Les éditions Clovis rééditent la biographie de saint Jérôme par Anne Bernet : une véritable somme sur les premiers siècles de l’Église. Anne Bernet avait déjà dressé le portrait de saint Ambroise, évêque de Milan et contemporain de saint Jérôme. Autant la figure de l’illustre évêque de Milan est radieuse et pacifique, autant Jérôme est tourmenté. Ambroise était un patricien romain, un préfet d’Empire que le peuple avait voulu évêque parce qu’il était juste et bon. Jérôme est un homme de lettres, orateur, clerc jusqu’au bout des ongles, susceptible et acariâtre, toujours persuadé d’être le persécuté du moment.
Cette biographie nous fait voyager des confins de la Vénétie où Jérôme est né, à Rome où il fit ses études, à Trèves où il partit pour tenter une carrière administrative mais surtout où il découvrit sa vocation, en Syrie, en Égypte et enfin, après un long retour à Rome, à Bethléem où il devint ermite après avoir fondé un monastère.
Rencontre avec Isaïe
Cet ouvrage n’est pas une hagiographie qui dissimulerait pieusement les défauts du saint pour exalter ses qualités. La vie de Jérôme a été bousculée par ses propres erreurs de comportement, ses jalousies et ses emportements, mais une rencontre a dominé toute son existence : celle de l’Ancien Testament, dans son texte hébreu. Quand Jérôme rencontra Isaïe, ce fut comme un coup de foudre et il ne put plus supporter les traductions maladroites ou erronées dont se servait l’Église de son temps. Bien qu’il se soit senti incapable de traduire la poésie d’Isaïe, il mit toutes les ressources de son génie, de ses connaissances en langue latine et de son extraordinaire mémoire pour tenter de traduire fidèlement le prophète. Cette traduction fut son premier grand succès, qui fut suivi de beaucoup d’autres pour former ce que l’on appellera plus tard la Vulgate.
Anne Bernet démontre bien que cette richesse pour l’Église fut pourtant difficilement reçue. Cette traduction, vraiment supérieure à toutes les autres, risquait de choquer ceux qui étaient habitués aux textes antérieurs. Il fallait donc être prudent, même pour un vrai progrès, mais finalement l’autorité de Jérôme dans la connaissance des Écritures et la qualité inégalable de son style ont eu raison de toutes les réticences.
Présent dans toutes les querelles de son temps qui fourmille en hérésies, Jérôme, au-delà des combats qu’il mena en polémiste contre les erreurs qui pullulaient, demeure un père de l’Église par le don qu’il lui a fait de cette traduction de l’écriture si parfaite que ni les juifs, ni les Romains, ni les Grecs ne trouvèrent rien à en redire.

Saint Jérôme, Anne Bernet, Éd. Clovis, 2025, 414 pages, 24 €.





