« Iliade » et « Franciade » - France Catholique
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Le journal de la semaine

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« Iliade » et « Franciade »

Homère a rassemblé dans l’Iliade tous les ingrédients de la tragédie grecque, qui influencera si profondément le théâtre français.
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L’Adieu entre Hector et Andromaque, de Luca Ferrari (XVIIe siècle), palais Pisani Moretta, Venise.

Dans l’Iliade, ce long poème épique d’Homère, s’entremêlent la vie des hommes et celle des dieux. En définitive, c’est bien ce qui se joue dans le cœur d’Achille qui va décider de l’avenir de la Grèce et des Troyens. Et c’est autour de ce combat intérieur que les dieux eux-mêmes vont se distribuer leurs rôles. Dans l’Iliade est rassemblée toute la tragédie classique qui imprégnera le théâtre grec puis, bien longtemps après, notre théâtre français.

Homère a concentré son regard sur dix années de la guerre, correspondant aux dix années de la colère d’Achille. Il a fait défiler les chefs et les héros, tous reconnaissables à la beauté de leurs armures et, quand il décrit la vie de ces rois grecs dans leurs îles, on assiste à des scènes de haute civilisation malgré la guerre. Le premier art que connaissent ces pasteurs des peuples est celui du discours dans lequel Nestor, le plus âgé et le plus sage des héros grecs, sera le plus habile. César disait des Gaulois qu’ils aimaient les belles armes et les beaux discours. Est-ce à l’école grecque qu’ils étaient allés puiser ces qualités ?

La noblesse des caractères

Quand on va et que l’on revient du monde de l’Iliade, on reste frappé par la noblesse des caractères, la dignité des personnages. Quel couple est plus exemplaire qu’Hector et Andromaque, dont les adieux, hors des murs de Troie, aux portes de la ville, sont un modèle de courage et d’amour conjugal ? Et si la colère d’Achille commence par des sentiments qui enflamment le cœur du héros, l’Iliade se termine sur la majesté des obsèques d’Hector. Ainsi, lorsque Virgile, avec l’Énéide, voudra écrire l’épopée de Rome, il rattachera Énée à la maison de Priam, permettant aux Latins de trouver leur fierté à descendre de la grande cité vaincue. Il en sera de même pour la France lorsqu’au XVIe siècle Ronsard, dans la Franciade, épopée inachevée, essayait de faire descendre les Français d’une peuplade troyenne.

C’est vers le IVe siècle avant Jésus-Christ qu’Athènes a fixé la forme de ses poèmes, et la philosophie politique et religieuse qui en découlent irriguera toute la pensée européenne. On reste stupéfait devant la beauté des images employées par Homère et par sa méthode quasi cinématographique : une vaste description de grands plans où l’armée est représentée comme un immense rassemblement de chevaux ou de lions, alternant avec un braquage de l’objectif sur un ou deux guerriers, montrant ainsi une guerre qui n’est pas une guerre totale de peuples contre peuples mais une guerre de princes. Ces images ont inspiré non seulement les grands poètes – Virgile, Dante, Racine, Mistral – mais aussi, plus proches de nous, les cinéastes pour nous offrir du grand spectacle. Si les films sont inférieurs à leurs modèles, ils n’en ont pas moins popularisé les grandes figures homériques : Ulysse, Pénélope, Hélène, Pâris, Andromaque, Hector…

La fidélité conjugale, les grandes trahisons, les haines fratricides ou parricides ont également inspiré le théâtre français jusqu’au XXe siècle. Il suffit de penser à Jean Giraudoux, Jean-Paul Sartre ou Jean Anouilh pour mesurer l’universalité et la permanence de ces thèmes.

Dans sa préface à l’Anthologie de la poésie grecque, Brasillach écrit que le grand legs de la Grèce est de nous enseigner que l’homme est la mesure de toute la création. Le monde des dieux et des hommes est intimement mêlé, et ce qui se passe dans le cœur des hommes commande l’histoire. Il y a comme une grande préface au mystère de l’Incarnation, et l’on voit dans cette gigantesque épopée surgir des éléments d’annonce de ce grand mystère.