Magnifique et douloureuse humanité - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Magnifique et douloureuse humanité

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© Antoine Mekary / Godong

La première encyclique de Léon XIV s’inscrit dans la continuité du magistère exercé par les successeurs de Pierre depuis les origines chrétiennes. Celle-ci est forcément liée aux conjonctures des différentes époques traversées. L’époque dite moderne a suscité tout un enseignement sur la question sociale, liée à l’industrialisation de l’économie. Léon XIV n’a jamais fait mystère de sa relation étroite avec son prédécesseur Léon XIII, auquel on doit l’encyclique Rerum novarum à la fin du XIXe siècle. C’est dans son sillage qu’il entend exercer son discernement sur cette autre question nouvelle que constitue l’avènement d’une civilisation aux prises avec le développement de l’intelligence artificielle. Civilisation dont le Pape ne cache pas qu’elle suscite de redoutables défis : «Sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. Là où l’humanité court le danger de perdre son visage, nous, chrétiens, nous levons les yeux vers le Dieu qui s’est fait chair, sachant que “le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné”» (Gaudium et Spes)

Les dangers de l’IA

Ces deux seules phrases de l’introduction indiquent l’importance du sujet et comment le défi imposé exige le recours à la Révélation pour mettre en lumière ce qu’est cette «magnifique humanité», créée à l’image de Dieu et vouée aux périls de l’Histoire. Les progrès de la technologie n’entraînent pas forcément un surcroît d’humanité, ils peuvent même provoquer des difficultés propres à engendrer une forme de déshumanisation. Pour saisir le phénomène, le Pape n’hésite pas à entrer dans la technicité des problèmes posés, tout en prenant la distance nécessaire pour évaluer les risques moraux et spirituels des pratiques imposées par le fonctionnement de l’IA, dont la puissance est exclusivement liée au traitement des données : «Ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’il faut éviter l’erreur consistant à assimiler cette intelligence à l’intelligence humaine» (cf. page11).

Cette nature très particulière du fonctionnement de l’activité exige plus que de la prudence : «Il ne suffit pas d’invoquer de façon générale l’éthique: il faut des cadres juridiques adéquats, une surveillance indépendante, l’éducation des utilisateurs, une politique qui n’abdique pas son devoir. Autrement le changement ne sera régi que par des logiques technocratiques et présentées comme nécessaires et inévitables, finissant par imposer des règles dictées par ceux qui possèdent les données, les infrastructures et les capacités de calcul.»

En d’autres termes, la révolution technologique en cours exige un approfondissement anthropologique radical, qui mobilise toutes les ressources de la culture chrétienne, notamment l’enseignement de la doctrine sociale de l’Église.

En dernier ressort, la réponse au péril de déshumanisation, explique Léon XIV, c’est la contemplation du Christ dans son incarnation, le don de sa chair dans l’Eucharistie qui restaurent notre magnifique humanité dans sa vocation divine.