La Vérité - France Catholique
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Le journal de la semaine

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La Vérité

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Une fois pris le petit déjeuner, une fois passés par la salle de bain, une fois habillés et peignés, nous lisons ensemble, Natacha et moi, l’office du jour, notre prière du matin : ce dimanche est celui du Christ Roi. Et là nous recevons en plein cœur le récit du dialogue entre Jésus et Ponce Pilate. Le « Qu’est-ce que la vérité ? », question posée par Ponce Pilate et qui prend, pour moi et je ne sais pourquoi, une dimension extrême. Est-il toujours possible aujourd’hui de dire que la vérité existe sans se faire aussitôt traiter d’intolérant incapable de voir la vérité des autres, incapable de concevoir que peut-être la vérité n’existe pas, ce qui m’a été il y a deux ou trois ans objecté ?

N’importe lequel de nos sceptiques ultra-mondains saurait immédiatement répliquer qu’il y a autant de vérité qu’il y a d’hommes sur cette planète. Cela fait beaucoup alors que nous espérons toujours au fond de nos neurones qu’il n’y en a qu’une. Que Jésus dise au Romain qui pourrait illico l’envoyer se faire clouer sur une croix : « Mon royaume n’est pas de ce monde », cette parole lui convient : seuls les royaumes d’ici-bas l’intéressent puisque de toute façon il n’y a pas d’autres mondes. Jésus n’est pas un concurrent et ne sera cause d’aucun problème avec Tibère, l’empereur qui est à Rome, peut-être à Capri…

Mais pour la vérité, Pilate renâcle : c’est un mot qui dérange. La conception commune est que la vérité n’existe pas, car les vérités sont innombrables, pense naturellement la multitude oublieuse de la règle qui veut que lorsqu’il y a trop de quelque chose c’est comme si il n’y avait rien : l’abondance excessive tue la valeur. Voyez les actions des constructeurs d’autos ; dès qu’ils en fabriquent trop les investisseurs les quittent…

Il est vrai que la multitude ne pense pas de même que Jésus et chacun de nous croit que ce qu’il dit c’est la vérité, et il n’en veut pas d’autre. (J’accepte d’avance que l’on me contredise par des remarques précises…)

Ce qui m’éblouit toujours en Jésus c’est sa concision : là où Il dit trois mots, j’en ai besoin de trois cents. Au moins. Cependant, à ce moment où Jésus prononce ce mot de Vérité, mot chargé de gravité, empreint d’une signification qui me bouleverse, nous devinons que cette signification ne recouvre pas celle que le « monde » entend. Jésus, à travers ce mot, parle de son Père comme de Lui-même : la Vérité est vivante, la Vérité est tout entière contenue en chaque Personne de la Sainte Trinité. Et de « cela », ici-bas, il demande à chacun de nous d’en témoigner.

Ce matin sur RCF, le prêtre insistait sur ce témoignage nécessaire alors qu’il donnait son interprétation de l’évangile rapportant l’échange entre Jésus et Pilate : mais… il excluait que l’on puisse témoigner par des discours.

Hélas, je ne suis qu’une outre pleine de mots. Je n’ai pas grand-chose à donner, sinon que de prouver à mes frères humains qu’ils ne me sont pas indifférents, mais pour les atteindre je ne dispose que de très peu : ces pauvres seuls mots justement, qui disent ma joie la plus profonde, être de ceux qui tentent de suivre le Christ et qui ne le peuvent qu’en le suppliant de nous aider sans cesse. J’ai besoin de mes mots, c’est-à-dire de ces mots qui me viennent de ses discours à Lui, mots que parfois m’inspire l’Esprit Saint, lorsque je parviens enfin à l’entendre au plus profond de moi-même, lorsque je prête une oreille assez ardente aux paroles de Jésus en ses évangiles : et je crois comprendre que bien de ces frères auxquels je pense ont aussi besoin de ces mots-là dont nul ne parvient à se passer vraiment une fois qu’ils ont été bien intégrés en nos neurones, en notre cœur, en notre esprit, en notre âme… Bref, je me suis défendu comme j’ai pu, même s’il est vrai que se contenter des mots peut être parfaitement stérile…

Alors pas de discours, même si je viens d’en taper un sur mon clavier, ce qui m’a permis de me débarrasser de ce conseil trop vite donné et sans une explication suffisante. Bien sûr, l’exemple, mais la plupart du temps je suis dans la solitude de mon bureau et je pense joindre, par la pensée et l’acte d’écrire, je ne sais qui, au très loin de moi, qui entendra par les yeux ce que je découvre en cette Parole à la fois si ancienne et si nouvelle, si porteuse de vie, d’espérance et d’amour. Surtout si la France catholique range dans une boîte que n’importe qui peut ouvrir les textes que je lui envoie…

Dix heures trente : il est temps d’aller à la messe de onze heures en la cathédrale d’Angers ! Il fait beau la route essaierait bien de nous distraire de notre but, en vain heureusement. L’absence de places de stationnement indique qu’il y a déjà beaucoup de monde à vouloir assister à cet office de ce dimanche solennel : ne conclut-il pas l’année liturgique en célébrant la fête du Christ Roi et prépare l’entrée de l’an liturgique nouveau ? Nous avons autant besoin de savoir que le Verbe éternel est descendu parmi nous « et » qu’il est remonté auprès du Père pour y exercer sa royauté d’amour !

Nous sommes à l’heure malgré le temps passé à chercher comment nous débarrasser de la voiture et nous parvenons à trouver une place épatante dans les stalles de la nef… De là nous avons la vue directe sur l’autel et le chœur… J’aime à m’agenouiller lors de la consécration : de cette position haute, je n’aurais pas à voir le bas du dos de ceux qui ne s’agenouillent pas… Mais depuis 1968 on a retiré tout ou presque de ce qui permettait de s’agenouiller tous ensemble…

Alors s’ouvre la liturgie, grandiose, qui nous réjouit ! Trois évêques concélèbrent : Monseigneur Delmas qui est d’Angers naturellement, puis l’archevêque de Rennes et celui de Quimper. Ils sont revêtus de la couleur d’or de la fête prodigieuse qui se déroule en ces lieux que Jean décrit en son Apocalypse ! Le curé de la paroisse dont la cathédrale est l’église porte quant à lui une chasuble d’un blanc irréprochable et d’un tissu dont on admire la souplesse et le repassage impeccable. Détails qui autrefois allaient de soi mais qui avec le temps semblaient s’être usés. Je suis heureux qu’ici ils aient été remis au goût du jour. La chorale de l’École maîtrisienne chante fort bien quoique les haut-parleurs me paraissent peu faits pour supporter les sonorités aiguës des enfants… de même que mes oreilles. Les enfants de chœur sont plus d’une quinzaine et ils virevoltent selon les règles et font s’épanouir quand il le faut d’épais nuages d’encens… La cathédrale est archi pleine mais aucun journaliste pour écrire dans son journal : « Les églises se vident mais il y en a une qui était pleine le dimanche 25 novembre ! Comme c’est curieux ! »… Oui, je reçois cette vitalité de ce jour comme une promesse bienheureuse. L’Église est vivante, elle nous en donne aujourd’hui une preuve réjouissante.

Donc cérémonie comme je les aime : vivante, ardente ! L’assemblée – une vraie foule – participe allègrement et résiste au temps, les deux heures que dure au total cet office du Christ Roi…

Comme il est tard et que Natacha s’inquiète de n’avoir pas assez de temps pour nous composer un bon repas, je l’emmène en un petit restaurant, Chez Noé : il est installé un peu en hauteur quoiqu’au bord de la Maine en petite crue. Il y a déjà longtemps, les eaux avaient grimpé la courte pente et envahi la salle pour la noyer. Le temps est radieux, le soleil admirable comme toujours. Cette fois, je délaisse mes récriminations habituelles, qui ne sont que le fruit d’une situation générale peu encourageante : mais quand « le bonheur est dans » l’air, non dans le pré, quoique entre le restaurant et la rivière s’étale une pairie aux teintes printanières, comment résister ?

En attendant que l’on nous serve, je regarde un magazine gratuit – Angers Mag – et tombe sur un dossier sur « Les Religions », auxquelles on rend hommage pour le dialogue instauré entre elles. Une fausse note cependant : le journaliste interroge un jeune de la Fraternité Saint-Pierre, traditionnaliste sans être lefèbvriste. Comme ce jeune lui dit qu’il accepte tout le second Concile du Vatican en ajoutant « fâcheusement » : « Mais je sais que j’ai la vérité », expression certes maladroite, le journaliste le reprend sévèrement, par écrit, et lui adresse une réflexion très désagréable qui range ce jeunot dans la catégorie des « intégristes », espèce d’abominables « n’est-il pas ? En tout cas certainement comparables à ceux qui, ici ou là, jettent des bombes, en somme des affreux à rejeter. Comme quoi, il ne fait pas bon d’être du côté droit du cœur de ceux qui en ont le monopole.

Mais ce qui frappe le lecteur c’est que le journaliste en question est lui aussi persuadé qu’il « a » la vérité mais sans se condamner… quoique je décèle une autre forme d’intégrisme dans sa façon de traiter le sujet.

Je tiens cependant à mettre une conclusion à ces remarques : la « Vérité » selon Jésus n’est pas un concept : elle est Lui-même en son Père relié par l’Esprit-Saint. « Ils » sont toute la Vérité. Et c’est « Elle » que nous désirons rencontrer, servir, aimer. Vivre en elle, vivre avec elle, vivre pour elle.

Hors de toute « possession, évidemment.

Dominique Daguet