9 idées reçues sur la fin de vie - France Catholique
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Le journal de la semaine

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9 idées reçues sur la fin de vie

Alors que le Sénat examine les textes sur la fin de vie, le philosophe Matthieu Lavagna réfute les idées reçues sur ce sujet. Et oppose des arguments rationnels à un débat souvent émotionnel, ou faussement compassionnel.
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1. Dans les souffrances extrêmes, offrir une « mort douce » est un devoir de compassion.

On donne souvent l’impression que les opposants à l’euthanasie seraient des personnes inhumaines voulant laisser les malades mourir dans d’atroces souffrances. C’est une caricature grossièrement fausse. Compatir signifie « souffrir avec » : il s’agit de partager la peine de l’autre, de le soutenir dans l’épreuve. Nous avons le devoir de faire tout ce qui est possible pour apaiser la douleur du malade tout en respectant sa dignité. Il faut supprimer la douleur du patient et non supprimer le patient, en le tuant intentionnellement… Tuer quelqu’un s’oppose radicalement au fait de « souffrir avec lui ». L’euthanasie est présentée comme la meilleure solution à la souffrance car beaucoup de ses partisans ignorent que la médecine moderne est capable de soulager toutes les douleurs physiques grâce aux soins palliatifs.

2. L’euthanasie offre une « mort dans la dignité ».

Comment peut-on parler de « mourir dans la dignité » en défendant activement le droit pour un médecin de commettre un homicide volontaire sur son patient ? Un tel geste n’a absolument rien de digne. Mourir dans la dignité, c’est être soigné jusqu’au bout, dans les limites du raisonnable, sans acharnement thérapeutique, et en soulageant les douleurs – même si cela peut, comme effet secondaire non désiré, hâter la mort. Le geste euthanasique, lui, est tout le contraire d’un acte de compassion, c’est un abandon radical.

La fondation Jérôme-Lejeune formule cela avec justesse : « L’expression mourir dans la dignité est une erreur conceptuelle dramatique : car elle revient à déclarer que nos malades, nos personnes âgées, ceux qui souffrent et qui acceptent d’être soignés et soutenus, ont perdu leur dignité. Cette expression concentre le mépris que notre société porte en réalité sur ses membres les plus fragiles. Elle illustre, non pas la dignité, mais l’indignité de leur regard sur les personnes vulnérables. C’est une insulte à ceux qui savent ce que c’est d’être dans une situation de faiblesse ou d’aimer quelqu’un qui l’est » (Manuel sur l’euthanasie, fondation Jérôme-Lejeune, p. 37).

3. La loi encadrera bien la pratique.

Pour savoir ce qui se passera en France, il faut observer les pays ayant légalisé l’euthanasie depuis longtemps. En particulier au Canada, en Belgique et aux Pays-Bas, le nombre d’euthanasies augmente fortement d’année en année. Dans une tribune publiée dans Le Monde, Theo Boer, ancien défenseur de l’euthanasie aux Pays-Bas, écrit : « J’ai soutenu la loi et travaillé, de 2005 à 2014, pour les autorités chargées de contrôler les cas d’euthanasie. J’étais convaincu que les Néerlandais avaient trouvé le bon équilibre entre la compassion, le respect de la vie humaine et la garantie des libertés individuelles. Cependant, au fil des années, certaines évolutions m’ont inquiété de plus en plus. Après une période initiale de stabilisation, nous avons assisté à une augmentation spectaculaire du nombre d’euthanasies qui sont passées de 2000, en 2002, à 7800, en 2021, avec une augmentation continue en 2022. Dans certains endroits des Pays-Bas, jusqu’à 15 % des décès résultent d’une mort administrée. Le directeur sortant du Centre d’expertise sur l’euthanasie […] s’attend à ce que le nombre d’euthanasies double, à brève échéance. Nous avons également assisté à des évolutions dans la manière d’interpréter les critères juridiques. Au cours des premières années de l’euthanasie aux Pays-Bas, celle-là concernait presque exclusivement les adultes mentalement aptes et en phase terminale. Après quelques décennies, la pratique s’est étendue aux personnes souffrant de maladies chroniques, aux personnes handicapées, à celles souffrant de problèmes psychiatriques, aux adultes non autonomes ayant formulé des directives anticipées ainsi qu’aux jeunes enfants [sic !]. Actuellement, nous discutons d’une extension aux personnes âgées sans pathologie » (Le Monde, 1er décembre 2022).

Tout cela est logique. On sait par expérience que les lois commencent toujours par une simple autorisation, circonstanciée et très encadrée, avant d’être progressivement élargie.

4. Devenir dépendant supprime la dignité.

Nous sommes tous dépendants à un moment donné de notre vie. Mais ni un nouveau-né ni une personne âgée ou handicapée ne sont « indignes », simplement parce qu’ils dépendent intégralement d’autrui. Bien au contraire, leur vulnérabilité devrait nous inciter à leur accorder plus de soins, plus de présence, plus de protection. L’erreur centrale des défenseurs de l’euthanasie consiste à confondre la valeur intrinsèque de la personne avec sa valeur instrumentale. L’être humain est intrinsèquement digne : il possède une valeur en vertu de ce qu’il est, simplement parce qu’il est humain, et non à cause de ce qu’il fait ou produit. Cette dignité ne disparaît pas quand la personne est en mauvaise santé, affaiblie ou inconsciente. Elle ne dépend ni de l’utilité sociale, ni de la performance physique, ni de la conscience de soi.

5. C’est un droit fondamental de disposer de son corps et de pouvoir choisir sa mort librement.

Les partisans de l’euthanasie eux-mêmes ne sont pas cohérents avec l’argument de la liberté : « C’est mon corps, c’est mon choix de mourir. » Si cette affirmation était vraie, alors toute personne pourrait demander l’euthanasie à n’importe quel moment pour n’importe quelle raison, y compris pour des difficultés sentimentales ou financières. Bien sûr, l’État pourrait refuser de telles demandes, mais ce refus reviendrait à admettre que les citoyens ne sont pas entièrement libres de disposer de leur vie à leur guise. Par conséquent, un simple appel à l’autonomie corporelle ou à la liberté ne suffit pas à justifier l’euthanasie.

6. Chacun fait ce qu’il veut : mon choix ne concerne que moi et n’a aucune incidence sur le reste de la société.

Il est évident que la légalisation de l’euthanasie aura des implications directes sur l’ensemble de la société, et pas seulement pour les individus qui en font la demande. En légalisant cette pratique, la société conférerait implicitement à cet acte une forme de légitimité. Chaque patient serait alors amené à se poser la question de l’euthanasie puisque celle-ci deviendrait une option proposée. Les docteurs Favre et Gomas remarquent très justement : « Il s’avère illusoire de considérer un individu de manière isolée. L’agir de chacun résonne sur les autres […]. Les conséquences d’une euthanasie pèsent non seulement sur les proches, mais aussi sur les autres patients atteints de pathologies similaires. Ces derniers sont alors amenés à concevoir une hypothèse à laquelle ils n’auraient probablement pas pensé sans cette proposition. Plus encore, la possibilité peut se faire injonction. […] La loi est par nature normative et potentiellement incitative. La possibilité légale de l’euthanasie devient ainsi une offre ou une solution à envisager d’emblée pour le malade […]. L’ouverture d’un droit à la demande d’euthanasie constitue une offre qui induit naturellement une demande. L’enjeu a aussi une dimension collective. La société voire la famille peuvent se faire, volontairement ou involontairement, sources de pression. Le modèle du héros qui choisit l’euthanasie tend à imposer l’image de ce qu’il convient de faire. […] Là où l’on parlait de liberté apparaît bien vite une normativité. Celui qui prolonge son existence en redoutant de devenir un poids pour les autres alors qu’il a la possibilité de s’éclipser, risque de se sentir coupable de ne pas demander cette mort pourtant envisageable. »

7. Avec le « suicide assisté », le médecin ne sera pas responsable de la mort du patient.

Dans le cadre du suicide assisté, le médecin collabore directement à la mise à mort de la personne en lui donnant les moyens de se tuer. Il devient donc complice de la mort de son patient. Ainsi, la différence entre suicide assisté et euthanasie n’est pas moralement décisive. Dans les deux cas le médecin est responsable d’un homicide, directement ou indirectement.

De plus, revendiquer un droit pour une personne implique nécessairement un devoir pour une autre. Si j’acquiers le droit de me faire tuer, cela implique nécessairement que d’autres auront le devoir de me tuer. Le droit à l’euthanasie implique donc nécessairement l’obligation pour certaines personnes de commettre un meurtre ou de rediriger le patient vers un autre médecin susceptible de commettre cet homicide.

8. Les soins palliatifs n’offrent pas assez de place pour tous les malades et coûtent trop cher.

Le sous-développement des soins palliatifs en France ne résulte pas d’une impossibilité structurelle, mais d’un choix politique, de priorité d’investissement : au lieu de gaspiller les impôts des Français pour financer les avortements, les transitions de genre, etc., peut-être serait-il préférable d’utiliser ces mêmes impôts dans les domaines « prioritaires », comme la prise en charge de la fin de vie… ?

9. Il n’y a que les religions qui s’y opposent, pour des questions morales.

Tout cela est faux. Il existe beaucoup de personnes non religieuses qui s’opposent à l’euthanasie. Même l’agnostique Michel Houellebecq reconnaît : « Une civilisation qui légalise l’euthanasie perd tout droit au respect. » Nul besoin d’être croyant pour comprendre que tuer intentionnellement une personne innocente est immoral et doit rester illégal. L’interdit du meurtre est le fondement de toute civilisation. De même, l’interdiction du vol, du mensonge ou de l’infidélité figurent dans la Bible, mais il n’y a pas besoin de croire la Bible ou en une religion quelconque pour reconnaître leur caractère moral. 

L’Euthanasie en débat, Matthieu Lavagna, Éd. Salvator, mai 2025, 156 pages, 17,90 €.

La prochaine Marche pour la Vie aura lieu ce dimanche 18 janvier. « Alors que la France s’apprête à franchir un seuil, faisons de la vie une grande cause nationale ! », résument ses organisateurs.
Rendez-vous place Vauban à Paris, à 14 heures.