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L’identité de la gauche

par Gérard Leclerc

mercredi 4 janvier 2017


C’est vraiment parti pour la primaire de la gauche. On sait bien sûr que ce n’est pas la primaire de toute la gauche et que le gagnant de la compétition devra affronter Jean-Luc Mélenchon sur sa gauche (!) et Emmanuel Macron sur sa droite, même si cette droite se veut du centre.

En termes purement arithmétiques, l’affaire est donc est très mal partie, puisque divisée en trois, notre gauche n’a aucune chance de se retrouver au second tour de la présidentielle. Mais cette division n’est peut-être pas le facteur le plus important à considérer, car ce qui la détermine c’est l’incertitude fondamentale de ce qu’on pourrait appeler sa doctrine. Qu’est-ce qu’être de gauche, aujourd’hui ? Il n’y a que Jean-Luc Mélenchon à croire encore à une sorte de grand soir révolutionnaire, qui marquerait une rupture assurée avec le capitalisme. Depuis le grand tournant de 1983 sous le premier septennat de François Mitterrand, le parti socialiste s’est rallié au libéralisme en matière économique, ce qui implique un changement total de paradigme intellectuel.

Certes, on peut marquer certaines nuances. Mais elles ne modifient en rien l’essentiel qui consiste en l’adhésion aux critères de l’économie de marché et aux vertus de la mondialisation. Le seul démarquage important ne concerne pas l’économie, mais ce qu’on appelle le sociétal. C’est-à-dire les questions de mœurs et plus généralement ce qui concerne notre devenir anthropologique.

Et ce n’est pas du tout réjouissant. Le libéralisme libertaire, qui se réclame plus ou moins de Mai 68, se décline sur le mode d’un nihilisme profond, même s’il se cache sous la revendication de nouveaux droits.

Et là-dessus, j’en suis bien d’accord avec Michel Onfray, qui s’en explique dans un grand texte des Cahiers de l’Herne consacré à Michel Houellebecq : « Les soixante-huitards ont pris le pouvoir et sont devenus les soutiers zélés du nihilisme libéral (…). Pour le meilleur et le pire, Mai 68 a aboli le sens de ce qui faisait sens. Or l’islam propose un retour du sens et de ce qui fait sens dans un monde dépourvu de sens. »

Voilà qui relève de l’abyssal. Mais qui aura le courage de jeter une torche pour éclairer de l’intérieur ces abysses ? Qui saura relever le défi anthropologique dont dépend complètement notre avenir ?

Chronique diffusée sur Radio Notre-Dame le 4 janvier 2017.

Pour aller plus loin :

4 Messages de forum

  • 4 janvier 14:48, par Philippe Pouzoulet

    On ne peut que souscrire au commentaire de Michel Onfray.

    Identité de la gauche ? Celle-ci - mais ça remonte à Mitterrand, dont Hollande n’a été que le bien médiocre continuateur- a largement contribué à se vider de sa substance...

    Il ne reste plus que des débris idéologiques, et quelques postures (Mélanchon, Valls, Hamon...) dont aucune ne peut prétendre proposer une nouvelle synthèse.

    L’émergence de Macron ratifie ce naufrage politique. Il était déjà patent en 2012 mais le choix de Hollande, quasiment par défaut (tant aux primaires de la gauche qu’aux présidentielles) en avait différé les effets.

    Ca n’est pas une bonne nouvelle car faute d’émerger dans les urnes, la gauche impuissante risque de céder à ses vieux démons : les "sans-culottes" dans la rue pour le "3ème tour"...

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    • L’identité de la gauche 4 janvier 23:14, par Philippe Pouzoulet

      PS. Pour une confirmation de la part du 1er "sans-culotte" de France qui se moque bien du verdict des urnes avant même qu’il ne soit exprimé :

      "Dès le deuxième tour de la primaire de la droite et du centre, le 27 novembre, Philippe Martinez avait fait monter la pression, en déclarant que « la mobilisation serait d’actualité » en cas d’alternance en 2017. Chez FO aussi, on se prépare à manifester en juin si François Fillon est élu. Et un de ses dirigeants fait remarquer que « la CFDT pourrait se joindre aux cortèges, une fois que le PS - dont elle est proche - ne sera plus au pouvoir ». La droite, si elle gagne, entamera donc son mandat dans un climat difficile."

      Il ne faut pas se bercer d’illusion : il faudra tôt ou tard - mais l’échéance de 2017 sera sans doute le bon moment- mettre fin au "socialisme non démocratique" de la CGT comme ce fut le cas sous le gouvernement de Mme Thatcher lorsque cette dernière brisa la grève des mineurs de charbon de 1984-1985. Ce changement est capital si l’on veut définitivement extraire la France de la démocratie populaire rampante. Et la première étape pour ce faire sera une mobilisation aussi massive que possible au soutien de la candidature de François Fillon.

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  • 5 janvier 02:38, par Réginald de Coucy

    «  un déficit abyssal d’analyse politique  »

    C’est ainsi que Bruno Guigue (*) juge sévèrement la gauche et son « aveuglement stupéfiant »

    Ça mérite très largement le détour et c’est ici :

    http://www.les-crises.fr/cette-gauc...

    « Le libéralisme libertaire, (...) se décline sur le mode d’un nihilisme profond », « Les soixante-huitards ont pris le pouvoir et sont devenus les soutiers zélés du nihilisme libéral »

    On n’est pas très loin de la trilogie nocive, libéral-libertin-libertaire, que fustigeait Boutang.

    Il y a là, dans ces deux citations un abîme de réflexion qui s’ouvre sous les pas des citoyens, et pas seulement ceux de gauche.

    Oui, il y a une sérieuse réflexion à mener. Merci, Gérard, d’avoir lancé ce matin ce pavé sur les ondes de RND.

    * ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l’Université de la Réunion

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    • un déficit abyssal d’analyse politique 5 janvier 14:06, par Gemayel

      cf. : 5 janvier 02:38

      Ce lien que je découvre a son importance, et le billet de G. Leclerc, après avoir écouté la chronique, hier matin, sur radio Notre-Dame,
      sont tous les deux d’un intérêt bien loin d’être négligeable.

      Il m’arrive aussi de parcourir, ici et là, les réactions des lecteurs, pour dire la chose plus humblement, l’opinion de "l’homme de la rue" laquelle, loin d’être une formule négative est, bien au contraire le "ressenti" de l’humble citoyen. De la majorité de cette "vox populi vox Dei", il ressort que les Français et, probablement, d’autres habitants du pays, ne sont pas plus bêtes que ceux qui leur servent de fort appétissantes couleuvres avec des pilules pour aider à la digestion.

      L’article présenté dans le lien référencé vaut la peine d’être lu. Ne serait-ce que pour aider à comprendre qu’il ne s’agit pas là de ce qu’on appelle "un cas isolé", mais la preuve qu’une fois les yeux ouverts sur des réalités occultées, il serait difficile de les refermer comme s’il ne s’agissait que d’un rêve...C’est plutôt que l’approche de la réalité est en cours. Et qu’une fois lancée, une telle démarche, ou marche, ne saurait être stoppée. Sauf à asséner un coup fatal aux démocraties qu’on s’escrime, parait-il, à vouloir imposer aux peuples de la terre entière pour leur affranchissement des affres de la tyrannie.

      Et remplacer les tyrans par des TTM (Tyrans technologiquement modifiés).

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