Peut-on choisir Dieu après sa mort ? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Peut-on choisir Dieu après sa mort ?

L'idée se répand qu'on pourrait encore se convertir après sa mort. Or, l'Église est claire : ce sont les choix que nous avons faits avant de mourir, sur la terre, qui nous jugeront.
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Le Jugement dernier, de RaphaÎl Coxcie (1588-1589). MusÈe des Beaux-Arts de Gand

Comme de nombreux passages de l’Ancien Testament, les expressions fortes employées par Jésus dans les évangiles insistent sur la nécessité de se convertir durant cette vie, avant qu’il ne soit trop tard : les paraboles des vierges sages et folles, du serviteur infidèle, de Lazare et du mauvais riche, du voleur de nuit, les avertissements clairs du Seigneur et des prophètes rappellent l’urgence de la conversion, car un temps vient où il ne sera plus possible de faire machine arrière…

Cet enseignement est confirmé par l’interprétation très claire qu’en fait le magistère de l’Église, ainsi synthétisé par le Catéchisme : « Chaque homme dans son âme immortelle reçoit sa rétribution éternelle dès sa mort en un jugement particulier par le Christ, juge des vivants et des morts » (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1051).

La mort met fin à l’état du choix

Pour comprendre les implications de cette doctrine, il faut revenir à ce qui constitue notre nature humaine : étant composée d’un corps et d’une âme, la mort, qui les sépare, nous introduit dans un état où l’exercice des facultés spirituelles – intelligence et volonté – ne suit plus les mêmes lois, où notre volonté n’est plus susceptible de revenir sur la fin dernière qu’elle a librement choisie. « Après cette vie, écrit saint Thomas d’Aquin, l’homme n’a plus la faculté d’atteindre sa fin dernière. Pour atteindre celle-ci, l’âme a en effet besoin de son corps, car par son corps, elle se perfectionne en science et en vertu ; une fois séparée de son corps, l’âme ne revient plus à l’état où par lui elle acquiert son perfectionnement. »

Tant que l’âme demeure unie au corps, la volonté peut revenir sur le choix de sa fin dernière : soit Dieu, soit la créature préférée à Dieu, ce qui constitue le péché. La disposition qui préside à son choix est en effet susceptible de varier, n’étant jamais indépendante de la connaissance sensible et du jeu des passions… Mais lorsque l’âme est séparée du corps, l’exercice de ces puissances prend fin, et la disposition qui préside au choix de telle ou telle fin dernière n’est plus sujette au changement. Ainsi, la possibilité de conversion – du latin convertere : se retourner – cesse avec la mort, et la volonté est définitivement fixée dans son orientation vers la fin qu’elle a librement choisie tandis qu’elle était unie au corps.

Une hypothèse problématique

N’y aurait-il pas, cependant, une ultime possibilité de choix ou de conversion « dans » la mort ? On présente parfois l’hypothèse – apparemment rassurante – d’un ultime choix pour ou contre Dieu posé dans l’instant de la mort, en quoi consisterait finalement le jugement particulier. Or cette théorie n’est ni présente dans la Sainte Écriture, ni enseignée par l’Église, qui rappelle que « la mort met fin à la vie de l’homme comme temps ouvert à l’accueil ou au rejet de la grâce divine manifestée dans le Christ » (Catéchisme, n° 1021).

Cette hypothèse présente par ailleurs une double difficulté : l’impossibilité de concevoir le statut d’un « instant de la mort », dans lequel un tel choix serait possible, et la question du rôle assigné à la mort elle-même, dans la conception catholique de la liberté humaine et du salut.

Il n’y a pas d’« instant de la mort »

Malgré ce que l’on peut parfois présenter à notre imagination au sujet de la mort et du jugement particulier, on ne peut concevoir un « instant de la mort » qui appartienne à la fois à l’état antérieur et à l’état postérieur. D’abord parce que ce découpage chronologique du temps qui prétendrait isoler un instant particulier ne correspond pas à sa nature réelle : le temps est un continuum dans lequel l’« instant » n’a qu’une réalité conceptuelle, comme un point sur une droite. À proprement parler, l’instant n’est rien, et l’instant de la mort n’est pas une étape intermédiaire entre la vie terrestre et l’au-delà, mais simplement le premier instant du temps où l’âme est séparée du corps. Il n’y a pas d’état hybride, où l’âme aurait les avantages d’ici-bas – pouvoir encore changer l’orientation de sa volonté – et de là-haut – avoir déjà la clairvoyance de l’âme qui voit Dieu.

Le temps ultime que nous appelons parfois les « derniers instants » ou « l’heure de notre mort » ne désigne donc pas un hypothétique état suspendu entre vie et trépas, mais bien les derniers moments – cruciaux – qui nous sont donnés dans notre existence pour revenir vers Dieu, avant que la séparation d’avec le corps ne fixe l’âme dans son orientation définitive.

Il n’y a pas d’instant intermédiaire « dans » la mort, et donc pas de choix final possible « dans » cet instant. On peut donc réaffirmer la clarté de l’enseignement de l’Église face à des hypothèses qui voudraient rendre la mort plus « acceptable » ou en exorciser l’aspect déterminant et définitif.

Grandeur et fragilité de notre nature

Mais surtout, affirmer qu’un changement d’orientation serait possible « dans » la mort ou après cette vie met profondément en jeu notre conception de la liberté humaine et de son exercice au long de notre vie terrestre ; comme si la liberté de l’âme était diminuée ici-bas par son état d’union avec le corps. C’est au contraire la grandeur et la fragilité de notre nature qui nous permettent d’avancer jour après jour, choix après choix, vers Dieu, l’orientation définitive et souveraine qui attire notre volonté et qui seule peut la combler. Ce sont donc bien les choix que nous avons faits avant de mourir, sur la terre, qui nous jugeront et nous ouvriront à notre fin dernière, scellée définitivement à l’instant de notre mort.

Par l’insistance de la prière liturgique, la coutume d’intercéder pour les défunts et les âmes du Purgatoire, par la puissance des sacrements surtout, l’Église nous rappelle constamment – et en particulier au mois de novembre – ce que le monde contemporain s’emploie avec acharnement à cacher : le caractère inéluctable, décisif, mais aussi libérateur et plein d’espérance, de la mort chrétienne.