Bonheur, où es-tu ? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Bonheur, où es-tu ?

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Ce matin, au réveil, j’avais les tympans prêts de sombrer tant une multitude de cloches sonnaillaient à tout volée au-dessus de je ne sais plus quel grandiose paysage : par « bonheur », le silence revint à peine mes yeux s’étaient-ils ouverts ! Et c’est ce mot de bonheur qui me restât par derrière mon regard ! « Bonheur, bonheur » : et je pensais au poème de Paul Fort qui le déclamait malicieusement, prétendant qu’il était « dans le pré ». L’on avait beau courir à la recherche de ce pré, rien n’y faisait ; toujours ce pauvre bonheur avait fui on ne savait où.

Notre époque (en réalité presque tout le monde, je le vois autour de moi, dans ma propre famille), notre époque donc s’imagine, de par les merveilles des décisions et des plans nouveaux élaborés par ses dirigeants intellos, artistes, politiciens, économistes et même sportifs, avoir découvert le « Graal-bonheur » en s’emparant de ce qu’elle cherche à détruire. Il suffirait, dit-on en tous les lieux de plaisir, que, pour être heureux, la « substantifique moelle » des évangiles et de ses dérivés soit vidée de ce qui en fait la force, la puissance, la profondeur, surtout la fécondité, (toutes choses détestables à plus d’un titre, naturellement…) ! Le bonheur n’est plus dans le pré, il est à portée de main, toutes les chansons (ou presque toutes) le susurrent, tous les films (ou presque tous) le montrent vautré dans des lits de fortune ! Jésus ?

On affirme avec condescendance qu’Il n’est plus qu’un homme parmi tous. L’Église? Rien de plus qu’un tonneau vide, une ‘dégoiseuse’ insupportable… (Jules Renard disait du dégoisage qu’il était le ramage des oiseaux… Sainte-Beuve affinait ses gentillesses en affirmant que Hugo et Lamartine ne chantaient plus, se contentant de dégoiser). Le chrétien? Un empécheur de folâtrer en rond, en cube, en carré. Et bien pire encore.

Ce qui pour mes proches dans la foi est Vérité et Amour, n’est plus rien pour le gros des troupes occidentales, nos contemporains, persuadés qu’il est impossible que Dieu existe (c’est de foi dans les écoles publiques de France), alors qu’ils ne savent plus rien de Lui : jusqu’à présent il me semblait que l’esprit scientifique exigeait que l’on soit certain d’une chose pour décider de la dire vraie ou exacte. Je m’alarme, non pour moi mais pour eux, tous ces anciens jeunes qui sont passé par ces écoles où l’on étouffe Dieu, tous ces jeunes d’aujourd’hui privés d’une connaissance à laquelle ils ont droit alors qu’on leur fait l’aumône d’une théorie qu’aucun scientifique n’a avalisée alors qu’on ne sait même plus leur apprendre à lire avec les yeux ou avec la voix, compter, écrire, s’exprimer, réfléchir. Comment notre peuple ainsi enfumé pourrait-il se déclarer satisfait de ces désastres alors que des millions de chrétiens pleurent sur ce qu’ils considèrent comme un malheur : le plus grand des malheurs.

N’avoir que ce mot « bonheur » à la bouche ne suffit pas pour être heureux : on peut le crier sans pour autant continuer d’exhaler une haleine qui pue la mort.

Les voilà qui, par millions, ont renié Dieu, se sont délesté de Lui comme on laisse tomber ses morves. Comble d’impudence et d’orgueil, ils croient être en mesure de nous « donner » ce que Dieu seul sait « offrir » : mais ils ne bafouillent que ce qu’on leur a fait ingurgiter. Et c’est ainsi qu’ils se croient assez forts pour remplacer Celui qui tient leur vie entre ses mains : mais ce qu’ils apportent venant de leur pauvre fabrique et jettent sur la table n’est entre leurs mains comme entre leurs mots que cendres, cendres, cendres…
D’ailleurs, priver consciemment les petits enfants d’un père ou d’une mère est comme l’étalon de leur folie.

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