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Traduit par Pierre

L’Esprit, dispensateur de surprises

par Robert Royal

jeudi 14 mars 2013


Une semaine de spéculation, de méditation sur les dernières nouvelles, et la conviction que nous avions — à force de profondes réflexions — mis en évidence ce qui qualifierait un petit groupe de cardinaux pour nous donner un futur pape capable de relever les défis lancés à l’Église, la prédiction que la décision viendrait au plus tôt en fin de semaine, et voici le coup de tonnerre ! l’annonce faite ce mercredi soir.

L’homme propose, et Dieu dispose.

J’avais prévu une issue rapide à ce conclave. Il m’a toujours semblé que, contrairement aux rumeurs de confusion, et en l’absence de véritable favori, les cardinaux disposaient d’un long délai inhabituel pour préparer leur choix en raison des circonstances du retrait de Benoît XVI. Mais nul, pas même le fougueux Cardinal Dolan, ne croyait à une conclusion aussi rapide. Et, surtout, n’allez pas croire ceux qui vous raconteraient qu’ils savaient que le Cardinal Jorge Mario Bergoglio, de Buenos Aires, apparaîtrait au balcon ce mercredi soir, tout de blanc vêtu.

Ces quelques lignes font partie de mes propos quotidiens sur le conclave, et je vais résister à la tentation de tracer en un instant le portrait de celui qu’on n’attendait pas du tout — et était cependant loin d’être un inconnu. Il a failli dépasser le cardinal Ratzinger en 2005, mais selon certains il avait un handicap, âgé alors de huit ans de moins. Il y a déjà sur notre nouveau pape de bons et longs commentaires ici ou là. Vous en trouverez dans votre journal ou sur Internet.

Je serai bientôt de retour [aux États-Unis], après une réflexion plus approfondie sur les événements que j’ai suivis cette semaine ainsi que sur la route que le nouveau pape va vraisemblablement suivre. Mais ce soir je ressens dans Rome un intense sentiment d’exaltation.

Le choix du nom peut déjà être une précieuse indication : pape François, premier du nom — évocation à la fois de François, le petit pauvre d’Assise, et de François-Xavier, un des premiers compagnons d’Ignace de Loyola. Notre premier pape jésuite a trouvé la formule élégante pour faire aller de pair son propre ordre religieux et son comportement, d’évidence évangélique, de pauvreté et de charité à Buenos Aires.

Que Dieu l’accompagne, comme il nous demanda de prier dès sa première apparition, avant même de prier pour tous, assemblés sur la Place Saint-Pierre. On dit de lui qu’il manque d’humour, mais ses premières paroles furent : « Vous savez tous que le conclave avait pour mission de donner un évêque à la ville de Rome. Et, semble-t-il, mes frères cardinaux sont allés au bout du monde pour le trouver. »

Je suivais les informations, et j’ai vraiment vu la fumée blanche à la télévision dans le hall de mon hôtel, à quelques pas du Vatican. Le personnel de l’hôtel a aussitôt poussé des cris, ce ne pouvait être que l’Americano. Je leur dis que c’était impossible. J’étais persuadé de l’élection de l’Italiano Scola, aucun autre candidat ne pouvant réussir en un si bref délai. N’ai-je pas déjà dit que l’homme propose, et Dieu dispose ?

J’ai saisi mon parapluie et me suis précipité vers Saint-Pierre rejoindre les milliers d’impatients et entendre annoncer son nom. Il faisait un temps affreux, comme toute la semaine, mais la pluie a cessé juste avant l’annonce — une bonne chose pour la forêt de bras levés pour prendre des photos. On n’aurait rien pu voir, autrement. C’était déjà difficile de voir à travers la haie de bras brandissant les appareils photo. Il en était ainsi depuis la base de l’obélisque du centre de la place Saint-Pierre.

Pour celui qui raconte que le catholicisme est mort en Italie, voici une anecdote. Un homme d’un certain âge, à côté de moi fit une allusion biblique en disant : « Regardez-le, celui-là, il se prend pour Moïse levant le bras. Hep, vous, rappelez-vous que même Moïse a laissé parfois tomber son bras ! » Si vous ne voyez pas, il s’agit (Ex, 17:12) de l’ordre divin donné aux Israélites de soutenir le bras de Moïse afin que Josué remporte la victoire sur l’armée d’Amaleq.

Comme cela se produit souvent, la moitié de la foule ne saisit pas le nom du nouveau pape annoncé par le cardinal. L’autre moitié fut instantanément électrifiée. Bergoglio est d’origine Italienne, sa famille a émigré d’Asti, dans le Piémont, vers l’Argentine, dans les années 1920. D’où le déclic instantané avec la foule d’Italiens et de Latino-Américains. Les Italiens ont aussi saisi comment, en quelques mots, il a longuement parlé de la ville de Rome, en écho sans doute à son désir d’insister sur sa fonction d’évêque de Rome.

Il n’y a là rien de mal, au contraire, puisque il est évêque de Rome. Nous savons déjà comment, cardinal, il vivait dans un modeste appartement de Buenos Aires, prenait le bus pour aller à son bureau, et faisait sa propre cuisine. Sans faire de manières. Les journalistes latino les mieux informés disent qu’il s’est personnellement occupé des pauvres, mais aussi qu’il a œuvré pour dégager la « théologie de la libération » latino-américaine de l’impasse où l’entraînaient le marxisme et les perspectives socialistes, qui n’aident pas vraiment les pauvres.

De même, il a adopté une attitude, qualifiée par beaucoup de "conservatrice", contre l’adoption par des homosexuels, et se consacrait personnellement à des malades du Sida. Voilà qui détruit bien des clichés employés habituellement — et sans fondement — pour juger les responsables de l’Église, comme s’il était facile de ranger en diverses catégories le contenu d’une institution d’un milliard-deux-cent-millions de membres répartis sur la planète, au lieu de nous proposer une vue toute différente du royaume de l’esprit.

Il se peut que nous ayons assisté ce soir à un événement unique. Je dois avouer que j’étais trop sûr de moi. Pas seulement parce que je ne voyais pas en François un candidat crédible. Maintenant qu’il est élu, même après avoir lu bien des pages à son sujet, je serais bien présomptueux de prédire ce que serra sa papauté, ou de dire la pensée des cardinaux électeurs. Nous en saurons certainement plus dans les prochains jours. Mais attendons-nous à d’autres surprises.

Il semblait évident — et il semble encore — que les cardinaux ne cherchaient pas un homme soucieux de nouveaux développements intellectuels. Nous disposons d’une masse de documents de diverses sortes issus des deux dernières papautés, dans le domaine social comme en matière de dogme — des travaux extraordinaires qui devront désormais cheminer dans la vie quotidienne du catholicisme plutôt que faire l’objet de débats académiques.

On parlait beaucoup avant le début du conclave d’une sainte stature charismatique. Et encore davantage de la nécessité d’un réformateur pour remodeler la Curie. Piété et fermeté semblent antinomiques, que penser alors d’un ancien cardinal archevêque qui dans un archevêché majeur a réformé en faisant preuve de sainteté ?

Ceci me rappellerait la belle histoire d’un autre François [d’Assise] surpris d’entendre Dieu lui dire : « François, rebâtis mon Église. »


http://www.thecatholicthing.org/col...

2 Messages de forum

  • 15 mars 2013 09:48, par coroman

    "Cheminer, édifier, confesser".
    Le choix, par le Pape François, de ces trois verbes semble confirmer votre analyse. Les voies ont été tracées par le précédent pontificat.
    Il s’agit maintenant de mettre en œuvre.

    Répondre à ce message

  • 15 mars 2013 09:51, par podhivana

    Pour une fois, voici un article "made in USA" clair et facile à comprendre : ce n’est pas souvent le cas.

    PS : qui se souvient que ce surnom de "François" donné à Jean Bernardone veut dire "le petit Français" ?

    Podhivana

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