

–    Contrôler plus étroitement les écoles privées hors et sous contrat.

–    Interdire ou limiter drastiquement l’instruction en famille.

Les deux derniers volets résultent de la croyance – non démontrée par les faits – que les musulmans les plus identitaires cherchent à échapper à l’école publique.

C’est ainsi que la loi Gatel de 2018 et la loi contre le « séparatisme » de 2021 permettent de vérifier les sources de financement des écoles privées, l’adhésion aux « principes de la République » et à la laïcité – la loi « séparatisme » réduisant par ailleurs considérablement la possibilité de l’instruction en famille, ce qui en fait un texte profondément liberticide. Elle a pourtant été soutenue par des défenseurs de la liberté scolaire, comme empêtrés dans une contradiction : « Encourager les alternatives à l’effondrement du système scolaire oui, mais il ne faudrait pas que cela profite aux islamistes. »

La réalité à travers les chiffres

Il est pourtant possible de dépasser cette contradiction. Mais examinons d’abord la réalité à travers quelques chiffres :

–    12 millions d’élèves sont scolarisés dans 58 000 écoles, de la maternelle à la terminale ; 10 millions fréquentent les 48 000 écoles publiques, et 2 millions fréquentent les 7 500 écoles privées sous contrat (catholiques à 96 %) et les 2 400 écoles privées hors contrat.

–    Il y a 70 écoles musulmanes privées en France, 11 sous contrat et 59 hors contrat. Elles scolarisent environ 17 000 élèves, soit 1 % des élèves musulmans. Les 99 % restant se répartissent entre une minorité difficile à chiffrer qui fréquente les écoles catholiques sous contrat – appréciées pour leur bon niveau et pour leur tolérance aux questions religieuses – et le gros des effectifs qui va à l’école publique, où force est de constater que la sensibilisation aux principes de la République ne permet pas d’arrêter l’islamisation des esprits.

Ceci n’est pas surprenant car l’évocation même de la laïcité entraîne l’incompréhension sincère des musulmans pieux. Le Coran ignore en effet la distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel – notion plus familière aux personnes de culture chrétienne : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 21). C’est pourquoi il est logique que les principales dispositions prévues par la loi séparatisme n’atteignent pas leur objectif. Et la nouvelle loi annoncée le 10 avril par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, ne règlera rien.

Comment faire aimer la France ?

Dès lors, comment faire aimer la France aux élèves de culture étrangère et ainsi lutter efficacement contre l’entrisme islamique ?

L’expérience réussie d’écoles libres hors contrat non confessionnelles peut nous éclairer car leur approche est parfaitement transposable dans l’enseignement public. Certaines de ces écoles sont installées dans des zones où réside une forte proportion de familles issues de l’immigration. Elles réussissent là où l’école publique, et même l’école catholique sous contrat, rencontrent des difficultés.

Au lieu d’invoquer la laïcité, les communautés éducatives de ces établissements s’appuient sur la culture française (de tradition chrétienne), son histoire (héros, saints et grands personnages), ses coutumes (habillement, art de la table, galanterie, etc.). Les grandes fêtes qui ont jalonné la vie du peuple français pendant des siècles y sont célébrées. Enfin, l’enseignement de l’histoire y est chronologique. L’approche proposée se veut clairement assimilationniste à la culture et aux coutumes françaises, même lorsque beaucoup des enfants en classe sont de confession musulmane. Et cela marche ! Les parents respectent les éducateurs qui leur tiennent ce discours et acceptent finalement la « règle du jeu ». Ils ont compris qu’il y a là un chemin gagnant/gagnant pour leurs enfants.

À quoi sommes-nous attachés ? Qu’est-ce qui nous permet d’être un peuple ? Qui sommes-nous ? Combien de temps encore allons-nous, au nom d’une tolérance mal placée, accepter de considérer que les coutumes françaises ne doivent pas être mises en avant en France au nom du respect des autres coutumes ?

Chaque pays a ses coutumes et nous devons former la communauté éducative à expliquer que toute personne qui vient et vit en France doit connaître et apprendre à les respecter, comme doit le faire un Français qui visite ou s’installe dans un pays étranger.

Concrètement, cela suppose de revoir les programmes d’histoire et de géographie pour rétablir un enseignement chronologique, et de remettre à l’honneur la géographie physique qui a cédé trop de place aux sujets d’études sociologiques. Mais nous pouvons aussi agir dans une autre discipline : réformer le programme d’enseignement moral et civique (EMC), du CP à la terminale. Celui en vigueur est trop conceptuel. Il est possible de l’enrichir d’un important volet de culture générale qui s’appuierait sur le beau, le vrai et le bien.

Les dégâts du matérialisme

Les professeurs et les éducateurs ont besoin d’une vision politique claire et réaliste car ils sont les premiers à réaliser combien l’argument du respect de la laïcité ne résiste pas face à des jeunes qui veulent imposer leurs coutumes et qui, de surcroît, méprisent notre quasi-absence de toute transcendance, tandis que d’autres nous trouvent trop empêtrés dans un matérialisme qui ne fait pas toujours honneur à l’aspect le plus noble de l’être humain.

Bien entendu, ces propositions prises isolément ne régleront pas le problème dans son ensemble, mais elles peuvent accompagner la mise en place d’un grand projet assimilationniste. Pour être efficace, celui-ci suppose toutefois une remise en cause de l’actuelle politique d’immigration. Et sur ce point aussi, il y a urgence !

La Fondation pour l’École présentera le 4 mai, au Sénat, les résultats d’un sondage réalisé par l’Ifop sur ce que les Français veulent pour l’école, à un an de la présidentielle.
Colloque : Lundi 4 mai 2026 / 16h-18h
Palais du Luxembourg
15 ter, rue de Vaugirard – 75006 Paris
www.fondationpourlecole.org