26 - La politique dans la pratique

Histoire de France Catholique par René Pucheu

dimanche 3 janvier 2010

« Il n’y a pas de position politique concrète et technique de La France Catholique... » On a déjà cité cette petite phrase et l’on s’est même permis d’ironiser sur elle. Peut-être parce qu’on avait négligé de lire la suite : « Aucun de ceux qui la (la F.C.) font n’est de près ou de loin, attaché à aucun parti. Nous n’avons jamais, en bloc, comme ensemble France catholique, défini une position politique partisane... » (FC 10/012/57)

Mais bon sang, bien sûr : tout s’éclaire ! « Il n’y a pas de position politique... de la France Catholique... » Ces mots voulaient seulement dire que La France Catholique n’est l’organe d’aucun parti ! On aurait dû d’autant plus le comprendre que cela, aussi, se disait dans tout le « mouvement catholique » !

Autrement dit, sans prendre de positions politico-partisanes, dans le concret de la vie publique, La france catholique ne pouvait s’empêcher de défendre des options dans le débat politique.

Lesquelles ? Dans quelles circonstances ?

Répondre à ces questions par le menu et avec un précision d’horloger serait un travail quasi-herculéen ! En tout état de cause, il dépasse nos moyens artisanaux d’explorateur du dimanche...

Contentons-nous, donc, de signaler que, si on l’entreprenait, on investirait le « message » de l’hebdo dont s’agit par une double voie : une radioscopie séquentielle, des saisies événementielles.

Chacun de ces manières d’opérer a ses avantages et ses limites.

La radioscopie séquentielle ?

Ses avantages ? Mettre en évidence les structures idéologiques majeure de la FC 2. Si on les serre de près, mettre au clair leurs variations éventuelles.

Si l’on se lançait dans cet inventaire et ce mode d’analyse, on sélectionnerait et l’on scuterait 5 soucis qui n’en finissent plus d’aller et de revenir, au fil des années, fût-ce avec des hauts et des bas.

Evoquons-les seulement :

- l’angoisse scolaire. Un souci - ou une obsession - venu de 1924 ! Dans le dernier numéro de la FC-1 (daté du 15 août 1944) figurait, en bonne place (3e colonne à la une) un article titré « Les catholiques de France devant la laïcité » et, dès le 1er avril 1945, c’était relancé. A la 6e et 7 col. de la une, on lisait : « Pour la paix scolaire ». Cette lutte ne finit pas de si tôt. En 1947 d’aucun crurent même entendre J. LCG appeler à la croisade. Il démentit (Mde 7/10/1947). Quand même... on pouvait s’y tromper.

Ce souci continua à s’imposer : « Une détresse cachée : l’école libre ! » (FC 16/12/49). « Qui veut la mort de la liberté d’enseignement » (FC 12/02/1965), etc. Important de remarquer que cet acharnement sur la « question scolaire » s’inscrit dans une vision théologique de fond : sans institutions chrétiennes point de salut (cf. FC 18/06/1965) « L’enfant chrétien doit grandir en climat chrétien » (FC 14/09/50).


- repousser le marxisme.
Version 45-70 de l’affrontement avec le matérialisme, comme on disait naguère.

« Liberté ou dictature (du prolétariat). tel est le choix auquel nous n’échapperons pas. » (FC 25/01/1946). Par la suite, « Contre la honte de Budabest » (FC 18/02/48), « Misère et communisme » (FC 18/06.65), etc.
Evidemment, la FC n’était pas seule à combattre contre la domination idéologique et politique du communisme. Gabriel Marcel, qui était un collaborateur assidu de la FC, était lié au Congrès pour la liberté et la culture fondé à Berlin en 1950. A la FC, l’anti-communisme se manifesta en particulier par la polémique avec le « progressisme » dans le catholicisme français. On y reviendra donc ultérieurement.

- l’exigence sociale, pour reprendre l’expression de Luc Baresta (FC 19/11/65). A l’évidence, ce souci prolonge l’inclination ou la passion pour le « corporatisme » de la FC des années 30 et de Demain. Il s’articule sur les préoccupations du « catholicisme social ».

Dès 1945 on met « la réforme de l’entreprise » à l’ordre du jour, en soulignant que parmi « les réformes de stucture » - selon le langage du temps - « le problème capital de la réorganisation des relations du capital et du travail au sein de la cellule économique initiale, l’entreprise » ne doit pas être négligé (FC 09/09/45). Le souci ne s’atténuera pas.

A remarquer, social n’a pas dans la FC des accents à dominante humanitaire. Il correspond au sociétal d’Alain Tourraine. Car la visée c’est le dépassement de la lutte des classes, l’avènement de l’harmonie sociale. Voire d’un nouvel ordre social, comme disait La Tour du Pin. Exemple : « Sur le plan social, une question synthétique pourrait s’énoncer ainsi : comment faire évoluer le phénomène de socialisation, c’est-à-dire de multiplication des relations sociales... une perspective à écarter : celle du socialisme, celle de l’étatisation générale... » (FC 19/11/45) Et, en avant pour « des institutions de dialogue, des accords paritaires... ». Bref, du corporatisme à la cogestion.

- Comment humaniser la Technique : « L’ère des organisateurs » (titre célèbre) nous menace » (FC 15/08/47). « L’homme et la technique » (par Gabriel Marcel) (FC 05/04/48), « Technocratie, règne de l’impersonnel » (FC 19/02/54), « Technique enjeu du siècle » (FC 03/12.54) « Où va la technocratie ? » (FC 21/10/55 ; 04/11/55 ; 11/11/55), etc.

Et voilà pourquoi les technocrates cathos liront davantage Esprit que la FC qui, en revanche aura plus de lecteurs au CNPC ? On peut se le demander sans modération.

- faire face au déclin de l’Occident. Certes, les années 50 et 60 ne furent pas les années 20. ce souci ne fut pas souvent énoncé en ces termes. Cependant, quelques occurences. Au moins celles-ci : « Occident, garde-toi, toi même » (FC 22 et 29/09/1950). « Weygand, défenseur de l’Occident » (FC 05/02/1965) par Henri Massis, inéluctablement !

Mais, plus fondamentalement, il est vraisemblable que c’est à cette vision de l’aventure de la civilisation qu’il faut rattacher deux attitudes majeures de La France Catholique des années 50-60, l’une d’espoir, l’autre de désespoir.

- l’engagement pro-européen. Pas banal ! surtout si l’on pense à Castelnau contrant Briand et le Pape sur le politique « européenne », dans les années 20 et 30. « Propos européens ; Esprit de l’Occident » (FC 17/06/45). « L’Europe ou le néant » (FC 04/07/47) ; « La fin de l’Europe... Journée de deuil national » (titre publié après le rejet du projet de CED, (27/08/1954). bref, l’européisme comme dernier recours !

- le désarroi provoqué par la décolonisation... Il fut énorme. En particulier à l’occasion de la Guerre d’Algérie - comme on dit désormais.

L’attitude de la FC fut aussi catégorique que les discours du ministre résident Robert Lacoste : « Nous rapportions dans notre numéro de la semaine dernière cet avis du Maréchal Juin suivant lequel "la partie est militairement gagnée en Algérie". Rentré d’Algérie huit jours auparavant, notre collaborateur Michel Denis rapportait les mêmes conclusions... » (FC 03/01/1958).

Vraisemblablement, militairement exact ! Mais la crise algérienne était d’abord politique ! Il fallaut que le désespoir fut immense pour qu’on l’oubliât à la FC.

François Mauriac en frémissait - avec volupté ? - d’horreur : « Cet hebdomadaire officiellement catholique, s’il blâme les tortures du bout des lèvres, de quel ton il fulmine contre ceux de ses frères qui ont osé les dénoncer... » (L’Express 24/12/1957).

La « politique » de la FC sur la Guerre d’Algérie méritera une radioscopie plus fine. D’autant que la renommée de l’hebdo en a été assombrie. En outre, à travers elle, la question du rapport nationalisme/catholicisme a été, une fois encore, posée. En phase terminale ? Pas de précipitation !

La radioscopie événementielle ? Qués-a-ko ? Le contraire de la précédente.

Dans la « radioscopie séquentielle », la caméra explore le temps et suit, de récurrence en récurrence, les soucis et leur expression thématique afin d’en tirrer au clair leur logique motrice. Dans la radioscopie événementielle - plus précisément, pour ce que l’on appelle ainsi, ici - on procède, au contraire par arrêt sur image. On choisit un événement et on « flasche » la mise en scène, la mise en page, la relation ou le récit journalistique qui le « couvre ».

L’avantage ? ce mode d’analyse - on n’a pas la prétention d’écrire « cette méthode » - permet de saisir le jugement politique in vivo, sur le vif, dans l’émotion de l’instant ou, en tout cas, dans le concret de l’actualité immédiate.

En fait, c’est au feux croisés des deux styles de « radioscopie » que l’on peut y voir clair sur la « politique » d’un média.

Dans le cas d’espèce, on pratiquera des « arrêts sur image » focalisés sur quelques moments-chauds de la vie politique, éventuellement sur quelques phénomènes significatifs de la vie sociétale française, susceptibles de nous éclairer sur « l’univers politique » de La France Catholique.

Comme il nous était impossible de radioscopier les trente années des Trente Glorieuses, on s’est résigné à sélectionner 10 millésimes dont la mémoire collective a retenu un ou plusieurs événements qui, en leur temps, émurent, voire émeuvent encore.

Plus précisément, on parcoura les années 1947, 1952 ; 1954, 1958, 1962, 1965, 1968, 1969, 1973, 1974.

Sans attendre, en guise d’ouverture apéritive ou d’échauffement à cette recherche, voici un premier survol des péripétie ou des évé,nements qui suscitèrent débats, discussions ou provoquèrent émotion. Quitte à les observer de plus près, lors de l’analyse de contenu proprement dite.

La suite de ce chapitre XIX ? Chantier en cours...

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