Où est passée l'Ascension ? - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Où est passée l’Ascension ?

Verrons-nous bientôt disparaître le jour de l’Ascension comme fête d’obligation ? Réponse aux objections de ceux qui en ont un peu oublié le sens…
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Petit Palais museum, Paris, France. Gustave Doré, L'Ascension, 1879, oil on canvas.

Il faut bien reconnaître que la fête de l’Ascension ne suscite guère d’enthousiasme aujourd’hui, alors que Noël, Pâques, la Toussaint, la Fête-Dieu et même la Pentecôte, sans parler des fêtes mariales, ont une aura incontestable, qui déborde le monde des catholiques pratiquants. Un pâtissier me disait l’autre jour : « Le jour de l’Ascension, les gens n’achètent plus de gâteaux comme avant ! » L’assistance de nos églises confirme, hélas ! ce constat. Nous risquons même, si ça continue, de voir disparaître le jeudi de l’Ascension comme fête d’obligation, comme c’est déjà le cas en Italie, par exemple. D’où vient cette désaffection ? À mon avis, cela tient aux doutes, aux hésitations et à un certain flou qui enveloppent le mystère de Jésus monté au Ciel et qui s’est traduit dans la
prédication.

Prenons le temps de voir les objections qui se sont accumulées autour de cette affirmation de notre foi : « Il est monté au Ciel, il est assis à la droite du Père. »

 Les objections 

1 – Le soupçon d’évasion : de façon générale, on ne parle plus beaucoup du ciel dans le langage chrétien d’aujourd’hui. Même le fait que notre Père soit « aux Cieux » pose un problème à certains, qui aimeraient le voir plus impliqué dans les réalités d’ici-bas. On accuse volontiers les chrétiens de désirer le Ciel comme une manière d’esquiver leurs responsabilités présentes et de se nourrir d’illusions : Dieu nous demanderait plutôt de nous retrousser les manches et d’œuvrer concrètement pour changer la société. Dans ce contexte, l’Ascension fait un peu « décalée » et certains aimeraient mieux ne pas trop insister sur cet épisode marginal.

2 – La critique de la représentation : pour d’autres (ou les mêmes), ce qui serait insupportable, ce serait cette mise en scène d’une dernière apparition en forme d’apothéose, avec tout le décor qui va avec : les anges, les acclamations, les nuées qui dérobent peu à peu aux regards le corps glorieux qui disparaît. Tout cela est-il digne du Christ, qui a voulu être simple et s’abaisser au lieu de s‘élever ? Ne devrions-nous pas partager la réserve des évangélistes, si discrets, si économes du merveilleux que d’autres seraient tentés d’étaler. Dieu est-il dans la stratosphère qu’il faille se perdre dans les hauteurs pour le rejoindre ?

3 – La mise en cause des sources : on fait valoir que l’Ascension, ou du moins la description d’un départ de Jésus vers le Ciel, est relativement marginale dans l’ensemble des sources évangéliques dont nous disposons. On va s’en apercevoir cette année où nous suivons l’évangile de saint Matthieu : pour le jour de l’Ascension, l’évangile nous donnera un récit des adieux de Jésus à ses disciples, épisode qui a lieu sur une « montagne » en Galilée, mais qui n’est pas la montée au Ciel, laquelle n’est pas décrite par ailleurs (Matthieu 28,16-20). Quant à l’Évangile selon saint Jean, il semble ignorer purement et simplement l’Ascension, car le récit du dernier chapitre de son évangile se termine brusquement sur une phrase de Jésus à Pierre : « Si je veux qu’il reste jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » (Jean 21,23).

Mais, bien sûr, il y a saint Marc (dans la version longue de sa finale, v. 9-20) et saint Luc (24,50-53) qui parlent effectivement de la montée au Ciel de Jésus et donnent quelques indications sur l’événement. Et il y a surtout le récit le plus détaillé, celui qui figure dans le premier chapitre (v. 6-11) des Actes des Apôtres (attribués eux aussi à Luc), où on fait mention des quarante jours passés sur terre par Jésus ressuscité. Deux sur quatre, c’est suffisant pour attester un fait qui a marqué les origines de christianisme et qui a figuré dans toutes les confessions de foi. Mais on aimerait savoir pourquoi les quatre évangélistes ne l’ont pas relaté avec la même ampleur que la Résurrection.

4 – La tendance à faire de la Résurrection et de l’Ascension un seul et même événement à deux faces : les mentions de l’exaltation de Jésus, l’indication du fait qu’il est aujourd’hui « au Ciel » « près de son Père », à sa « droite » et qu’il en reviendra à la fin des temps ne manquent pas dans l’ensemble du Nouveau Testament. Ce qui est plus rare, c’est donc le récit de son départ de la terre. D’où l’idée que l’Ascension ne décrit rien de plus que l’état glorieux du Christ après sa Résurrection, le reste – le voyage de la terre au ciel, le ciel étant envisagé là comme un lieu géographique – ne serait qu’une construction ultérieure à l’aide d’images puisées dans la littérature juive.

Répondre à ces quatre critiques demanderait tout un exposé. Je voudrais apporter quelques toutes petites réponses, en espérant que d’autres travailleront à mettre en valeur l’« admirable Ascension ».

 Les réponses 

1 – Pas d’évasion, mais une responsabilité accrue

Le Christ monté au Ciel nous fait sortir de la routine et de la résignation. Il nous pousse à agir dès maintenant comme si son retour était pour demain et que nous devions comparaître devant le jugement définitif : « Qu’as-tu fait pour ton prochain ? »

2 – Humble triomphe, où il entraîne notre chair humaine jusqu’au Ciel

« Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père, parce que le Père est plus grand que moi » (Jean 14,28). Il a voulu nous indiquer la direction. Ce serait beaucoup moins parlant, s’il avait voulu s’enfoncer dans la
terre.

3 – La symphonie des évangiles

Le moment difficile et magnifique où il a quitté cette terre pour aller au Ciel nous préparer une place a été vécu de façon différente par les divers témoins. Ils n’ont pas perçu au même moment ce qui arrivait.

4 – De commencement en commencement

La Résurrection n’est pas une fin de parcours, il y a d’autres étapes. Le Ressuscité dit à Marie Madeleine : « Je ne suis pas encore remonté vers mon Père et votre Père » (Jean 20,17). « Pas encore », il y a encore quelque chose à venir !