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Charge contraceptive

par Tugdual Derville

lundi 16 juillet 2012

La contraception sert à «  sauver la vie des femmes  » affirment aujourd’hui les promoteurs de sa diffusion dans les pays pauvres. Argument imparable  ?


Ce sont des chiffres-chocs  : 200 millions de femmes en âge de procréer n’auraient pas encore accès à la contraception, alors que la planification familiale «  sauverait  » chaque année la vie de 100 000 femmes. Données invérifiables. Elles sont véhiculées par la fondation Bill et Melinda Gates qui a organisé à Londres, le 11 juillet 2012, un sommet visant à rassembler des fonds en faveur de la planification familiale dans les pays pauvres.

La fondation du créateur de Microsoft et les quelque 250 délégués de 25 pays, ONG et organismes internationaux ont recueilli ce jour-là 2,6 milliards de dollars de promesses de dons. Selon les organisateurs du sommet, pareille manne devrait permettre de rendre la contraception accessible à 120 millions de femmes d’ici 2020, grâce à un apport de 4,5 milliards de dollars (5,5 milliards d’euros) sur 8 ans. à les entendre, ces femmes ne subiront plus les grossesses trop rapprochées ou précoces qui les mettent en danger, elles et leurs enfants. Parue quelques jours avant le sommet dans un numéro spécial de la revue médicale britannique Lancet, une «  opportune  » étude dirigée par John Cleland, de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres, affirme que «  si toutes les femmes qui le souhaitent avaient accès à la contraception dans les pays en développement, le nombre des décès maternels pourrait encore baisser de 30% ».

En réalité, ni l’action en faveur de la planification familiale de la Fondation Bill et Melinda Gates, ni leur sommet de Londres ne font l’unanimité. L’ONG américaine Catholic Family And Human Rights Intitute (C-Fam), écartée du sommet à cause de son mode d’organisation en marge du système onusien, conteste le versement des sommes recueillies à de multiples organismes promoteurs d’une «  sordide association entre avortement et planification familiale  ». Par ailleurs, alors que l’industrie pharmaceutique est très impliquée dans ces programmes, C-Fam dénonce l’incitation faite à des femmes qui n’en expriment aucun besoin de se tourner vers les produits contraceptifs. C’est ce type de suspicion qui explique le retrait, en juin 2012, de la mention «  droits reproductifs  » de la déclaration finale du sommet Rio+20, au grand dam des mouvements néomalthusiens. Se montrant soucieuse d’éviter toute polémique autour de l’avortement, Melinda Gates a déclaré que la controverse était déjà responsable de «  trente ans de retard  » en matière de planification familiale. Mais C-Fam relève que Mme Gates a reconnu que l’un des objectifs de sa fondation était bien «  d’augmenter la demande de contraception  ». C-Fam déplore par ailleurs que les sommes allouées à la planification familiale croissent pendant que les dépenses liées à la nutrition voire aux soins primaires, qui sauveraient bien plus sûrement des vies, sont en baisse. Les femmes enceintes n’ont-elles pas besoin des soins médicaux de base que n’apportent pas les programmes de contraception  ?

Les efforts des riches pour limiter les naissances des pauvres ont déjà fait l’objet de révélations fracassantes en 1989 avec la levée du secret sur le National Security Study Memorandum datant de 1974. Ce rapport Kissinger incitait l’Amérique à contenir la population des pays du Sud via la contraception pour préserver sa sécurité. Avec le changement de millénaire se sont éteints la peur de l’explosion démographique et le fantasme malthusien de l’invasion des pays riches vieillissants par des hordes de jeunes pauvres affamés. La population mondiale devrait culminer à 9,3 milliards d’habitants en 2050, puis ce pourrait être l’implosion démographique qui menace déjà les pays du Nord.

Mais ces derniers n’ont pas renoncé à exporter le modèle occidental qui voit dans la contraception — et l’extinction des familles nombreuses — la condition sine qua non du bonheur des femmes. Avec en passant un silence absolu sur les méthodes naturelles de régulation des naissances, pourtant de plus en plus perfectionnées. La France n’est pas en reste pour sa propre population alors que la contraception y est déjà la plus répandue au monde. Marisol Touraine, ministre de la Santé, vient de signer deux décrets pour rendre la contraception encore plus accessible et remboursable. Visitant le 12 juillet 2012 un centre du Planning familial elle a même prôné la facilitation, à tout âge, de la «  contraception définitive  ». Stérilisation ? En France, le mot reste tabou !

2 Messages de forum

  • 18 juillet 2012 07:46, par Le Hardonier

    Il doit y avoir une confusion dans l’usage des unités monétaires : 4,5 milliards de dollars ne valent pas 5,5 milliards d’euros, ce serait plutôt l’inverse.

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  • 18 juillet 2012 12:34

    Très concrètement, je vous livre le texte reçu ce jour de mon entreprise du médicament Pfizer dans laquelle je travaille : cqfd ! Désolé, c’est en anglais ... le titre : "l’entreprise renforce son engagement à traiter les besoins non couverts de contraception".

    Company Strengthens Commitment to Unmet Contraceptive Needs
    16 Jul 2012
    Pfizer is strengthening its commitment to meeting the unmet contraceptive needs of women worldwide, following a call for greater information and contraceptive supplies in the world’s poorest countries.
    The company is taking a number of steps to increase production and availability of injectable contraceptives after the Reproductive Health Supply Coalition (RHSC), a global public/private partnership, recently launched an effort to make affordable, lifesaving contraceptive information, services and supplies available to an additional 120 million women in the world’s poorest countries by 2020.

    The RHSC says better access to contraceptives is urgently needed to help break the cycle of poverty and early death in much of the developing world.

    Pfizer recently joined the coalition and is pursuing two paths to address this need over the short term :

    The company is expanding manufacturing capacity and distribution of Depo-Provera in glass vials for intramuscular injections to 120 million vials per year to global institutional buyers. Depo-Provera is the most widely used three-month injectable brand of medroxyprogesterone acetate, a preferred contraceptive in developing countries. Current capacity for this product market is approximately 80 million vials a year, and demand outstrips supply.
    Pfizer has also developed a new formulation of the product in an easy-to-use, prefilled device known as a Uniject, which is a trademarked product from BD. The new form, Depo SQ in Uniject, is approved in the United Kingdom and some additional countries in Europe. Pfizer is currently registering the formulation across Africa and other developing regions where demand is greatest. Availability in Africa is expected in mid-2013.

    Depo SQ in Uniject can be given by a health care worker with much less training than is currently needed to draw medicine into a syringe and administer the dose intramuscularly ; the presentation helps overcome such issues as fear of injections and safety concerns related to the reuse of needles. The product is also much lighter in weight and more portable than the glass vials with syringes, reducing distribution costs.

    “With the expansion of its manufacturing capabilities and a product enhancement that brings great benefit to countries in the greatest need, Pfizer has the ability to add 13 to 16 million new contraceptive users within one or two years, significantly contributing to the RHSC’s goals,” said Eleanor Gebauer, Director for Global Institutional Buyers in Global Brands.

    On July 11, Pfizer reiterated its commitment publicly to the global community at the London Summit on Family Planning, co-hosted by the Bill & Melinda Gates Foundation and the U.K. Department for International Development and supported by the U.S. Agency for International Development and the United Nations Population Fund.

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