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Vincent Peillon et la morale

par Gérard Leclerc

lundi 3 septembre 2012


En cette période de rentrée, et de rentrée scolaire, notre ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, nous annonce qu’à nouveau on va enseigner la morale à l’école. La morale laïque, précise-t-il. Et ce sera pour la rentrée prochaine, celle de septembre 2013. Grande nouvelle ! Faut-il dire bonne nouvelle ? Je serais tenté de dire bonne nouvelle. Comment contester le fait qu’à nouveau nos enfants apprendront qu’il y a des choses que l’on doit faire et des choses que l’on ne doit pas faire, qu’il y a une notion objective du bien et du mal. Je suis d’une génération qui a appris cela à l’école publique. Chaque matin, au tableau notre instituteur inscrivait une petite phrase, qui était comme un viatique pour notre journée, et qui nous mettait dans la tête comment il fallait être plus sage, plus vertueux, plus secourable à l’égard de notre prochain. Ainsi poursuivait-on une tradition qui datait des origines de l’école de la IIIe République, celle de Jules Ferry et de tous les initiateurs de cette école publique, laïque, gratuite et obligatoire.

Cependant, il faut bien se poser une question. Pourquoi a-t-on abandonné cette pratique ? Pourquoi est-elle tombée en désuétude ? J’ai ma réponse. Cela s’est passé autour de 1968, au moment où on écrivait sur les murs qu’il était interdit d’interdire. Oh certes, à cette époque, tout le monde n’était pas libertaire ou gauchiste. Mais le consensus sur la morale, qui avait persévéré jusque là, avait éclaté. On n’osait plus parler morale, car il n’y avait plus d’accord sur des valeurs communes. Sartre l’avait bien dit la morale de l’école publique était une morale religieuse sécularisée. Dès lors qu’il n’y avait plus les conceptions communes à ceux qui croyaient au ciel et à ceux qui n’y croyaient pas, le pacte se trouvait rompu.

Le problème est de savoir aujourd’hui si un consensus peut être rétabli sur les valeurs, les normes communes. Un seul exemple : va-t-on ou non apprendre à nos enfants que ce qu’on appelle le droit à la diversité implique l’ouverture du mariage aux personnes du même sexe ? C’est un aspect isolé de la morale ? Sans aucun doute, mais il correspond à une conception générale du monde dont dépendent toutes les conséquences pratiques. C’est pourquoi il sera extrêmement difficile de reformer un consensus sur une morale publique, fut-elle laïque.

Chronique lue sur Radio Notre-Dame le 3 septembre 2012.

6 Messages de forum

  • 3 septembre 2012 16:21, par Samuel Katzman

    Il faut dire aussi qu’il n’y a pas consensus également chez les chrétiens sur la question du mariage homosexuel.

    D’où le danger effectivement de vouloir donner des lecons de morale assez catégoriques et bien tranchées (laïques ou religieuses) alors que certaines questions sont humainement délicates et tout en subtilité. C’est ce que rappelait Mgr Martini.

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    • Vincent Peillon et la morale 3 septembre 2012 16:29, par Samuel Katzman

      Le maître-mot de la morale c’est quand même la tolérance. L’Eglise, après avoir intégré lentement cette vertu, l’aurait-elle répudié ?

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      • Vincent Peillon et la morale 3 septembre 2012 19:23, par Jean Léon

        Le maître-mot de la morale c’est plutôt la sagesse. La tolérance, je pense, n’a rien avoir avec la morale, elle ouvre toutes les portes, y compris celles des maisons que l’on tolérait autrefois. L’équilibre de la sagesse humaine apporte une morale naturelle qui sait distinguer le bien et le mal. Suffit-il de les distinguer ? Comment accepter le bien et fuir le mal sans le secours de ce qui nous dépasse et qui s’exprime dans l’amour. Jean Leon

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        • Vincent Peillon et la morale 4 septembre 2012 00:32, par Samuel Katzman

          Un intolérant n’est pas un sage.

          Les maisons dont vous parlez avaient leur utilité (depuis la nuit des temps). On commence à s’en rendre compte à nouveau.

          Heureux celui qui voit le bien et qui voulant le bien ne commet pas le mal !

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          • Vincent Peillon et la morale 9 septembre 2012 15:48, par Réginald de Coucy

            « tolérance » est encore une sorte de mot-valise dans lequel on peut trimbaler à peu près tous les artifices que l’on veut. La connotation positive dont il est revêtu permet de faire facilement glisser tous les aspects négatifs attachés à ce terme.

            Dans l’esprit du public, être tolérant est une valeur plutôt souhaitable. Et, bien évidemment, ce mot permet d’auréoler celui qui s’attribue ce qualificatif d’une aura positive. Etre classé dans la catégorie des gens "tolérants" pose tout de suite un personnage dans une sorte de respectabilité enviable.

            Pourtant, on pourrait citer maint exemple qui démontre que "tolérer" peut concerner l’effroyable et la monstruosité.

            L’épouse de Dutroux, dont il est questions ces jours-ci dans l’actualité, n’a-t-elle pas toléré l’ignominie ? Elle a en effet été "tolérante" aux agissements criminels de son mari...

            Il en est allé de même de la sinistre madame Fourniret qui a poussé loin la tolérance.

            Que peut-on dire de voisins qui, en toute connaissance de cause, ont "toléré", sans mot dire, qu’un enfant soit durablement maltraité ou qu’une épouse soit battue avec régularité ?

            Qui n’a pas lu de ces récits poignants d’enfants victimes d’inceste dont la mère ou la marâtre ont "toléré" la pratique ?

            En fait, la tolérance ne vaut que ce a quoi elle s’applique ponctuellement !

            La tolérance n’est parfois que le masque de la lâcheté la plus répugnante ou bien encore celui de la complicité à peine avouée d’une amoralité partagée...

            Si aujourd’hui les lobbies de la bien-pensance nouvelle agitent les termes de tolérance, de discrimination et quelques autres encore, c’est pour mieux noyer le poisson (le poison...). En donnant mauvaise conscience à qui craint d’être classé "intolérant" du seul fait du refus de certains modes de vie, quelques minorité bien organisées sont arrivées à inverser les valeurs.

            Les donneurs de leçons professionnels en matière de tolérance et d’anti-discrimination n’hésitent pas l’ombre d’un instant, eux, à faire preuve d’intolérance et de discrimination à l’égard de quiconque prétend remettre en cause leurs lubies totalitaires et leur vision doctrinale !

            L’opinion publique, qui ne se donne pas toujours la peine de réfléchir, a ainsi adopté de nouvelles règles morales dont le seul soubassement est la dictature d’une "tolérance" libérale-libertine-libertaire toujours plus exigeante en matière d’étendue.

            On se demande donc ce que les "cours de morale" de monsieur Peillon pourraient bien avoir comme contenu (à part "tolérons !") puisque ce qui était intolérable hier est devenu aujourd’hui la norme à laquelle on se doit de se conformer, sous peine d’être un ennemi déguisé de la société...

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  • 7 septembre 2012 18:05, par admin

    Quelle est cette morale « laïque » ? Une petite phrase lâchée dans l’interview accordée par notre ministre au Journal du dimanche du 2 septembre aurait dû susciter une exégèse immédiate de tous les éditorialistes de France : « Il faut assumer que l’école exerce un pouvoir spirituel dans la société. » Quelle annonce !

    http://www.temoignagechretien.fr/AR...

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