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Noël, entre la foi et la culture

par Gérard Leclerc

jeudi 22 décembre 2016


Chrétiens, nous célébrerons la Nativité dimanche, in hymnis et canticis, dans les hymnes et les cantiques, ceux de la liturgie qui sont les plus à même de nous faire entrer au cœur du mystère de l’Incarnation. « Tu quae genuisti, natura mirante, tuum sanctum genitorem. » Le chant grégorien s’adresse ainsi à la Vierge Marie : « Toi qui as engendré, à l’admiration de la nature, celui qui t’as lui-même créé. » Cette donnée première de la foi chrétienne ne saurait être pensée hors de la tradition théologique qui seule lui donne son sens véritable. Oui, Noël est une fête religieuse, même si elle se trouve environnée depuis longtemps par une sensibilité artistique et populaire qui ne fait que déployer l’indicible de son mystère humano-divin. Cette sensibilité continue à se refléter dans le climat de la fin d’année, en dépit d’une tendance à effacer tout signe religieux de la scène publique.

Quand le maire de Strasbourg supprime la crèche du célèbre marché de Noël au pied la cathédrale en grès rose, il veut sans doute échapper au reproche de confessionalisation de l’événement. Mais c’est la cathédrale elle-même qu’il faudrait effacer du paysage, si on voulait séculariser la fête en cohérence avec une conception particulèrement étroite de la laïcité. Cette décision ne s’en inscrit pas moins dans une lutte culturelle, et non directement religieuse, qui ne peut provoquer que des ripostes dans le même registre. C’est le cas, lorsque Laurent Wauquiez fait installer une grande crèche dans le hall de son Conseil régional à Lyon.

Qu’on le veuille ou pas, nous sommes tributaires d’un héritage culturel qu’il nous appartient de prolonger ou de faire disparaître. Comme l’explique très bien Pascal Bruckner au Figaro : « C’est une une illusion de croire qu’en montrant patte blanche, qu’en faisant de nos pays des espaces sans histoire et sans mémoire, nous apaiserons l’ennemi. » Il ne s’agit pas bien sûr de s’engager dans des surenchères, il s’agit d’envisager paisiblement la continuité d’un certain art de vivre, sans être dupe toutefois des enjeux qui sont de civilisation. Puissent l’esprit et la joie de Noël nous y aider !

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 22 décembre 2016.

2 Messages de forum

  • 24 décembre 2016 10:13, par Gemayel

    Noël est peut-être aussi une histoire humaine, celle d’une famille, une mère, un père et un premier-né...

    Non, rien n’a été facile pour Marie, rien... Enceinte sans avoir connu d’"homme, elle risque d’être répudiée par Joseph ; elle accouche en plein hiver dans une grange. Puis, heureuse, et quelque part un peu fière de présenter son enfant, elle doit assumer la terrible phrase de Siméon : "Un glaive te transpercera le coeur". Peut-on imaginer le désarroi d’une maman entendant ces mots en telle circonstance ? Un peu plus tard, la voici sur la route de l’exil avec Joseph et Jésus, cette fuite en Egypte pour sauver le petit. De retour au pays, elle connait les inquiétudes d’une mère à la recherche de cet adolescent qui fait fausse route à ses parents pour aller discuter au temple et qui, une fois retrouvé réplique, avec cette involontaire arrogance de la jeunesse : "Ne saviez-vous pas que...". Enfin, le temps passe, et on va retrouver Marie aux côtés de son Fils, à Cana, par exemple : "Faites ce qu’Il vous dira". Plus tard, Elle sera avec Lui, avec Lui portant le bois, le bois qu’Il connait bien pour l’avoir tant de fois travaillé, mais cette fois c’est le bois de la Croix sur cette route qui n’en finit pas... Non, rien n’a été facile pour Marie qui va voir son enfant crucifié et mourir entre deux voleurs et qui va prendre sur ses genoux un corps sans vie.

    De la visite de l’Ange jusqu’au Golgotha, entre quelques moments de bonheur, rien n’a été facile pour Marie. Voilà la conséquence de ce "Fiat", ce "Oui" imprudemment, mais volontairement offert par une toute jeune fille qui ne sait encore rien de la vie...

    Joseph n’est pas en reste : comment refuser de partager la fureur, peut-être, à l’annonce du fruit d’une infidélité de l’épouse qui n’est pas encore entrée sous son toit ; voilà un homme bafoué dans son honneur qui va répudier une femme indigne. Quelle déception que ces fiançailles et ce mariage, comment n’a-t-il pas vu venir la chose ?... Et puis, se ravisant, sans doute après avoir beaucoup prié parce que Joseph est un homme pieux, il décide d’épargner le déshonneur à Marie de Nazareth et il va la prendre avec lui dans sa maison. Le charpentier va enseigner son métier au fils adopté par le "Oui" que lui, aussi, Joseph, a prononcé. Il veille sur Marie et Jésus, ce chef de famille dévoué et discret, tellement discret qu’on n’entend pas parler de lui, Joseph, ce papa qui s’efface volontairement devant sa merveilleuse épouse parce qu’il a fini par réaliser qu’il était le témoin et l’acteur aussi de l’histoire d’une famille qui va traverser l’Histoire du monde, qui va lui donner son sens, sa véritable dimension. Pour lui, non plus, Joseph, tout n’est pas allé comme sur des roulettes, mais quelle magnifique destinée que celle d’être époux et père ! Et pas l’époux de n’importe quelle femme, ni le père de n’importe quel Fils !

    Et enfin, Jésus, et...

    Non, ne prolongeons pas. Restons dans l’attente de cette nuit, sous le ciel étoilé de Palestine, à Bethléem la bien nommée. Restons dans cette attente qui va se voir récompensée par une joie irrépressible, par l’émerveillement d’accueillir la venue au monde d’un Enfant.

    C’est l’histoire d’une famille. Tout simplement. Sauf que c’est la face du monde entier qui va s’en trouver changée...

    "Noël, entre la foi et la culture". Rien ni personne ne pourront nous les arracher.

    Si, toutefois, nous le voulons bien.

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  • 24 décembre 2016 17:13, par Philippe Pouzoulet

    Sr Claire Patier, Servante de la Parole, parlait récemment dans un de ses commentaires bibliques (disponibles sur Youtube) de la "vengeance de Dieu". Une bien douce vengeance en vérité...

    Nous y sommes ce soir de Noël...La voici la vengeance de Dieu...

    Dieu vengeur...? Non, Dieu ne se venge pas comme de la vengeance dont les hommes sont coutumiers. Dieu "sans idée du mal" n’est pas un Dieu punitif mais un Dieu qui vient à notre secours. Un Dieu bon Samaritain qui s’arrête au chevet de la victime...Nos agresseurs ont un nom sur la route entre Jéricho et Jérusalem : société libertaire, hyper-consommation, individualisme forcené, performance et profit contre bien commun et bien de la personne, soumission absolue aux lois du marché, asservissement de la pensée par la doxa médiatique...On ne compte plus ceux qui restent au bord de la route...

    Et ce sont les hommes qui s’infligent à eux-mêmes catastrophes et blessures, par oubli de Dieu et trahison du bien, du bon, du juste.

    On peut penser bien sûr aux attentats terroristes. Mais le mal est plus diffus, plus mortifère encore. Banalement mortifère. Nos sociétés ne sont pas en train de s’effondrer sous les coups du terrorisme, elles s’écroulent sur elles-mêmes par l’effet de l’érosion quasi-complète de leurs fondements éthiques. Voir le dernier "cri" du délit d’entrave numérique à l’IVG : silence, on avorte. Mais c’est l’humain qu’on avorte en fait...Un "droit fondamental" de destruction d’humanité...

    Quand la culture a fini par évacuer Dieu, c’est-à-dire par évacuer l’homme dans la vérité de sa nature, il ne reste plus qu’un immense pouvoir de destruction et d’auto-destruction. On s’étonne après que notre société soit déprimée et dépressive à la contemplation du résultat...

    Noël mis en "marchés", culte du caddy en supermarchés décorés aux couleurs "liturgiques" de la surconsommation : c’est bien beau, mais Noël dans tout ça ?

    Pourtant, Dieu n’est pas celui qui lance des poids lourds à pleine vitesse contre cette chape de mécréance pesant sur nos épaules comme le joug de l’occupant romain au temps de la naissance du Christ...

    Dieu, lui, ne se lasse pas de venir et de revenir encore jusqu’à nous dans la douce lumière de Noël, petit enfant dans la crèche : douce et intacte bonne nouvelle de la Nativité dans nos sociétés à bout de souffle...

    Alors, "joyeux solstice d’hiver" ? Non, bien sûr : Joyeux Noël !

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