La France américaine craint le changement - France Catholique
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Le journal de la semaine

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La France américaine craint le changement

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Comme les sondages le laissaient prévoir et bien que personne n’y ait prêté attention en métropole, les électeurs de Martinique et de Guyane ont refusé, le dimanche 10, un changement de leur statut, avec respectivement 78,9 % et 69,80 % des voix. Certes, les taux de participation n’ont été que de 55,35 % en Martinique et de 48,16 % en Guyane, mais la tendance majoritaire reste très nette.

Dans l’immédiat, ainsi que cela avait été prévu, les Martiniquais et les Guyanais vont devoir répondre, dans moins de deux semaines, le 24, à une nouvelle question : « Approuvez-vous la création d’une collectivité unique exerçant les compétences dévolues au département et à la région tout en demeurant régie par l’article 73 de la Constitution ? » En d’autres termes, ils seront invités à mettre en place une collectivité unique tenant lieu à la fois de conseil général et de conseil régional — ce que les élus avaient précédemment rejeté. L’an passé, à la suite des États généraux de l’outre-mer, ils s’étaient montrés favorables à la transformation de leurs départements-régions en collectivités d’outre-mer régies par l’article 74 de la Constitution.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le président Nicolas Sarkozy a voulu voir dans le résultat de la consultation « l’attachement des Guyanais et des Martiniquais à un statut qui soit proche de celui des collectivités de métropole, réaffirmant ainsi le lien étroit qui les unit à la République ». On leur offrait comme modèle ce qui existe en Polynésie française — et, à un degré moindre, en Nouvelle-Calédonie — voire dans les petites îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy détachées de la Guadeloupe en 2007, mais ils n’ont pas voulu, dans ces temps de crise, prendre le risque d’un trop grand relâchement des liens avec la mère-patrie dont les flux financiers et les investissements demeurent fondamentaux.

Le ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, et son adjoint chargé de l’Outre-Mer, Marie-Luce Penchard — fille de la très influente Lucette Michaux-Chevry, qui fut ministre de Jacques Chirac — sont allés plus loin dans l’interprétation des scores en affirmant que « les électeurs ont souhaité clore pour longtemps ce débat sur cette question ». C’est peut-être aller un peu vite surtout quand on connaît les évolutions de l’opinion publique. Celle-ci a sans doute voulu se démarquer du personnel politique, gauche et droite confondues, et peut-être encore plus exprimer nettement sa crainte de se voir embarquée dans une évolution qui pourrait plus ou moins la couper de la métropole. Depuis le vote de la départementalisation en 1945, les Antilles et la Guyane ont en effet compris que l’intégration au sein de la République française les préservait de l’instabilité, de l’insécurité et de la pauvreté facilement observables dans les autres territoires de la région.

Cette crainte face à l’avenir explique aussi sans doute le peu de succès de la manifestation lancée le 9 en Guadeloupe par le Lkp d’Élie Domota. Là aussi, on ne tient pas à briser avec Paris.