Aujourd’hui, selon l’incubateur Esprit de patronage (structure de formation pour accompagner la création des patronages en France), 80 diocèses en France ont ouvert des patronages, ces œuvres qui, après l’école et pendant les vacances, éduquent les enfants par le jeu et la prière. Un chiffre en hausse. Au creux des années 2000, seuls 150 de ces œuvres persistaient tant bien que mal, au cœur de la mêlée laïciste qui voulait les remplacer par des « centres de loisirs ». Ils sont aujourd’hui le double. Ces écoles de vie chrétienne, fondées par l’Église, sont trop fondamentales pour que l’on puisse s’en passer.
Durant l’année scolaire 2022-2023, Geoffrey Laurent s’est lancé le défi, avec son épouse, ses deux enfants et un camping-car, de faire le tour de France des patronages, pour inciter prêtres et laïcs à se lancer dans cette aventure. « Nous sommes partis avec les reliques de saint Jean Bosco, ce qui nous a permis de faire de très nombreuses rencontres, dans 180 paroisses. Après notre passage, 80 d’entre elles ont ressenti le désir d’ouvrir un patronage. » Et cette œuvre se pérennise d’elle-même, puisque, une fois l’âge atteint, l’enfant devient à son tour encadrant. « Le patronage est un lieu de construction d’une chaîne de transmission, où la pédagogie est portée par les jeunes », explique l’abbé Vincent de Mello, fondateur de l’incubateur Esprit de patronage, qui, depuis 2022, accompagne la renaissance de ces structures.
La pédagogie du jeu
« Ici on joue, ici on prie » : la devise des patronages, instituée par l’abbé Jean-Joseph Allemand, au XIXe siècle, s’inscrit dans une riche tradition, et ouvre l’enfant à la joie du service et de la prière. « Le patronage n’est pas d’abord un lieu d’instruction, mais un lieu de vie et de sociabilité chrétienne », précise l’abbé de Mello. Un lieu de vie qui apprend par le jeu, pivot de l’éducation. « Le jeu est un besoin qui n’a pas changé, déclare Geoffrey Laurent. Les enfants de Don Bosco avaient besoin de jouer. Et les nôtres aussi ! Le patronage est une réponse qui vaut pour tous les siècles. » Chasses au trésor, danse, théâtre, football, cuisine… Par le jeu, l’enfant nourrit ses talents et développe ses facultés. À l’un de ses petits protégés qui lui demandait comment devenir saint, Don Bosco répondit : « En faisant ce que l’on doit faire, au moment où l’on doit le faire. » Et il y a trois choses à faire : prier, servir et accomplir son devoir d’état. Et le devoir d’état de l’enfant, à la sortie de l’école, c’est de jouer. Une intuition pédagogique transmise par l’abbé Allemand : « Je n’aurais pas confiance en un enfant qui ne joue pas, passerait-il des heures en prière à la chapelle », disait-il.
« Don Bosco faisait passer les règles par le jeu, raconte Geoffrey Laurent. Dans le jeu, on respecte l’arbitre, ses camarades, le plus faible, le plus fort. Dans le monde de l’enfant, le jeu est quelque chose d’extrêmement sérieux, par lequel il se construit. Il apprend à se positionner par rapport à l’autre. En lui apprenant à se dépasser, le jeu permet à l’enfant de devenir un homme. » Et un saint, devrait-on ajouter. Car au patronage, on éclaire le quotidien par le spirituel. « Par le jeu, nous transmettons la foi et les valeurs de l’évangile », explique Don Jean-Baptiste Balaÿ, directeur d’un patronage à Mortagne-au-Perche (Orne). La prière devient aussi simple et vitale que le jeu.
À Paris, le Bon Conseil (15e arrondissement), fondé par l’abbé Louis Esquerré en 1894, accueille une cinquantaine d’activités, pour enfants de tous âges. « Le tout unifié dans un projet éducatif : celui de l’éducation intégrale de l’enfant, explique l’abbé Francisco Dolz, directeur. Avec le jeu, nous proposons la messe quotidienne, une lecture de la Bible commentée, du catéchisme. L’enfant prend des responsabilités, rend service, fait sienne la maison, en participant au fonctionnement du quotidien. Les enfants arrivent heureux, et repartent heureux. » C’est une « oasis de vie », comme aime l’appeler l’abbé de Mello, un lieu qui fait du bien, moralement et spirituellement. « Au patronage, les enfants créent un lien affectif avec l’Église, pas seulement un lien effectif », explique-t-il. Les prêtres et religieuses qui s’en occupent manifestent le Royaume de Dieu à hauteur d’enfant.
La conversion des familles
« Le patronage, c’est une activité pensée pour les familles, explique l’abbé Dolz. C’est un excellent soutien éducatif. » Un relais bienvenu, dans une société où les valeurs de la foi et l’éducation chrétienne sont freinées, ou même piétinées. Et une porte d’entrée dans l’Église.
Pour Geoffrey Laurent, « le patronage répond à un besoin de notre temps ». Il n’est pas une mode, ou le projet éducatif d’un autre siècle. L’Église se met au service des familles, une mission toujours féconde. « C’est un lieu où l’on vit la foi. C’est une église à côté de l’église, qui est une porte de l’Église ! Aujourd’hui, la foi ne se vit plus beaucoup dans les foyers. Et j’ai vu des familles entières se convertir grâce aux patronages, grâce aux habitudes de prière que les enfants ont prises. »
Au Bon Conseil, « en rythmant le calendrier avec l’année liturgique, nous permettons aux enfants d’ancrer dans leur quotidien la fidélité au Seigneur, que cela devienne naturel : le prêtre joue avec eux, et l’éducateur mène la prière. Ce n’est pas cantonné à l’église paroissiale. La vie spirituelle devient ainsi très simple, et très abordable. Plus que du loisir, nous permettons aux enfants de prier Jésus, et de rencontrer des chrétiens. Il m’est arrivé qu’une maman, venue pour inscrire son enfant, me demande de la confesser, parce que cela faisait longtemps… Le patronage est un lieu missionnaire : il faut que les paroisses les développent ! De nombreuses vocations en sortent, et chaque famille en est grandie. » Le patronage est une clef pour l’Église de demain.
