La liste des saints éducateurs est longue, prouvant à quel point le christianisme a toujours eu le souci de l’éducation intégrale des personnes et des peuples. En tête se place saint Thomas d’Aquin, patron des collèges et universités catholiques, des professeurs, philosophes, théologiens et étudiants, mais il est vrai que son œuvre immense pour l’intelligence ne touche pas directement à l’enseignement ordinaire. Son maître saint Albert le Grand, lui, est imploré par les scientifiques. Le saint cardinal John Henry Newman est le dernier venu, proclamé co-patron de l’éducation catholique depuis octobre dernier. Mais il en existe d’autres, comme saint François de Sales, protecteur des écrivains, journalistes et de la presse catholique ; sainte Scholastique, dont le nom signifie « érudite » ; sainte Gemma Galgani qui se penche sur les étudiants ayant, comme elle, une santé fragile ; sainte Catherine d’Alexandrie qui convertit bien des philosophes païens par son verbe ; sainte Elizabeth Ann Seton et saint John Neuman, initiateurs de l’éducation catholique aux États-Unis ; saint Joseph de Cupertino, peu doué dans les études, qui repêche les étudiants devant leurs examens, saint Philippe Néri, etc.
Pédagogie intégrale
Trois figures se détachent plus particulièrement à cause de leur apport original, de la modernité de leur approche dans leur époque : saint Jean-Baptiste de La Salle (1651-1719), saint Jean Bosco (1815-1888) et Edith Stein, en religion sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (1891-1942). Tous ont pris au sérieux l’appel lancé par le Maître à chaque disciple : « Allez, enseignez toutes les nations » (Mt 28, 19). Pour ce faire, il est nécessaire de se laisser enseigner par Dieu afin de devenir, ensuite, instrument de science et de salut pour autrui. La pédagogie chrétienne s’occupe de tout l’être humain, en chacune de ses dimensions, pas simplement la sphère intellectuelle, mais aussi le corps et la vie surnaturelle.
Saint Jean-Baptiste de La Salle : lutter contre le péché
Le XVIIe siècle voit émerger, avec saint Jean-Baptiste de La Salle, une conception neuve car cet éducateur sera habité par le souci d’arracher l’enfant à la médiocrité des instincts de la nature humaine pécheresse. Il voudra aider l’homme à devenir ce qu’il est vraiment, quelle que soit sa condition sociale. Même si les méthodes vont se diversifier, selon les besoins et les situations de chaque temps et de chaque lieu, il existera toujours cette spécificité catholique qui prend en compte toutes les composantes humaines.
La famigliarità de Don Bosco
Saint Jean Bosco, se penchant sur les riches comme sur les pauvres, saura respecter le fait que « la grâce n’abolit pas la nature » et qu’il est urgent de guérir les blessures, d’aider chaque enfant et chaque adolescent à dépasser ses limites tout en respectant ses talents propres. Son but était de faire grandir, jamais d’humilier ou d’écraser, jamais de créer une élite en négligeant le reste du troupeau mais en essayant de donner à chacun la place qui lui revient. Tous ces éducateurs partagent en commun le sens de l’organisation, l’aisance dans la relation humaine, l’immense patience et la miséricorde sans faille en présence des plus rétifs. Par exemple, le principe de base de saint Jean Bosco fut la famigliarità, comprise comme « esprit de famille ». Il écrivait dans une fameuse lettre de Rome en 1884 : « Vois, la famigliarità produit l’affection, et l’affection engendre la confiance. » Et encore : « Que non seulement les garçons soient aimés, mais qu’ils se sachent aimés. » Il fait confiance aux jeunes et il déploie la charité, toujours en toute justice si cela est nécessaire pour le bien de l’individu et du groupe. Mieux que tout autre, il a su déployer les liens de la charité dans l’éducation, parmi les élèves entre eux et dans la relation maîtres-étudiants.
Sainte Edith Stein : former à la liberté
Sainte Edith Stein, avant d’être carmélite, fut professeur de philosophie et elle réfléchit longuement sur l’éducation moderne, en un temps où le freudisme faisait déjà des ravages avec son déterminisme. Elle mit en place, – nourrie par saint Thomas d’Aquin et le cardinal Newman qu’elle traduisit –, une méthode formant au contraire à la liberté ordonnée à l’amour du Bien, du Beau et du Vrai. Elle souligne l’articulation entre l’horizontalité et la verticalité, rappelant ainsi l’union de trois aspects : enseigner, éduquer et évangéliser. Dans Les problèmes posés par l’éducation des jeunes filles, sainte Edith Stein insiste sur ce lien entre pari de l’intelligence et croissance de l’âme : « L’état d’enfant de Dieu avec son suprême accomplissement dans la gloire nous est fixé comme but par l’ordre de la création et par l’ordre de la rédemption ; dans l’un comme l’autre, il dépend de notre libre coopération. C’est pourquoi le travail éducatif doit également embrasser ce but surnaturel. » Chaque saint éducateur apporta sa touche personnelle, dans les cadres de son temps, mais tous eurent l’amour des êtres, tels qu’ils sont et tels qu’ils peuvent devenir dans leur développement naturel et spirituel.
