L’emplacement de l’imposant Mémorial de la Vendée aux Lucs-sur-Boulogne, au nord de La Roche-sur-Yon, ne doit rien en hasard. Inauguré en 1993 par Alexandre Soljenitsyne – pour qui « longtemps, on a refusé d’entendre et d’accepter ce qui avait été crié par la bouche [des Vendéens] qui périssaient. […] Ces paysans se révoltèrent contre la Révolution […], [car ils avaient perçu que] toute révolution déchaîne chez les hommes les instincts de la plus élémentaire barbarie » –, le bâtiment entretient la mémoire de ce que l’historiographie vendéenne qualifie d’« Oradour des guerres de Vendée » : les 28 février et 1er mars 1794, quand les colonnes infernales du général Cordelier massacrèrent près de 600 Vendéens.
Dans la chapelle du Petit-Luc, située à quelques dizaines de mètres en hauteur et construite sur l’emplacement du chœur de l’ancienne église brûlée par les républicains, 22 plaques listent l’identité de 564 victimes et leur âge. En lisant les noms, l’on comprend bien vite pourquoi ce massacre a durablement marqué la population : 107 enfants figurent parmi les victimes. Jacques, Louis, Rose et Jeanne Malidin, respectivement 12, 8, 6 et 3 ans ; Marie-Jeanne et Jean-Baptiste Vrignaud, 5 et 4 ans ou encore Jean et Jules Sorin : l’un était un enfant de 4 ans et l’autre un bébé de 5 mois seulement.
Martyrisés en « haine de la foi » ?
Une question demeure : ont-ils été massacrés, comme l’indiquent les plaques, en « haine de la foi », ouvrant la voie à leur béatification ? Ou pour des considérations purement politiques ? Les vitraux de l’église Saint-Pierre-et-saint-Paul des Lucs-sur-Boulogne, située à proximité, indiquent en tout cas de quelle manière la mémoire, transmise localement, a choisi de répondre à la question. Chaque transept montre ainsi les républicains passer une partie des femmes et enfants au fil de la baïonnette, ayant parqué les autres dans une église en feu (voir illustration).
Quant aux vitraux des bas-côtés de cette grande église du XXe siècle, ils mettent à l’honneur la vie du prêtre réfractaire Charles Barbedette (1742-1813), grâce à qui la mémoire du massacre des Lucs a pu se transmettre : au XIXe siècle, le curé des Lucs, l’abbé Jean Bart, a en effet retrouvé une liste contemporaine du massacre, consignant le nom, l’âge et le village d’origine de 564 victimes. Le document, rédigé par l’abbé Barbedette et connu comme le « martyrologe des Lucs », est conservé aux Archives diocésaines. Aujourd’hui, si la mémoire des Lucs semble s’estomper dans le diocèse et que le dossier pour la béatification est refermé, la prière pour obtenir la béatification des « petits Lucs » est toujours encouragée, comme en témoigne une plaquette installée à l’entrée de la chapelle du Petit-Luc.
Dimanche 1er mars 2026 : Commémoration du massacre des Lucs-sur-Boulogne. Journée organisée par le Souvenir Vendéen, en présence de Mgr Renauld de Dinechin, évêque de Luçon.
