Les mouvements et manifestations de lycéens, provoquant trop souvent la violence, interrogent sur le climat moral de la nouvelle génération. Dans son édition de dimanche, Le Parisien titre à la une : « Crise des lycées. Une génération désenchantée ». Diverses causes sont avancées. Enfance ou adolescence sous la menace du Covid, dérèglement climatique, angoisse pour l’avenir en raison des menaces sur l’emploi, lui-même grevé par l’introduction massive de l’intelligence artificielle… (lire aussi page 31).
Mais l’analyse s’approfondit encore, lorsqu’avec Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch on se trouve confronté à une véritable crise civilisationnelle. Certains marqueurs ne trompent pas : effondrement de la pratique religieuse, explosion des divorces, baisse alarmante de la natalité, mutation des attitudes devant la mort avec le recours généralisé à la crémation.
C’est une autre mentalité, à l’opposé de l’ancienne qui reposait sur une conception du devoir, que l’on découvre. Ainsi s’explique le nombre alarmant de dépressions psychiques, la consommation des antidépresseurs et aussi de la drogue qui envahit même les quartiers privilégiés. On peut retenir la formule du psychanalyste Ruben Rabinovitch : « Dans une société où il n’y a plus de verticalité, il n’y a plus de collectif. Et dans une société où il n’y a plus de collectif, il ne peut plus y avoir d’autorité » (Homo occidentalis, Le Seuil).
Les événements actuels ne font que vérifier un tel diagnostic qui s’aggrave encore avec une sorte de désespoir nihiliste qui s’est substitué aux anciennes utopies idéologiques. Face à un tel bouleversement civilisationnel et anthropologique, on est en droit de revenir aux fondamentaux sur lesquels repose toute société depuis l’origine. En premier lieu, le soubassement métaphysique et religieux, qui donne sens et consistance à l’existence. Ce n’est sûrement pas la laïcité qui nous sauvera, puisqu’elle repose sur l’abstention à l’égard de tout éclairage supérieur. La France et l’Europe en général sont contraintes de revenir sur leur héritage religieux, fût-ce sous la forme d’une prise de conscience identitaire, avant que celle-ci n’ouvre à l’ordre surnaturel de la charité. C’est dans ce contexte que la question scolaire doit être aussi réexaminée, au-delà des mesures immédiates qui s’imposent.
Urgence d’une éducation intégrale
L’intérêt primordial d’une école catholique est de conférer ce sens supérieur, cette verticalité dramatiquement absente. C’est bien pourquoi, lors de sa visite en France, Léon XIV est revenu à plusieurs reprises sur le sujet. Il l’avait déjà évoqué à l’Élysée, mais avec encore plus de force dans son allocution à l’UNESCO, affirmant que « le sens est l’oxygène de l’esprit » et qu’aucune éducation n’est complète sans cet oxygène. Éduquer ne se réduit pas à transmettre des savoirs et des compétences, même si cela est essentiel dans un monde qui a perdu la notion d’héritage et de transmission. C’est à Lourdes que le Pape a le plus insisté sur une école catholique « qui en aucune manière, ne peut renoncer à son projet éducatif, un projet centré sur le Christ ».
À l’heure où cet enseignement catholique est violemment attaqué sous l’aspect de son caractère propre, cette conviction du Pape est d’une actualité on ne peut plus urgente.