1re lect. : Ac 2, 42-47.
Psaume : 117.
2e lect. : 1 P 1, 3-9.
Évangile : Jn 20, 19-31. « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Le deuxième dimanche de Pâques a revêtu, depuis Jean-Paul II, une nouvelle identité : la fête de la Miséricorde, à la suite des révélations de Sœur Faustine Kowalska (1905-1938). Mais la liturgie antérieure n’était pas dépourvue de toute référence à la miséricorde divine, car voici comment s‘exprime saint Pierre dans l’épître du jour : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la Résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. »
Des convalescents
Cette phrase n’est pas sans rapport avec l’évangile de ce dimanche, qui est le récit de deux apparitions du Ressuscité à une semaine de distance : apparition aux dix – Judas n’étant pas encore remplacé et Thomas se trouvant absent – puis apparition aux onze – Thomas étant, cette fois-ci, présent. On peut mesurer dans ces deux épisodes comment se manifeste la miséricorde de Jésus : il s’agit de se pencher sur la situation de ces hommes qui avaient tout misé sur lui et qui ont connu un choc très violent, quand ils ont vu celui qui synthétisait leurs espoirs condamné à une mort infâme, cloué à la Croix, et finalement mort entre deux malfaiteurs. De plus, plusieurs d’entre eux ont à se reprocher de l’avoir abandonné, voire trahi au dernier moment.
Bien sûr, de le voir maintenant ressuscité est une immense joie pour eux, mais ils ont quand même du mal à se remettre de ce qui est arrivé. Rêvent-ils ? Ce sont des convalescents que le Christ rencontre, et on voit là la raison des précautions qu’il prend avec eux. Il leur propose de relire avec lui les événements et d’y voir, à la lumière des Écritures saintes, le déploiement d’un projet grandiose de Dieu.
En même temps, il les invite à constater la réalité de sa présence, en chair et en os, au-delà de la mort qu’il a subie. Avec Thomas qui avait dit, avant l’arrestation de Jésus : « Allons-y, nous aussi et nous mourrons avec lui ! » (Jean 12,26) et qui a fui au moment de l’arrestation, il déploie une attention presque maternelle. Il voit bien que, si celui-ci l’a mis au défi de venir toucher les cicatrices de ses plaies, c’est parce qu’il a peur d’être déçu cette fois encore, et qu’il joue maintenant le sceptique, dans l’espoir qu’on va le détromper. Et Jésus se prête à la vérification, il découvre son côté et se laisse palper par son ami !
Pour que tout reparte, il a fallu cette guérison en profondeur que seul Jésus pouvait dispenser. La miséricorde suppose ce qu’on appelait jadis la « condescendance ». Un mot difficile à employer aujourd’hui parce qu’il a pris le sens d’une simple pitié, méprisante de surcroît. Or le mot dit simplement qu’on accepte de descendre jusque-là où languit notre frère blessé, pour lui redonner le goût de vivre et de lutter. Cela, Jésus l’a fait.