Une liberté d'expression en péril - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Une liberté d’expression en péril

Léon XIV s’inquiète du climat de censure qui règne en Europe. Une dérive orwellienne qui s’exerce à l’encontre de ceux qui défendent la vie. Et la foi.
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Dans son discours au corps diplomatique, le 9 janvier, Léon XIV s’est vivement inquiété des restrictions à la liberté d’expression : « Il est douloureux de constater que, surtout en Occident, les espaces de liberté se réduisent de plus en plus, tandis que se développe un nouveau langage à la saveur orwellienne qui, de sa tentative d’être toujours plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’animent. » Ce sont donc les nations occidentales qui sont mises en cause, alors qu’elles sont censées incarner les principes démocratiques, en premier lieu le pluralisme des opinions et leur échange argumenté. Faut-il comprendre que nous vivons dans une nouvelle ère où une forme de coercition encadre de plus en plus le débat public ? Le Pape se montre, à ce sujet, particulièrement sévère, en se référant à George Orwell, l’écrivain qui a dénoncé avec le plus d’acuité le régime à venir d’un monde gouverné par un ministère de la Vérité.

Une forme de censure

Léon XIV a fourni des exemples précis de cette emprise sur les esprits. Dès qu’il s’agit du caractère sacré de la vie humaine, du droit à l’objection de conscience pour refuser des pratiques telles que l’avortement et l’euthanasie par des professionnels de santé, de la défense de la famille, une forme de censure se manifeste, ou la diffusion d’un langage qui abolit le sens des mots pour imposer une sorte de cadre idéologique.

Jean-Marie Guénois, dans Le Figaro le 13 janvier, s’est demandé s’il convenait d’opérer un rapprochement entre le Pape et son compatriote, le vice-président américain J.D. Vance, en raison du discours alarmiste de ce dernier, prononcé à Munich en février 2025. On y trouve des accents identiques lorsque Vance craignait que la liberté d’expression soit en recul en Europe. Non seulement, le chef religieux et le responsable politique se retrouveraient dans l’esprit de la Constitution américaine qui garantit cette liberté d’expression, mais plus gravement dans le constat d’une atteinte criminelle à l’intégrité de la conscience. Ce qui ne signifie pas, par ailleurs, qu’il y a accord total entre les deux hommes sur les pratiques actuelles du pouvoir de Washington.

Mais, de façon générale, on peut dire que les préoccupations du Pape et du vice-président américain sont largement partagées dans les pays occidentaux, singulièrement en France où il n’est pas un jour où ne soient en question les limites autorisées aux médias qui influencent l’opinion. L’intrusion des réseaux sociaux a aggravé les difficultés, en réduisant le poids de la presse écrite traditionnelle et même des chaînes télévisées mainstream. L’existence d’une chaîne comme CNews, qui rompt avec la tonalité progressiste du journalisme, est même contestée. Et l’on sait le rôle d’une instance comme l’Arcom dont le pouvoir coercitif va jusqu’à la suppression d’une chaîne.

Qui va réguler ?

Mathieu Bock-Côté vient de publier un essai, Les Deux Occidents, où il aborde résolument le fond du problème. N’est-on pas allé jusqu’à prétendre, comme Sibyle Veil, présidente de Radio France, que « la liberté d’expression est le cheval de Troie de l’impérialisme américain », parce qu’elle rendrait possibles toutes les manipulations ? Ainsi, toutes les mesures coercitives seraient légitimées. Mais si « l’appel à l’encadrement de la liberté d’expression s’accompagne inévitablement de la mise en place d’institutions censées la réguler et sanctionner ceux qui en font un mauvais usage », comme le souligne Mathieu Bock-Côté, qui aura le pouvoir redoutable de disposer des moyens de régulation ? Ce qu’on nous propose, c’est la toute-puissance d’instances idéologiques orientées. Et cela s’aggrave encore si ces instances ont le caractère orwellien dont parle le Pape, et qui vont jusqu’à disposer des consciences, à canoniser les transgressions et à persécuter les insoumis.

Les Deux Occidents, Mathieu Bock-Côté, Presses de la Cité, 288 pages, 22 €.