6 juin 1944, l’histoire se rappelle à nous

par Gérard Leclerc

jeudi 6 juin 2019

Soixante-quinzième anniversaire du débarquement Allié en Normandie. L’Histoire se réveille, se rappelle à nous, avec sa brutalité, son héroïsme. Le fameux film Le jour le plus long, repris sur France 2, a-t-il été revu par ceux qui gardent chaudement en mémoire cette épopée, parce qu’elle est partie intégrante de nous-mêmes, de notre destin ? A-t-il été vu pour la première fois par les nouvelles générations qui n’ont pas aussi vive conscience de l’histoire qui a marqué la chair de leurs aînés ? Les cérémonies commémoratives qui ont lieu, notamment avec la reine d’Angleterre et le président américain, ont le mérite non seulement de rappeler le relief du passé mais aussi d’obliger à envisager la force des relations entre les pays à travers le temps. Sans la Grande-Bretagne et les États-Unis, nous n’aurions pas remporté la victoire en 1918. Sans ces mêmes pays, nous n’aurions pu nous libérer du nazisme.

Certains regrettent l’absence de Vladimir Poutine sur les plages de Normandie. Et ils ne sont pas sans arguments. Car si le débarquement du 6 juin 1944 n’était pas une affaire russe, le poids de la puissance soviétique dans la coalition contre Hitler était considérable. Si les pertes américaines dans le conflit s’élèvent à quelques centaines de milliers de soldats, celles des soviétiques se comptent par millions. Il n’empêche que sans l’entrée des États-Unis dans le conflit, l’issue aurait été des plus incertaines. Et comme le remarquait Raymond Aron : sans les Américains, la Grande-Bretagne n’aurait pas tenu jusqu’au bout, et à supposer que l’Union soviétique avec la Grande-Bretagne sans les États-Unis eut gagné la guerre, en ce cas l’Europe entière aurait été soviétisée.

Soixante-quinze ans après, la situation du monde a profondément changé, notamment avec les processus de globalisation, la montée de la Chine et d’un certain nombre de nouvelles puissances. Les évolutions récentes semblent rendre plus incertaines nos alliances traditionnelles. L’Amérique de Donald Trump n’est plus celle de Franklin Roosevelt et l’Angleterre du Brexit n’est plus celle de Churchill. Est-il sûr pour autant que les liens tissés entre nos pays dans les pires épreuves se soient vraiment distendus ? Certaines permanences de solidarité civilisationnelle peuvent s’affirmer à l’heure de nouvelles épreuves. Il ne faut pas les souhaiter, mais elles sont décisives pour prouver les permanences de l’histoire.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 6 juin 2019.

Un message, un commentaire ?


Les forums restent ouverts durant 15 jours après la date de publication

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.