Reçu par le président de la République dès son arrivée sur le sol de France, le Pape se rendra à l’Élysée où il prononcera un discours très attendu. Ce rendez-vous a bien sûr un contenu politique, même si l’évêque de Rome est venu chez nous dans un but pastoral. C’est que la politique, définie tout d’abord par la recherche du bien commun, touche forcément à des données supérieures, celles qui concernent les finalités de l’existence. On ne légifère pas à propos de la fin de vie dans des termes purement procéduraux. Il s’agit de prendre parti sur des choix de portée anthropologique. Ceux qui relèvent d’une sagesse supérieure où la philosophie rejoint les commandements de la Révélation. Une République qui se définit comme laïque peut-elle entendre ce type de langage ? Qu’elle le veuille ou pas, elle se trouve dans l’obligation d’opérer des choix que le magistère de l’Église se doit d’approuver ou de récuser.
Mais la politique est aussi en charge de l’équilibre du monde, menacé par des guerres qui sévissent dans diverses régions. On pense principalement à l’Ukraine et au Proche-Orient, en oubliant le Soudan, où c’est l’éradication même des chrétiens qui est en cours. Comment une puissance d’ordre spirituel peut-elle se situer dans une telle configuration où comptent d’abord les rapports de force et les données géopolitiques ?
Au tout début de la guerre en Ukraine, le pape François s’était précipité à l’ambassade de Russie près le Saint-Siège pour proposer sa médiation. Son successeur n’a pas renoncé à cette médiation et a envoyé son représentant, Mgr Gallagher, auprès des autorités du Kremlin. C’est donc que le successeur de Pierre n’est pas délié de toute responsabilité politique, en raison même d’une religion qui est celle de l’Incarnation : elle se doit d’assumer les liens qui rattachent l’ordre pascalien de la charité à l’existence concrète des hommes vivant en société et soumis au tragique de l’histoire.
Le précédent de la chute de Rome
Voilà qui renvoie au destin singulier d’une papauté affrontant la chute de la Rome impériale et assumant plusieurs siècles durant la charge des États pontificaux. C’est à ce propos que Jacques Bainville pouvait écrire, non sans quelque malice : « Je me demande si le Pape n’est pas trop éloigné des contingences de ce monde depuis qu’il a cessé d’être un souverain temporel ? Peut-être, jadis, en lui donnant à gouverner un morceau de terre, Pépin le Bref s’était-il dit : “Comme cela, le Saint-Père verra que ce n’est pas si facile de faire régner entre les hommes la paix et l’amour.” » Propos malicieux car le Pape est bel et bien aux prises avec une réalité redoutable. On s’en est aperçu tout au long du XXe siècle, notamment durant les deux guerres mondiales. C’est donc un Pape investi de la charge pétrinienne mais aussi plongé dans les réalités temporelles que la France a l’honneur de recevoir. Tous gagneront, y compris nos dirigeants, à prêter la plus grande attention à ses messages.