2987-Chine : celibataire forcé

vendredi 29 juillet 2005

La Chine connaît un net déséquilibre démographique entre hommes et femmes. Ou, quand une politique totalitaire renforce des mentalités archaïques...

Au 25e congrès international de la population réuni à Tours, la tendance était plus à constater les déséquilibres qu’à risquer de nouvelles prédictions. Deux experts texans ont frappé les esprits en expliquant que vingt-cinq millions de Chinois pourraient être condamnés au célibat, conséquence des avortements sélectifs des filles qui sévissent depuis trente ans. Un vieux dicton chinois dit : « mieux vaut un fils handicapé que huit filles en bonne santé » !

Les traditions « machistes » d’Extrême-Orient se sont combinées à la politique de l’enfant unique et aux techniques de l’échographie fœtale permettant de déceler le sexe du futur bébé. Le phénomène identique s’observe à Hongkong, en Corée du Nord, dans plusieurs Etats d’Inde, et même dans certaines ex-républiques soviétiques d’Asie (Arménie, Géorgie, Azerbaïdjan).

« La valeur accordée par une société aux femmes, et notamment aux jeunes filles, est plus visible dans les données démographiques que dans les discours d’autocongratulation à l’occasion de la Journée de la femme, ou dans les quelques lois progressistes qui sont promulguées mais jamais appliquées » commentait il y a quelques mois Marina Thoborg dans la revue du Centre d’Etudes Français sur la Chine Contemporaine.(1) L’historienne et économiste juge qu’il manque environ 100 millions de femmes en Asie du fait de l’avortement, de l’infanticide et des négligences dont elles sont victimes. Et d’expliquer que « les réticences à l’égard de l’avortement furent sans doute annihilées par la crainte qu’inspirait la sévère politique de l’enfant unique, avec ses avortements forcés jusqu’au dernier trimestre de la grossesse ».

« Dans pareil contexte, précise-t-elle, l’avortement d’un fœtus du ‘mauvais’ sexe peut sans doute apparaître comme un ajustement nécessaire à la politique en vigueur. Lorsque l’Etat, par l’entremise de ses représentants locaux, falsifie les chiffres et force à l’avortement, il est difficile d’empêcher les populations de penser qu’elles peuvent agir de même, au gré de leurs préférences. Dans ce domaine, l’Etat a déjà perdu toute autorité morale ». Et l’Occident ?

Lorsqu’il s’éblouissait devant l’Empire du Milieu qui allait bientôt « s’éveiller », n’a-t-il pas fermé les yeux sur les atteintes aux droits de l’homme qui s’y perpétraient, au prétexte que l’enjeu démographique excusait tout ? Le fantasme du « péril jaune », cette invasion que l’explosion démographique chinoise faisait craindre, n’a-t-il pas fait tolérer que ces hommes de l’autre bout du monde s’arrangent entre eux pour être moins nombreux ?

Plus que sur les populations chinoises d’Homo sapiens, notre émotion se focalise sur celles d’Ailuropada melanoleuca, le grand panda, menacé d’extinction. La naissance mi-juillet d’un spécimen au zoo français de Thoiry ou la mort, le 23, dans un parc chinois, de la femelle "Meimei", le plus vieux panda du monde, n’ont-elles pas damé le pion aux révélations sur la démographie humaine de la Chine ? Pourtant, ces dernières préfigurent une crise inédite qui peut inquiéter à propos d’un aussi grand pays (1,3 milliard d’habitants). Non seulement sa pyramide des âges commence à ressembler à une toupie, tellement les personnes-âgées vont devenir prépondérantes, mais encore cette toupie ne peut tenir en équilibre du fait du déficit des femmes… Avec un ratio de 117 hommes pour 100 femmes, note Gilles Pinson de l’Institut national d’études démographiques, ces dernières devraient avoir davantage d’enfants pour assurer le renouvellement des générations (2,3 en moyenne) que lorsqu’il y a autant d’hommes que de femmes (2,1).

Et tout cela pourrait mal tourner. Les générations nouvelles qui doivent porter tant d’aïeux sur leurs épaules seront tentées de substituer le parricide (ou l’euthanasie) à l’infanticide, ou de favoriser le suicide des vieillards.

Quant au déséquilibre entre les sexes, la Chine impériale l’a déjà cruellement expérimenté à l’époque du meurtre des petites filles : des bandes errantes de célibataires armés menaçaient sa sécurité. Pour demain, les experts réunis à Tours envisagent l’émergence de ghettos d’hommes dans les mégapoles avec leur lot de prostitution et de criminalité. Ils considèrent comme « assez improbable » le développement de la polyandrie ou de l’homosexualité... De leur côté, les féministes occidentales sont obligées de constater que l’avortement, qu’elles ont présenté comme le symbole de la libération des femmes, a fait subir à des millions d’entre elles une sorte de génocide.

Tugdual DERVILLE


(1) "Où sont passées toutes les jeunes filles ?". Perspective chinoise n°86, novembre-décembre 2004.

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