3103-Michel Arveiller, Léon Bloy, Marc-Edouard Nabe

samedi 10 novembre 2007

10 NOVEMBRE

À peine une étape à Toulouse, et je découvre en ouvrant Le Figaro, le décès de mon ami Michel Arveiller. C’est un choc. La dernière fois que j’ai vu Michel, il y a un peu plus de deux mois, je ne me doutais pas que c’était pour un adieu. Je l’avais connu à cause de Léon Bloy. Je recevais régulièrement des invitations pour des réunions d’une société des études bloyennes. Admirateur de l’auteur de La femme pauvre, du Désespéré, du Sang du pauvre, du Salut par les juifs, du Journal et de tout le reste, je ne pouvais qu’être intéressé. Aussi décidé-je un jour de téléphoner à l’animateur de cette société, et je reçus l’accueil le plus chaleureux. Ce fut le début d’une amitié avec Michel et Christiane Arveiller qui nous accueillirent souvent, avec mon épouse, pour des soirées toujours animées. Michel était un passionné. Ce n’était pas pour rien qu’il avait choisi de se mettre au service de Léon Bloy et de son œuvre. Dirais-je qu’il en partageait les excès ? Jusqu’à un certain point. Il avait quelque chose d’écorché vif, de véhément comme l’imprécateur qu’était Bloy. Sa vaste culture, sa connaissance précise des choses le prémunissaient de toute étroitesse d’esprit. Il savait attirer des amitiés diverses, parfois à l’opposé de ses convictions.

La spécialité première de l’universitaire était le jansénisme. Je n’ai pas lu sa thèse sur le sujet. Parfois, il m’étonnait à faire l’éloge de ce parti religieux dont je ne méconnais pas les mérites mais dont je ne puis approuver la cause et tous les combats. Il avait en projet une autre thèse sur Bloy dont j’ignore l’aboutissement. Il pouvait changer assez vite de pôle d’intérêt, mais c’était conforme à sa tournure d’esprit d’historien. Il avait aussi, en commun avec Christiane, une passion pour la peinture.

C’est chez lui que je fis la connaissance de l’écrivain Marc-Edouard Nabe, quelqu’un que j’estime prodigieusement doué - il faut lire notamment les tomes de son Journal qui ont quelque chose d’éblouissant. Si son talent n’a pas été suffisamment reconnu, c’est aussi à ses excès qu’il le doit. Mais Bloy ne s’est jamais privé de dire ce qu’il pensait, avec une véhémence qui, aujourd’hui, nous époustoufle. Nabe a été à bonne école sur ce point, même si je ne suis pas sûr qu’il ne se soit fourvoyé ces dernières années en faveur de causes insuffisamment mûries et discernées. J’ai, en tout cas, en souvenir, une mémorable conférence sur Bloy et Céline, lors d’un colloque des études bloyennes en Sorbonne. Le propre petit-neveu du premier, le chanoine Bloy, du diocèse de Bordeaux, en avait été subjugué. Michel était très attaché à Marc-Edouard et il avait même pensé écrire un essai sur son œuvre. Mais les liens entre eux se sont distendus, ce que j’ai regretté. Il m’est arrivé de revoir l’écrivain, qui s’était converti au christianisme à 33 ans, l’âge du Christ, pour reprendre le titre de son livre-témoignage, mais j’ai regretté que ce fut trop bref pour renouer. J’espère qu’il rebondira avec des sujets dignes de lui et qu’il trouvera le succès auquel il a droit.

Pour revenir à Michel Arveiller, j’espère qu’il a laissé de nombreux inédits que nous pourrons publier et qui révéleront l’étendue et les profondeurs d’un savoir toujours en relation avec sa foi. Il faudra que je me renseigne auprès de Christiane pour savoir ce qu’il en est, notamment, de ses recherches sur Bloy.

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