Que signifie 666, le « chiffre de la Bête » ? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Que signifie 666, le « chiffre de la Bête » ?

Saint Jean affecte un nombre, 666, à l’une des créatures maléfiques qu’il décrit dans l’Apocalypse, « la Bête de la mer ». Quel en serait le sens ?
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La Bête de la mer et la Bête de la terre, illustration tirée du Livre des Miracles d’Augsburg (XVIe siècle).

De tous les livres de la Bible, l’Apocalypse – vision tissée de symboles, d’allégories, de références codées – est certainement le plus difficile à interpréter. Et de tous les versets de l’Apocalypse, le plus célèbre, bien au-delà des cercles chrétiens, est sans doute le dix-huitième verset du treizième chapitre : « Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la Bête. Car c’est un nombre d’homme, et son nombre est six cent soixante-six. » De qui, de quoi saint Jean veut-il parler ?

Pour essayer d’y voir clair, reprenons les choses d’un peu plus haut. L’Apocalypse est une « vision » donnée à saint Jean par l’Esprit Saint. Vision, sous forme métaphorique, du conflit entre le bien et le mal, jusqu’au retour victorieux de Jésus-Christ. Aux chapitres 12 et 13, saint Jean décrit trois créatures maléfiques : le « Dragon », la « Bête de la mer » et la « Bête de la terre ».

Le Dragon, c’est le serpent

Le Dragon est clairement identifié : c’est « le serpent ancien, appelé le Diable et Satan » (12, 9). Les deux bêtes, quant à elles, ne sont pas des démons mais des pouvoirs humains, inspirés par le Dragon. On le voit à plusieurs indices. D’abord, le terme même de « bête », sans précision, est repris du livre de Daniel, où il sert à nommer les royaumes et les empires terrestres (Dn 7, 17). Ensuite, les deux bêtes de l’Apocalypse tiennent leur pouvoir du Dragon, qui le leur confie pour un temps seulement limité (13, 5). Enfin, et surtout, la première Bête, au service de laquelle se place la seconde, porte une marque, qui est « un nombre d’homme ». Elles sont donc choses humaines.

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

La première bête détient « un trône et un grand pouvoir » (13, 2) ; elle a toutes les caractéristiques d’une puissance politique qui, par la supériorité écrasante de sa force, suscite « l’admiration » (13, 3). Il fait peu de doute que, si l’on prend le texte au sens historique, la première bête représente l’Empire romain qui, par la force de ses légions, a conquis quasiment tout l’univers connu. Ce fut très tôt l’avis des Pères de l’Église, comme Hippolyte de Rome et Irénée de Lyon.

La seconde bête n’exerce pas son pouvoir par la force, mais par la parole, par des signes et par la séduction. Elle a d’ailleurs, écrit saint Jean, l’allure d’un agneau. « Elle séduit les habitants de la terre par les signes qu’il lui fut donné d’opérer » (13, 12). Ce faisant, elle soumet complètement les hommes à la première bête. Son identité est plus difficile à établir. Certains y voient l’idéologie impériale et le droit romain, associés au culte de l’Empereur. D’autres y discernent la représentation symbolique des mauvais prêtres et mauvais princes d’Israël – de Aaron jusqu’à Hérode – qui ont trahi la Torah et, pour certains, se sont mis au service de l’Empire. Cette lecture historique n’est pas exclusive d’une interprétation atemporelle, valable pour toutes les époques, où la première bête symbolise la puissance politique et la seconde les idéologies idolâtriques qui « ressemblent à des agneaux mais parlent comme des dragons » – autrement dit tous les « faux prophètes » qui promettent de réaliser le paradis sur terre, et que l’Évangile nomme aussi les « Antéchrists ». Chaque époque a les siens : l’islamisme, le nationalisme, le communisme, le transhumanisme, etc.

666, le nombre de Néron

Mais pourquoi le chiffre de la Bête est-il 666 ? Il est probable que saint Jean ait fait usage de la pratique hébraïque de la « guematria » : un nombre est attribué à chaque lettre de l’alphabet, selon l’ordre alphabétique de l’alphabet hébreu. Puis l’on fait correspondre à chaque mot la somme de ces nombres. En l’occurrence, certains exégètes estiment plausible que saint Jean ait transposé l’expression « César Néron » en hébreu (קסר נרון), et calculé son nombre – ce qui donne effectivement 666. Le nombre de la Bête pourrait ainsi renvoyer au premier grand persécuteur des chrétiens. Autre possibilité intéressante, plus simple : le mot « bête », en grec « thérion », transposé en hébreu, donne 666. Quant au nombre lui-même, il renverrait à l’énorme somme d’or que le roi Salomon, devenu idolâtre, exigeait de son peuple : « six cent soixante-six talents d’or » (I Rois 10, 14).

Il est toutefois évident qu’à ce genre d’énigmes numérologiques, on peut trouver toutes sortes de solutions plus ou moins arbitraires. Surtout quand on cherche à l’associer à un personnage de l’histoire future… Le texte ayant une portée prophétique, on ne compte plus les hypothèses sur les personnages ou entités qui seraient annoncés par ce nombre : Dioclétien, Mahomet, Luther, Napoléon, Internet (world wide web = www = 666). Les amateurs iront lire dans Guerre et Paix le chapitre amusant que Tolstoï a consacré aux acrobaties qui permettent de faire correspondre ce nombre diabolique à n’importe quel personnage (IXe partie, ch. 19).

Au demeurant, les bons Pères ont toujours montré la plus grande réserve à l’égard de ce genre de jeu concernant l’avenir. Saint Irénée le premier : « Il est plus sûr et moins dangereux d’attendre l’accomplissement de cette prophétie, que de se livrer à des recherches et de conjecturer les premiers noms venus, car on peut trouver un grand nombre de noms ayant le chiffre que nous avons dit. » Le cardinal Bellarmin (1542-1621) concluait dans le même sens : « Dans ce domaine, l’opinion la plus vraie est celle de ceux qui confessent leur ignorance. »

Une parodie de la Trinité

Cela étant, sur le plan symbolique, le nombre 666 demeure riche d’un certain enseignement : 6 est en effet le nombre de l’humanité, qui fut créée le sixième jour, tandis que 7 est le nombre de la perfection divine, qui se reposa le septième. La répétition ternaire du 6 peut donc être lue comme le symbole de l’humanité « triomphante », singeant Dieu, se faisant le centre de toutes choses, en une sorte de parodie de la Trinité. « La bête, écrivait Hippolyte de Rome, signifie le royaume qui se glorifie lui-même et qui réclame l’honneur réservé à Dieu. » Ainsi le chiffre de la Bête reste-t-il un avertissement pour tous les temps : dès que l’Humanité devient l’objet de son propre culte et prétend se sauver elle-même, la Bête est là .