Réponse à Brad Miner à propos de l'Espérance - France Catholique
Edit Template

Le journal de la semaine

Edit Template

Réponse à Brad Miner à propos de l’Espérance

Copier le lien
L’indignation que je n’ai pas pu contenir face aux élucubrations de Brad Miner m’a conduit à rédiger un article sur l’Espérance. Il a été apprécié de plusieurs ecclésiastiques, dont un prêtre délégué par son évêque comme pénitencier, et une revue très sérieuse l’a accepté et publié. Je vous l’envoie par même courrier que cette lettre. Je vous envoie aussi un texte découvert sur le site consacré à Georges Bernanos. J’y ai trouvé un argument appuyant le raisonnement que je tiens dans mon article. Incidemment aussi, je vois un appui dans l’évangile des ouvriers de la onzième heure, qui nous a été lu cette semaine. Mais avec quelle désinvolture ce libraire-théologien (?) traite non seulement la question de l’enfer en donnant l’impression qu’il est dans le secret du Jugement de Dieu, mais encore accable de son mépris un des plus grands théologiens de notre temps, en parlant de ses contorsions. Il s’agit, bien entendu du Père Hans Urs von Balthasar, créé cardinal dans les derniers jours de sa vie. C’est bien le cas de dire que le monde journalistique est une écharde dans la pensée théologique. Il n’y a pas que Jacques Duquesne qui a abusé de son pouvoir médiatique. En fait d’estime à l’égard de nos grands théologiens, je me demande de quel droit Gérald Murray s’attaque maintenant au Cardinal Kasper. Il ne connaît donc pas les antécédents de ce grand serviteur de l’Eglise ? Il est vrai qu’il a été, si ma mémoire est fidèle, au service de l’Unité des Eglises, ce qui incommode un certain nombre d’inconditionnels d’une Eglise monolithique. Quant à Gérald Murray, dans un article daté de mars dernier, il défendait l’indissolubilité du mariage à coups d’articles du Droit Canon. Que vont faire ces gens si la tendance à la miséricorde trouve un chemin dans la pratique de l’Eglise Romaine, comme elle s’est imposée aux Eglises et Communautés séparées, dont nous ne pouvons pas douter de leur fidélité à l’Evangile ? Tous ces gens qui se croient dans le secret de Dieu parce qu’ils épousent ce qu’ils appellent la justice, n’ont-ils jamais entendu parler du Cordonnier d’Alexandrie ? C’est Olivier Clément, je crois, qui rapporte cette histoire, mais elle court les ouvrages sur le monachisme égyptien. Le grand Saint Antoine voulait savoir s’il était arrivé à un haut degré de sainteté. Le Seigneur lui a répondu : »Pas mal, mais à Alexandrie, il y a un cordonnier plus avancé que toi ». Aussitôt va-t-il voir ce champion qui, déception, ne faisait rien de spécial : il partageait ses revenus entre l’Eglise, les pauvres et sa famille. Mais alors ? « Lorsque je suis à mon échoppe, je vois passer beaucoup de monde. Et je répète « Que tous soient sauvés ! moi seul mérite d’être damné ! » C’était son secret.
— – Je vous joins également une citation extraite du site Internet consacré à Bernanos : Sous le soleil de Satan : damné à la place du damné Le problème de Bernanos, c’est la damnation. Contrairement à ce que pensait Dostoïevski, ce n’est pas la souffrance des enfants qui accuse la miséricorde de Dieu, c’est la souffrance des damnés. Qu’il soit de feu ou de glace, l’enfer est insoutenable à quiconque y réfléchit pour de bon. Tous ces tièdes qui se croient brûlants en affirmant tranquillement que l’enfer existe, ont-ils déjà été brûlés par une flammèche ? Allons donc ! Pour eux, l’enfer, c’est pour les autres. Mais Dieu a de l’humour et sans doute ne met-Il en enfer que ceux qui pensent que d’autres y sont. Car enfin, si, comme le disent les théologiens, l’enfer est indifférence, les élus du paradis peuvent-ils être indifférents aux suppliciés de l’enfer ? Et comment faire la fête avec les anges en entendant les hurlements d’en bas de votre mère ou de votre fils ? Les curés nous répondent en confession que c’est là « le mystère de Dieu », et nous rassurent en précisant que si le Christ a parlé, et plusieurs fois, de la « géhenne du feu », Il n’a jamais nommé quelqu’un qui y était. Selon la belle expression d’André Frossard, l’enfer existerait mais sans qu’il n’y ait personne dedans. Pas même Judas – pour lequel l’enfant Bernanos allait demander à son curé de paroisse de prier. Prier pour Judas, prier pour le suicidé, prier pour celui que Dieu a abandonné à sa liberté de se damner, la voilà, la suprême charité – celle de l’abbé Donissan.

Documents joints