2906-Le cardinal de Lubac et l’Eglise

vendredi 28 novembre 2003

Les vendredi 5 et samedi 6 décembre, se tiendra à Lyon un colloque pour le cinquantième anniversaire de la publication de l’ouvrage Méditation sur l’Eglise (1) du père de Lubac. On aurait tort de croire qu’une telle manifestation est réservée à un public de type universitaire. Ce n’est pas pour rien que le cardinal Barbarin a voulu ouvrir aux participants la crypte de la basilique Notre-Dame de Fourvière pour qu’une large assistance puisse accéder au témoignage essentiel de ce magnifique porte-parole de la Foi que fut le grand théologien. Le sujet choisi, L’Eglise, fut au centre de son œuvre, comme il fut au centre de l’enseignement de Vatican II. La publication du livre, en 1953, annonce non seulement le concile, mais semble répondre par avance à la crise profonde qui bouleversera le corps ecclésial à la suite de la dépression des années soixante.

Dans un avertissement qu’il rédige pour la cinquième édition (1967), l’auteur écrit : “Il est devenu malséant, dans les cercles qui font l’opinion, d’oser dire tout haut qu’on aime l’Eglise du Christ”. Elément douloureux pour le jésuite, la Compagnie est alors touchée de plein fouet par un mouvement de contestation corrosif, qui fait fuir ses novices et ses jeunes religieux. L’institution ecclésiale est non seulement l’objet d’attaques frontales, sa légitimité même est réfutée. Le père de Lubac est blessé par les diatribes qui viennent parfois de ses anciens élèves. L’un d’entre eux ira jusqu’à prétendre que les meilleurs croyants désertent l’Eglise en raison de l’obsolescence de celle-ci et surtout en raison de leur exigence spirituelle. Ceux qui ont lu Méditation sur l’Eglise savent que de tels griefs ne sont pas nouveaux, et qu’une tendance récurrente n’a cessé d’opposer aux misères concrètes de l’institution une Eglise invisible, celle des vrais spirituels. Le père de Lubac, vingt ans, trente ans à l’avance, a dénoncé une évolution mortifère qui conduit à “l’anarchie spirituelle”. On ne dissocie le spirituel et l’humain, le visible et l’invisible qu’au prix de l’unité existentielle du corps du Christ. Il y a une unité infrangible de l’Eglise qui interdit de la décomposer en réalité idéologique que l’on rejette et en réalité mystique que l’on prétend découvrir dans sa pureté.

Une insistance unilatérale sur le concept de peuple de Dieu produira aussi beaucoup de dégâts. Urs von Balthasar montre combien son maître de Lubac s’est montré lucide, parce qu’il avait la vive conscience de la maternité de l’Eglise. Elle n’est pas un sujet d’en bas, elle est vénérée et aimée comme celle qui nous engendre à la Vie. Loin des aventurismes orgueilleux, l’esprit filial nous conduit à reconnaître ce qu’est l’amour authentique d’une Eglise, qui au travers des générations, poursuit la mission que lui a confiée le Christ, en lui envoyant l’Esprit. Le peuple chrétien tout entier doit s’y reconnaître dans la louange.

Gérard LECLERC


(1) Henri de Lubac, Méditation sur l’Eglise, Œuvres complètes VIII, Le cerf.

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