Une « secrète Résurrection » - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Une « secrète Résurrection »

C’est avec discrétion que le Christ révèle qu’il a triomphé de la mort, choisissant Marie-Madeleine comme premier témoin de sa Résurrection.
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Apparition du Christ à Marie-Madeleine après la Résurrection, 1835, par Alexandre Ivanov. Musée russe de Saint-Pétersbourg.

« Si le Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine, et votre foi aussi est vaine.» Cette affirmation décisive de saint Paul (1 Co 15, 14) nous renvoie au cœur même du mystère chrétien. Pâques est la grande fête chrétienne, solidaire de la semaine qui la précède. «Le Christ est ressuscité des morts, par sa mort il a vaincu la mort; à ceux qui gisaient dans les tombeaux il a donné la vie!» Les fidèles manifestent de tout leur cœur la gloire du Christ vainqueur. Ce qui renvoie encore à l’affirmation impressionnante de saint Paul, évoquant le Christ remettant «sa royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la mort; car il a tout mis sous ses pieds» (1 Co 15, 20-28).

La Résurrection selon Pascal

Pourtant, à ce chant de triomphe semble s’opposer Blaise Pascal dans ses Pensées, à travers une formule a priori étonnante : «Qu’on considère cette grandeur-là dans sa vie, dans sa Passion, dans son obscurité, dans sa mort, dans l’élection des siens, dans leur abandonnement, dans sa secrète résurrection et dans le reste, on la verra si grande qu’on n’aura pas sujet de se scandaliser d’une bassesse qui n’y est pas» (Pensées 290, Pléiade).

N’y a-t-il pas un paradoxe dans cette «secrète résurrection» qui est pourtant l’expression de la plus grande gloire ? Certes, on peut retrouver ainsi, chez l’auteur de cette apologie de la foi chrétienne, une preuve de la distance qui sépare l’ordre de la charité de l’ordre des esprits : «La distance infinie des corps aux esprits figure la distance infiniment plus infinie des esprits à la charité, car elle est surnaturelle.»

La Résurrection est précisément de cet ordre surnaturel : «Il eût été inutile à notre Seigneur Jésus Christ pour éclater dans ce règne de sainteté de venir en roi, mais il y est bien venu avec l’éclat de son ordre.» Et certes la Résurrection est d’un autre ordre. Mais cet ordre correspond aussi rigoureusement aux récits évangéliques.

Le Ressuscité ne se manifeste pas au centre de Jérusalem, dans l’enceinte du Temple, à la face de Pilate ou des grands prêtres. Il fait le don de son apparition en priorité à Marie-Madeleine. Ce qui donne entièrement raison à Pascal. Marie-Madeleine, personnage capital des Évangiles. Le Dictionnaire Jésus publié par l’École biblique de Jérusalem lui consacre une de ses plus longues notes, en insistant sur le matin de Pâques : «L’obscurité dans laquelle se déroule la rencontre n’est donc pas la ténèbre menaçante et confuse, mais la nuit qui, en chassant le flot des images, est propice à l’intériorisation du mystère. Jésus prononce son prénom: “Marie”. Il n’y a rien de plus réaliste que ce détail. Marie doit reconnaître Jésus à une inflexion typique de sa voix lorsqu’il l’appelait. La foi de la première chrétienne germe du témoignage conjoint de la mémoire et de la présence. C’est par la foi, en effet, qu’on connaît le Christ ressuscité, non par une perception directe.»

Voilà qui conforte pleinement la formule paradoxale de «secrète résurrection», qui se révèle de personne à personne, et singulièrement dans ce face-à-face avec Marie-Madeleine, et le décalage qu’il y a avec la présence d’un autre ordre qui exige l’adhésion de la foi.

Dictionnaire Jésus. École biblique de Jérusalem, établi sous la direction de Renaud Silly o.p., Bouquins, « La Collection »,1 312 pages, 32 €.