Les leçons d'Homère - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Les leçons d’Homère

Comme les Romains, les Français ont prétendu descendre des Troyens. Voici pourquoi.
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Hélène et Pâris, détail d’un cratère à figures rouges, vers -380/-370, musée du Louvre, Paris.

Le « monument » Homère se compose de deux grandes épopées, l’Iliade et l’Odyssée, et de poèmes qui sont comme des variations sur les deux grands thèmes fondamentaux. Il inspire à la fois l’admiration et une crainte révérencielle qui fait qu’il demeure souvent inconnu. Or, dans ces épopées qui sont à la source de notre civilisation, il y a beaucoup de richesses pour le lecteur d’aujourd’hui.

L’Iliade n’est pas le récit de la guerre de Troie mais un moment au milieu de cette guerre. Rappelons-en les causes. Ménélas, roi de Sparte, avait accueilli chez lui Pâris, prince de Troie. Or Pâris séduisit sa femme, Hélène, et l’emmena à Troie, emportant avec elle la dot que son père avait donnée à Ménélas. Il s’agissait donc non seulement d’une tromperie et d’un vol mais d’un manquement grave aux lois sacrées de l’hospitalité. Ménélas appela à son secours les rois grecs et celui qui les commandait, Agamemnon, roi de Mycènes, appelé le roi des rois.

La colère d’Achille

Au moment où commence l’Iliade, Achille, le héros grec, s’est retiré sous sa tente à la suite d’une querelle avec Agamemnon. La colère d’Apollon s’est déchaînée sur le camp des Grecs dont l’armée est constamment vaincue par les Troyens. Patrocle supplie alors Achille, son frère de lait, de sortir de sa retraite, mais le héros accepte seulement de donner ses armes à Patrocle pour qu’il combatte les Troyens. Patrocle renverse la situation, mais il est tué par Hector, le prince des Troyens. Alors, la colère d’Achille se déchaîne : il tue Hector et emporte son corps pour l’outrager en vengeance de la mort de Patrocle.

C’est alors que Priam, le roi de Troie, décide, contre l’avis de ses conseillers, d’aller réclamer aux Grecs le corps de son fils. Priam arrive chez Achille, se met à genoux devant lui et lui demande le corps d’Hector. Revoyant sous les traits de Priam ceux de son père, Achille se laisse fléchir et fait préparer le corps de son adversaire. Priam peut ramener son fils à Troie, où les honneurs lui seront rendus. Le poème s’achève sur cette apothéose d’Hector.

Les Romains – et plus tard les Français – prétendront descendre des Troyens qui ont ainsi le beau rôle dans cette guerre où le poète est pourtant un Grec.

L’histoire des combats peut se lire comme un roman, si on accepte que le poète, à chaque duel de rois, retrace leur généalogie. C’est comme un rite, qui prouve que cette guerre n’est pas un affrontement de masses mais un combat de princes. Dans cette guerre, les dieux sont mêlés aux hommes, on les voit même se diviser à propos du conflit des humains. Nous sommes à une période où les héros sont tous à moitié d’origine divine, et le monde des dieux et celui des humains s’interpénètrent sans cesse. Bien qu’ils soient immortels, on ne trouve pas chez les dieux une dimension qui domine les péripéties du monde humain. Zeus lui-même n’arrive pas à imposer sa volonté à sa femme Héra et seul demeure, au-dessus, le fatum ou destin qui s’impose aux dieux et aux hommes.

L’œuvre est riche en réflexion politique. Profitant de la discorde entre Achille et Agamemnon, un démagogue, Thersite, veut faire prévaloir, sur l’autorité du roi des rois, un vote de la multitude. Au lieu de lui répondre avec des arguments, Ulysse, d’ordinaire habile en discours, le frappe avec son poignard et son sceptre. Le poète se contente de conclure : « Il n’est pas bon de confier le pouvoir à une multitude. Il faut qu’il soit concentré dans les mains d’un seul. »

Malgré sa défaite, Troie reste le symbole de la civilisation par la noblesse des sentiments qui animent le cœur de ses dirigeants et qui, plus forts que tous les dieux, font l’histoire.