Pourquoi décider de consacrer les États-Unis au Sacré-Cœur de Jésus ?
Mgr William Lori : Les évêques américains ont voulu réagir aux problèmes sociaux, à la polarisation, à l’isolement et à la solitude qui sont devenus si caractéristiques de notre société. Car le Sacré-Cœur de Jésus est la source de l’amour, de la justice et de la compréhension. C’est aussi une manière de reconnaître la royauté du Christ sur notre pays et de faire pénitence, afin de guérir véritablement les blessures du péché et de la division que nous constatons dans notre pays. Consacrer le pays à l’occasion du 250e anniversaire des États-Unis est aussi un moyen de rendre grâce pour les très nombreuses bénédictions dont jouit notre pays. Précisons que ce n’est pas la première consécration des États-Unis : notre pays a déjà été consacré à la Sainte Vierge Marie, sous son titre d’Immaculée Conception, en 1846.
La consécration aura lieu en présence de reliques de sainte Marguerite-Marie. Que cela signifie-t-il pour vous ?
C’est un magnifique cadeau, car les reliques nous rappellent que les saints étaient des personnes réelles, des êtres de chair et de sang, et que nous leur sommes apparentés. Nous sommes, pour ainsi dire, os de leurs os et chair de leur chair. Presque tous les matins dans ma chapelle privée, je fais une Heure sainte et j’expose le Saint-Sacrement. À genoux, je me sens attiré vers le Sacré-Cœur de Jésus, car je sais que c’est la source de la sainteté, de la vérité, de l’amour et de la vie de disciple. Et c’est un amour sans lequel je ne peux pas vivre et ne peux pas exercer mon ministère. Je pense donc que prier en présence des reliques de celle qui a vu ce Sacré-Cœur [sainte Marguerite-Marie, NDLR] sera une grande joie, mais aussi une source d’émerveillement et de respect. Et je pense que ce sera vrai pour les milliers de personnes qui auront cette même opportunité et qui ressentiront les effets des prières et intercessions de cette sainte, qui nous propulsent véritablement plus profondément dans l’abîme de la charité qu’est le Sacré-Cœur de Jésus. Je pense sincèrement que si nous voulons renouveler notre pays, ce renouveau ne viendra pas d’en haut mais des catholiques, car nous sommes du peuple, par le peuple et pour le peuple. Il viendra de personnes dont le cœur a été transformé.
L’Église aux États-Unis a été marquée ces dernières années par un grand événement : l’organisation, entre 2022 et 2024, d’un « Renouveau eucharistique national ». Deux ans plus tard, quel bilan tirez-vous ?
La consécration du pays au Sacré-Cœur et le Renouveau eucharistique vont vraiment de pair. Ce sont les pièces d’un même ensemble, si je puis m’exprimer ainsi. Lorsque vous centrez votre vie sur l’Eucharistie, vous êtes attirés au Cœur de Jésus ! Il y a quelques années, à la sortie de la pandémie, la fréquentation des églises avait chuté. Nous ne savions pas vraiment ce que l’avenir nous réservait ; c’était, tout comme aujourd’hui, une période de division et de polarisation. Et Mgr Andrew Cozzens [évêque de Crookston, dans le Minnesota, NDLR] a eu la clairvoyance de prendre les devants et de dire : « Pourquoi ne pas saisir cette occasion et entreprendre un Renouveau eucharistique ? » En entendant cela, la plupart d’entre nous avons reconnu la justesse de ses paroles et nous sommes ralliés à cette idée. Le Renouveau eucharistique s’est déployé au niveau local : dans la vie paroissiale, les aumôneries universitaires, les écoles… Je pense que nous commençons à en récolter les fruits, notamment avec les 2 000 catéchumènes de l’archidiocèse de Baltimore, dont beaucoup de jeunes adultes, qui sont entrés dans l’Église à Pâques en étant baptisés.
Comment expliquez-vous ce dynamisme nouveau ?
Je suis intimement convaincu que le Saint-Esprit veille sur son Église partout dans le monde, et tout particulièrement aux États-Unis, ainsi que dans notre archidiocèse. Nous avons, au cœur de Baltimore, des paroisses que je qualifierais d’« enclaves de jeunes adultes ». Un cas est très symbolique : la basilique du sanctuaire national Notre-Dame-de-l’Assomption, qui a été la première cathédrale construite dans le pays au début du XIXe siècle [elle est désormais co-cathédrale du diocèse, NDLR], est aujourd’hui une paroisse de jeunes adultes. La communauté ne cesse de grandir : les jeunes adultes attirent d’autres jeunes adultes. Le phénomène n’est pas isolé et les paroisses environnantes suivent la même trajectoire.
Pourquoi les jeunes adultes sont-ils à ce point sensibles à la foi chrétienne ?
Beaucoup d’entre eux ont fait l’expérience du vide dans la culture que propose notre société. De plus, ils en ont assez d’être jugés sur les réseaux sociaux et de devoir toujours choisir leur camp dans un monde polarisé. Ils recherchent une paix et un amour qui soient fiables, que l’on trouve d’ailleurs dans le Sacré-Cœur. Nous constatons également une hausse des vocations pour l’année à venir, avec probablement 70 séminaristes pour l’archidiocèse de Baltimore. Je n’attribue pas cela à moi-même, mais au Seigneur. Il œuvre à travers nous tous. Nous devrions nous mettre à genoux pour remercier le Seigneur et le supplier de nous épargner d’une faute qui serait terrible : nous mettre en travers de son œuvre.
Parmi les nombreux défis qui attendent les catholiques américains, quel est le plus urgent à surmonter ?
L’évangélisation de la culture. Nous nous réjouissons que 2 000 personnes aient rejoint l’Église à Pâques mais, d’un autre côté, je constate que de très nombreux catholiques restent indifférents à leur foi, ou bien ont quitté l’Église, ou ne lui font plus confiance. Nous avons donc beaucoup de travail qui nous attend. À ce titre, j’ai rappelé que l’afflux important des vocations et donc l’arrivée de jeunes prêtres dans l’archidiocèse ne devait pas être vu comme l’occasion de réduire la charge de travail de chacun. Car l’objectif est de repousser les frontières de l’indifférence et de l’incroyance. C’est là notre défi permanent, celui sur lequel nous devons nous concentrer et pour lequel nous devons demander la grâce de Dieu afin qu’il nous aide à être victorieux.
Quel lien votre archidiocèse entretient-il avec la France ?
Notre diocèse a une immense dette envers l’Église en France, et plus particulièrement envers la Société de Saint-Sulpice, qui éduqua des générations de nos prêtres à l’École française de spiritualité. Plus largement, le soutien apporté par les États-Unis à la restauration de Notre-Dame de Paris a clairement montré l’affection que les catholiques américains portaient à l’Église en France.