L’hiver démographique qui vient - France Catholique
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Le journal de la semaine

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L’hiver démographique qui vient

En 2025, la France a enregistré plus de décès que de naissances. Ce basculement rend plus urgent que jamais le traitement de problématiques majeures, sociétales et migratoires en particulier.
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© Adobe Stock / freshidea

Et voilà. Nous y sommes. L’année dernière, selon l’INSEE, l’état civil a enregistré 6 000 décès de plus que de naissances. C’est le fameux hiver démographique qui commence, amenant la France dans le club des vieilles nations chrétiennes dont les populations locales s’étiolent, comme l’Italie et l’Espagne. Faut-il préciser que ce solde négatif s’explique par l’effondrement de la natalité, hélas structurel, ancré dans le temps long, et non pas par un accroissement subit du nombre de décès comme une épidémie ou une guerre auraient pu le provoquer, même si l’arrivée dans les catégories du grand âge des populations issues du baby-boom renforce le phénomène.

Voici dix ans, en 2015, le solde naturel était positif et s’établissait encore à + 200 000, ce qui déjà suscitait des commentaires inquiets : c’est dire le vertige qui doit nous saisir au regard des chiffres de 2025. Et pourtant, la population française a continué de croître en 2025 : elle a augmenté de 0,25 % pour s’établir à 69,1 millions d’habitants. Paradoxal ? Non : c’est l’immigration, le second moteur démographique, qui explique cette variation avec un solde migratoire positif de 176 000 personnes en 2025, soit l’équivalent d’une ville comme Le Havre ou Reims…

Comment expliquer cet effondrement dont nul ne réfute les conséquences désastreuses ? « Il existe des raisons conjoncturelles à cette baisse, comme la guerre aux portes de l’Europe et la crise économique avec une forte inflation, qui peuvent créer un décalage pour une partie du calendrier des naissances, explique Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études démographiques et sociales à l’INSEE, interrogée par Le Figaro (14/01), mais le fait que cette baisse dure depuis 15 ans renvoie à des causes plus structurelles, comme le moindre nombre d’enfants souhaités par les jeunes générations. »

Le rôle des écrans

Cette baisse du désir d’enfants chez les jeunes semble non seulement le fruit de comportements guidé par l’air du temps, malthusien et décroissant, mais aussi par le bouleversement de l’intimité suscité par la déferlante des écrans qui impacte à la baisse les relations intimes. Une étude de l’IFOP conduite en 2024 montrait que près de 30 % des jeunes de 18 à 24 ans n’avaient eu aucun rapport sexuel au cours de l’année écoulée, mus non pas par le souci de cultiver une belle chasteté en attendant de s’engager dans le mariage, mais plutôt happés par les écrans et l’afflux de dopamine qu’ils procurent. Netflix et Instagram : meilleurs contraceptifs de l’époque ? « Face à un écran qui met tout à notre disposition, immédiatement, gratuitement et sans grand travail, le désir sexuel « analogique » – qui nécessite de communiquer avec son partenaire – paraît soudainement beaucoup moins « rentable » pour le cerveau », peut-on lire sur le site de la RTBF.

Les chaînes brisées

Au-delà des facteurs exogènes – risques économiques, incertitudes face à l’avenir – et de ce bouleversement des pratiques intimes, l’attrition démographique et la chute du désir d’enfants peuvent aussi s’expliquer par une rupture du sentiment d’appartenance et du souci de la transmission. La société des individus, façonnée par l’idéologie libérale, n’a eu de cesse de briser les chaînes de transmission : la famille, bien sûr, mais aussi la religion, la culture, les traditions et les langues locales, etc. Dès lors, pourquoi transmettre dans une civilisation qui, dans une illusion mortifère, se croit dégagée de l’impératif de transmettre ? « Lorsque tout devient choix individuel, la fidélité à une histoire commune apparaît comme une contrainte. D’où cette impression d’un peuple dissous dans un espace globalisé où ne subsistent que des fragments identitaires ou des intérêts privés », note le journaliste Thomas Hennetier dans la revue Éléments (novembre 2025).

Mettre fin à l’hiver démographique et susciter le renouveau de la natalité suppose donc d’entreprendre une multitude de combats dont le moindre n’est pas de réinsuffler le souci du « droit à la continuité historique » que cherche à éradiquer la « cancel culture ». Une entreprise qui nécessite une espérance sans faille à l’heure où la légalisation possible, sinon probable, de l’euthanasie apparaît comme un nouveau clou – et quel clou ! – enfoncé dans le cercueil de la dynamique démographique.