9 mai 1945 - 9 mai 2022

par Gérard Leclerc

mardi 10 mai 2022

© Kremlin.ru

Le discours de Vladimir Poutine, hier matin, sur la place Rouge a pu surprendre par sa relative modération. On s’attendait, en effet, à une sorte de coup d’éclat qui ne s’est pas produit. Au contraire, la démonstration militaire n’a pas revêtu plus d’importance que les années précédentes, et l’aviation en était même absente. Loin de brandir la menace d’un affrontement mondial, le dirigeant russe a prononcé cette phrase marquante : « Notre devoir est de garder la mémoire de ceux qui ont écrasé le nazisme et de faire tout pour que l’horreur d’une guerre globale ne se répète pas. »

Certes, le rappel de la victoire contre le nazisme est toujours associé à l’ennemi ukrainien. Une rhétorique sans cesse employée depuis le début des hostilités qui nous surprend et nous indigne mais qui trouve toujours une certaine résonance en Russie. Le vœu que ne se renouvelle pas l’horreur profondément inscrite dans les mémoires de la déflagration de la Seconde Guerre mondiale peut rassurer, mais jusqu’à un certain point. Puisque dans l’esprit de Poutine, l’enjeu du combat qu’il poursuit a bien une dimension mondiale, ce que confirme la coalition occidentale qui s’est formée autour de l’Ukraine agressée.

Mais un second discours a marqué cette journée du 9 mai, celui qu’Emmanuel Macron a prononcé à Strasbourg : « Pour mette fin à la guerre menée en Ukraine par l’armée russe, a déclaré le président français, la paix devra se construire sans humilier la Russie. » Une proposition problématique si l’on prend en compte d’autres propositions du discours, telle celle qui veut d’ores et déjà associer l’Ukraine à la création d’une communauté politique, faute d’une intégration rapide à l’Union européenne. Comment imaginer le futur de notre continent après cette guerre, alors que l’on n’a pas su gérer les relations de la Russie avec l’Europe suite à la chute de l’Union soviétique ? Une tâche démesurée pour un avenir prochain.


Voir en ligne : Radio Notre-Dame le 10 mai 2022

Messages

  • Un sentiment d’inachevé pour ce 9 mai 22 au delà des anniversaires à Moscou-Strasbourg et en toutes d’Europe.
    L’histoire se répéterait donc d’une façon sourde et sournoise par des belligérances qui appuient là où ça fait mal. La sécurité sur la vieille europe, la crainte d’une invasion dans la face orientale du continent, l’improvisation d’un conflit fratricide où des slaves de sang et d’histoire commiune se toisent et s’affrontent.
    On vivait dans un monde aerosol, évaporé, illusoire de paix immortelle et sans autre contrepartie que les facilités du présent.
    Une insolente prospective de se perdre dans le virtuel, les rêves puérils, le royaume promis par la célébrité et les utopies.
    La réalité nous a sauté sur le visage.
    Les frictions et les fractures sociétales se sont ajoutées à la faveur de circonstances et d’opportunités.
    La sécurité d’un continent nous semblait invincible, les menaces lointaines, la protection des biens et des personnes acquise sans autre risque que le trrain train habitué des aisances et du confort.

    Des valeurs spoliées par l’argent, la liberté et l’éducation, l’histoire et l’avenir des nations devenaient des adhésions rangées dans les souvenirs du passé avec ses gloires et ses échecs.

    1945 était une date mémorielle bien de renoncement.
    2022 au sortir du Covid, une année de transition positive.
    77 ans séparent ces trois générations, la première se célèbre lors des journées patriotiques que les suivantes ont délaissé.
    La troisième, la plus jeune celle des adultes en activité se retrouve pris en étau entre les grands parents de moins en moins témoins de ce passé, et le futur inachevé d’un destin compliqué.

    Faut-il renouer avec les idéologies passées, les réhabiliter ou les rétablir ?
    Doit-on chercher d’autres issues et voies de la promesse enchanteresse qui déserte les espaces publics ?
    Les témoins de chaque génération égrènent leurs préférences.
    Les croiser et les ajouter sans les greffer aux racines profondes de l’histoire ne saurait se faire sans quelques mécontentements ni concessions.
    Une page neuve s’ouvre.
    A chacun de la porter pour un défi possible d’un vivre ensemble inachevé !

  • Le premier paragraphe de l’article confirme bien la réalité des faits : il y a d’un côté les déclarations du Président de la Fédération de Russie et de l’autre les interprétations états-uniennes de ces déclarations par otaniens interposés ; ou pour dire les choses autrement : Vladimir Poutine qui semble prendre tout le monde au dépourvu, alors que ce sont les prévisions de ses détracteurs qui sont infondées, par ex : à la veille de l’entrée des troupes russes en Ukraine V. Poutine avait évoqué des faits comme "jamais encore vus" si..., suivis immédiatement par des présomptions de l’utilisation d’armes nucléaires par les Russes ; autre exemple : un arrêt des combats des militaires russes, étape provisoire peut-être pour laisser se reposer un peu les soldats, évaluer les résultats des quelques derniers jours pour continuer la stratégie prévue, arrêt aussitôt expliqué par les ennemis de V. Poutine comme un "essoufflement" des soldats, désordre dans une logistique brouillonne de l’armée russe ou encore signe avant-coureur d’une retraite humiliante vu l’incapacité de l’Etat major ennemi.

    Le 2e paragraphe apparemment conséquent pourrait aussi l’être dans la lecture inverse, à savoir : la coalition occidentale formant étau via l’Ukraine sur une partie de la Russie pourrait expliquer la vision du Président russe d’un enjeu à dimension mondiale.

    L’article se termine sur la proposition du Président de la République française de la construction de la paix "sans humilier" la Russie : on rappellera seulement la façon "impoli-tique" et pour le moins très condamnable dont le premier ministre polonais a traité publiquement M. Macron pour avoir gardé langue avec V. Poutine.

    Tant que de réelles volontés politiques ne sont pas au rendez-vous pour assainir le terrain et entreprendre des avancées palpables sur la voie de la diplomatie, l’issue de cette crise restera incertaine et le climat inquiétant. In fine ne se pourrait-il pas que les flots de sanctions assénées sur la tête des uns génèrent un large et regrettable effet boomerang sur celle des autres ? Pour tirer, comme on dit, les marrons du feu, un seul candidat en lice : celui qui vendra pétrole, gaz de schiste etc. aux Européens lesquels se verront obligés de payer bien trop cher des articles éloignés qu’il faudra, en plus, raffiner à leur arrivée sur place. Les sauveurs de l’Humanité évoluent massivement surtout dans les décors en carton pâte et sous les traits fort sympathiques et attachants d’étoiles au firmament de cinecittà ou autre.

    Plutôt éviter le sauve-qui-peut en anticipant les risques et en calculant les chances qu’offrirait une coopération véritable de chacun dans l’intérêt de tous. La paix est peut-être à ce prix.

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