Il n’y a pas que la persécution contre les chrétiens dans le monde qui ne cesse d’augmenter. Il existe aussi, selon un rapport du Centre européen pour le droit et la justice, une autre forme de violence, plus diffuse, qui conduit les chrétiens et leurs institutions à aller contre leurs convictions religieuses. Comme de demander à un hôpital catholique de pratiquer l’euthanasie, ce qui est un des enjeux de la proposition de loi en cours d’examen au Sénat (1).
La « persécution de l’indifférence »
Face à cela, on pourrait également déceler une troisième forme de persécution : la « persécution de l’indifférence ». Celle que dénonçait déjà au lendemain de la Révolution Félicité de Lamennais – qui connut ensuite une évolution plus libérale. « À la persécution du glaive et du raisonnement, écrivait-il, a succédé une espèce de persécution plus dangereuse peut-être, la persécution de l’indifférence, triste et funeste effet des doctrines matérialistes. » Il dénonçait ainsi l’indifférence « glacée » pour tout ce qui ne concerne pas le bien-être physique. Deux siècles après, rien n’a changé.
Indifférence glaçante des élus aux réticences des Français qui, pour une moitié, restent défavorables aux dispositions du texte (sondage Fondapol/AFC). Comme si nos représentants voulaient voter à marche forcée – ou laisser faire – un texte qui sera « parmi les plus répressifs au monde » selon les évêques.
Indifférence des journalistes, d’après le dernier Baromètre de La Croix, au souhait des Français que le sujet soit davantage débattu dans les médias. Indifférence hélas parfois des chrétiens eux-mêmes, par fatalisme peut-être…
Face à ce rouleau compresseur, l’histoire retiendra cependant le courage de ces religieuses, Antigones modernes, qui ont pris la parole pour pouvoir continuer d’assurer une mort digne dans leurs établissements, et contre cette loi inique qui les contraindrait à accepter des euthanasies. À les entendre exposer calmement, mais fermement, leur détermination et leur non possumus, on songe à la force d’âme de sainte Geneviève exhortant les Parisiens devant Attila et ses Huns : « Que les hommes fuient s’ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu’il entendra nos supplications. »
Plus proche de nous, Soljenitsyne dans son fameux discours à Harvard en 1978, stigmatisait le déclin du courage et le dévoiement de la liberté en Occident, incapable de se défendre contre le mal qu’il résumait ainsi : « l’humanisme devenu matérialiste ». Le monde aujourd’hui, prophétisait-il, est à un tournant qui « exigera de nous une flamme spirituelle » plus haute que ce que Benoît XVI a appelé la « dictature du relativisme », c’est-à-dire le rejet de toute norme objective du bien et du mal.
Ce qui donnera sa force à cette flamme, c’est ce que Léon XIV a réaffirmé lors de son voyage en Turquie, 1700 ans après le concile de Nicée : la divinité du Christ, attiédie ou masquée par des décennies de catéchisme trop horizontal. Face à la persécution, rampante ou non, c’est donc la foi qu’il faut affermir, et affirmer haut et fort, comme le demandait le grand évêque saint Hilaire confronté à l’arianisme qui dégradait la nature divine de Jésus : « Accorde-nous donc le sens exact des mots, la lumière de l’intelligence, la noblesse du langage, l’orthodoxie de la foi. »
(1) Depuis, les sénateurs ont fait voter un amendement qui garantit la liberté de conscience des établissements religieux.
