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Les nouveaux dissidents

par Gérard Leclerc

jeudi 19 janvier 2017


La Marche pour la Vie qui partira dimanche à Paris de la place Denfert-Rochereau à 13h30 constitue, à y bien réfléchir, une sorte de déclaration ou de manifestation de dissidence. C’est à dessein que j’emploie ce mot qui définissait l’attitude de refus des opposants au régime soviétique dans les années soixante-dix quatre-vingt. On m’objectera que ce rapprochement est incongru, voire scandaleux. Comment peut-on comparer un régime totalitaire avec un régime de liberté garanti par un État de droit ? J’assume pourtant le scandale, sans pour autant opérer une assimilation pure et simple entre deux systèmes d’évidence dissemblables. À propos de scandale, il y a d’ailleurs des précédents, notamment celui de Soljenitsyne interpellant l’Occident depuis Harvard en 1978, pour lui reprocher son manque de courage : « Notre tâche doit être l’accomplissement d’un dur et permanent devoir, de sorte que tout le chemin de notre vie devienne l’expérience d’une élévation avant tout spirituelle, pour que nous quittions cette vie en étant de meilleures personnes que lorsque nous y sommes entrés. »

Peut-être qu’un régime de liberté se caractérise aujourd’hui par la possibilité d’encaisser une mise en demeure aussi directe, aussi radicale ? Mais il faut constater en même temps que ce régime est en train de se fissurer, lorsque notre Parlement adopte une loi soviétoïde pour sanctionner ce qu’on appelle un délit d’entrave à l’IVG. Par ailleurs, une information du Canada est venue renforcer ma perplexité. Nous apprenons que Marie Wagner, une femme de 42 ans, qui totalise déjà quatre ans et demi de prison, vient d’y retourner pour avoir plaidé avec infiniment de délicatesse en faveur de l’enfant à naître auprès de femmes engagées dans un processus abortif. La justice canadienne s’est montrée implacable. Aucune contestation n’est possible, même au tribunal, pour marquer son opposition à la perspective de faire disparaître l’enfant, jusqu’à la veille de sa naissance. Oui, Marie Wagner est une dissidente, une dissidente héroïque. Je crains, à la façon dont se développe chez nous le fanatisme abortif et ses conséquences législatives que nous soyons condamnés à devenir des dissidents, par simple fidélité à notre conscience.

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 19 janvier 2017.

6 Messages de forum

  • 19 janvier 20:42, par Henri
  • 19 janvier 21:05, par Patrick Nodé-Langlois

    Merci Gérard. Je partage à 100% votre point de vue.

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  • 19 janvier 21:15, par Jean-Marie Achéritéguy

    "que nous soyons condamnés à devenir des dissidents, par simple fidélité à notre conscience".
    Oui, Gérard Leclerc, des dissidents, ou bien des martyrs, si le mot a encore un sens.

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  • 20 janvier 00:15, par Philippe Pouzoulet

    Le terme de "dissident" est parfaitement adéquat.

    En matière d’IVG, la France est une quasi démocratie populaire, y compris pour la liberté d’expression.

    Ayant contribué à fonder une antenne d’Alliance pour les droits de la vie en Bourgogne, il y a déjà longtemps, j’ai eu l’occasion de l’expérimenter personnellement.

    Même l’épiscopat et la pastorale de la maternité étaient "normalisés"...
    Plus récemment, j’ai encore entendu un évêque de premier plan reconnaître en petit comité : c’est vrai, nous n’osons plus parler d’avortement...

    Ce qui change, c’est que les dissidents ne craignent plus de se faire entendre.

    Mais vous allez voir la violence que la manif prochaine va déclencher dans les médias...car les idéologues du droit fondamental d’IVG se sentent plus que jamais en position de force en raison de l’évolution de la législation.

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  • 20 janvier 02:03, par Paul

    Oui, nous sommes appelés à la dissidence face à un pouvoir d’autant plus sournois qu’il se prétend défenseur des libertés.
    Mais peut on appeler liberté cet ensemble caricatural et arbitraire de lois et contraintes qui interdisent au citoyen de penser en dehors des clous ces clous disposés pour le seul profit d’une petite caste (intimement liée aux intérêts des énormes groupes qui ont l’ultralibéralisme pour doctrine et pour praxis).

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  • 20 janvier 02:14, par Paul

    c’est ce slogan "Je suis Marie Wagner" qui devrait servir de ralliement à tous ceux qui vont pouvoir défiler dimanche.

    Ca a une tout autre allure que ce sinistre et insensé "Je suis Charlie" et ça marque une solidarité avec une victime de la répression de la liberté de conscience.

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