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Trouble en politique

par Gérard Leclerc

mercredi 18 janvier 2017


Le commentaire politique abonde particulièrement en cette saison électorale. Les chaines d’information continue excellent à faire débattre entre eux les meilleurs experts des évolutions des leaders de la droite, de la gauche ou du Front national. Lesquels experts se confrontent utilement à leurs collègues, infatigables analystes des enquêtes d’opinion. Il se dépense des trésors de sagacité dans ces interminables débats de nos belles soirées d’hiver. Mais ce genre d’expertise est-il vraiment décisif ? Nous livre-t-il vraiment les clés de nos destins collectifs ? On peut avoir quelques doutes là-dessus. D’ailleurs, bien souvent l’interprétation de l’événement présent renvoie à une incertitude de fond, comme si l’intelligence de notre époque se dérobait, comme si nous vivions dans le trouble, ne pouvant plus nous raccrocher à des repères fiables. Les partis politiques sont eux-mêmes déstabilisés dans leurs fondamentaux. C’est particulièrement sensible à gauche. Mais si on examine ce qui se passe à droite, on est aussi frappé d’une remise en question qui peut se traduire ne serait-ce que par le changement de ses leaders. Passer de Sarkozy et Juppé à Fillon n’est pas innocent.

Mais c’est la gauche qui est la plus mal à l’aise. Elle l’est – j’ai déjà exprimé ce jugement – parce que c’est sa culture qui est en crise. En crise à ce point qu’il lui est impossible de se définir elle-même. Jean-Pierre Le Goff l’exprime avec force dans son essai au titre cruellement explicite, La gauche à l’agonie ? Le point d’interrogation ne trompe pas. Le Goff parle de l’épuisement des idéologies passées et de celle de la révolution culturelle post-soixanthuitarde. Le sociologue dénonce au passage le brouillage opéré par les médias qui restent encore largement prisonniers de cet univers mental, dont se détache de plus en plus l’opinion française.

Face à ce désarroi, Jean-Pierre Le Goff en appelle à un retour sur notre héritage le plus profond et le plus nourricier. D’aucuns y verront l’effet de cette fameuse quête d’identité, si suspecte par ailleurs. Mais l’identité vraie ne saurait se séparer de la vie, elle n’est pas en fer. Et même si elle renvoie à la tradition, il faut se souvenir de Péguy qui la définissait comme révolutionnaire, car elle creusait jusqu’aux plus profondes ressources de notre humanité.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 18 janvier 2017.

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