CALENDAIRES
par Jean Étèvenaux © acip
Quand on en parle, on n’évoque plus guère aujourd’hui le Carême que comme le « Ramadan des chrétiens ». Aussi est-il peut-être bon d’en rappeler les origines et le sens et, aussi, le fait qu’il est toujours en vigueur dans l’Église catholique — et, bien sûr, chez les orthodoxes, qui le pratiquent d’une façon bien plus rigoureuse et en observent d’autres durant l’année. S’il y a un Mardi Gras avec son Carnaval, c’est parce que cette journée de bombance et de réjouissance devait autrefois marquer, dans la vie sociale et individuelle, la veille d’une période durant laquelle on pratiquerait la retenue.
Le mot même de Carême constitue la déformation du latin quadragesima désignant les quarante jours qui conduisent à Pâques, la plus grande fête de la liturgie chrétienne, puisqu’elle célèbre la résurrection du Christ. Ce temps est notamment marqué par l’ultime préparation des catéchumènes qui vont recevoir le baptême la nuit de Pâques. Il reprend également la tradition juive des quarante jours et quarante nuits du jeûne de Moïse avant la remise des Tables de la Loi, ainsi que les quarante jours de la tentation du Christ dans le désert entre son baptême et le début de sa vie publique.
C’est au IVe siècle que le concile de Laodicée préconisa l’usage exclusif du pain et des fruits secs pendant le Carême. Puis, au VIIe, il fut demandé de ne prendre qu’un repas quotidien et de s’abstenir de toute nourriture le Vendredi Saint et le Samedi Saint. Ces obligations furent vite adoucies : au XIIIe siècle, le repas de midi fut autorisé et complété d’une collation le soir. En outre, alors qu’étaient prévues des exceptions pour les petits enfants, les malades, les pauvres et ceux qui exerçaient un métier pénible, il convenait de se priver non seulement de viande et de graisses animales, mais aussi d’œufs et de vin. En fait, on doit constater que, au fil des siècles, la pratique pénitentielle du Carême n’a cessé de s’assouplir en Occident, mais l’Église continue d’insister sur l’esprit de pénitence et de conversion, c’est-à-dire de changement de mentalité.
Pour mieux revenir à Dieu, la pénitence prend des expressions très variées, qui, traditionnellement, concernent le jeûne, la prière et l’aumône. Il s’agit certes d’obtenir le pardon de ses péchés, mais aussi de se réconcilier avec son prochain. Aujourd’hui, beaucoup de catholiques considèrent comme superflues les pratiques extérieures et mettent en avant que seul importe l’esprit du Carême et que, par conséquent, aux sacrifices il faut préférer des actions concrètes pour ses semblables — d’où la multiplication d’opérations comme le partage d’un bol de riz dans certaines paroisses. Pourtant, outre le fait qu’il s’agit d’un trait vite tiré sur des siècles de pratique d’Église, il y a peut-être là une forme de méconnaissance des racines juives du christianisme — également reprises par l’islam.
Sur le plan anthropologique, on peut dire que l’observance du Carême facilite l’humilité et la reconnaissance de quelque chose qui dépasse la raison humaine. Sans aller jusqu’à rappeler les bienfaits diététiques d’un jeûne, on peut aussi affirmer que le corps de l’homme, comme son esprit, a parfois besoin d’être un peu secoué.
Message du Pape pour le Carême :
http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/messages/lent/documents/hf_ben-xvi_mes_20081211_lent-2009_fr.html
A télécharger ci-dessous, la remarquable Lettre pastorale de Mgr Alain Castet, nouvel évêque de Luçon, pour le Carême 2009.
