L’Espagne, toujours catholique
Edit Template

Le journal de la semaine

Edit Template

L’Espagne, toujours catholique

Malgré les vicissitudes de l’Histoire, l’Espagne sera restée irréductiblement catholique.
Copier le lien

Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus, permit de contrer jusqu’en Allemagne l’avance du luthéranisme.

En dépit du phénomène de déchristianisation, qui a marqué l’ensemble de l’Europe ces dernières décennies, il est impossible aujourd’hui encore de détacher l’Espagne de son identité catholique. Celle-ci se manifeste notamment dans ses extraordinaires processions populaires au cœur des grandes villes, à la suite de colossales statues portées sur leurs épaules par des dizaines de volontaires. On associe souvent cette piété populaire à un certain dolorisme. Mais peut-on reprocher à ce peuple d’être sensible aux souffrances du Sauveur et à la peine qu’Il partage avec la souffrance des hommes ? Sans prétendre à aucune compétence particulière à propos de cette identité, il doit être permis de tenter quelques réflexions à son sujet, quitte à être confronté aux meilleurs spécialistes.

Les ressources du christianisme

Il semble qu’il y ait quelque chose d’irréductible dans cette identité, qui a permis à l’Espagne d’échapper au XVIe siècle aux tentations de la Réforme protestante venue d’Allemagne. Une partie de l’explication peut venir de la longue résistance à la conquête islamique qui dura quelque huit cents ans. Mais elle se rapporte surtout aux étonnantes ressources spirituelles d’un christianisme qui fut à la pointe de la Contre-Réforme engagée autour du concile de Trente. C’est bien saint Ignace de Loyola (1491-1556) qui, fondateur de la Compagnie de Jésus, permit de contrer jusqu’en Allemagne l’avance du luthéranisme, suscitant toute une esthétique religieuse, que l’on admire encore dans les nombreux édifices baroques de l’Europe.

Mais il faut associer à saint Ignace la réforme du Carmel menée par sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) et saint Jean de la Croix (1542-1591), deux figures typiquement espagnoles même si leur œuvre a une dimension vraiment catholique. Pour bien envisager l’ampleur de ce tournant mystique, il convient de le resituer au sein de la mutation de civilisation qui se produit à cette époque. En quelques formules, Hans Urs von Balthasar l’a formulée dans La Gloire et la Croix : « Entre Dante et Jean de la Croix, il y a Luther et la Réforme ; mais il y a aussi Christophe Colomb et l’expérience nouvelle d’une Terre dont on peut faire le tour; et il y a aussi Copernic et l’espace cosmique qui s’ouvre, ce qui va rendre caduque l’ancienne image théologique du monde. La réforme du Carmel, accomplie par les mystiques espagnols, sera une réponse consciente à la première de ces révolutions ; la deuxième projettera en elle un reflet latéral.» La troisième ne sera vraiment perçue que par Pascal. Mais Jean de la Croix sera le docteur qui répondra le plus directement à une certaine sécheresse esthétique de Luther, en recourant à l’héritage patristique, ne serait-ce qu’à cause de l’origine palestinienne du Carmel.

Des réponses à la crise de sens

Certes, il s’est passé beaucoup de choses depuis la Contre-Réforme, mais la puissance de cette mystique carmélitaine n’a cessé d’agir. On est en droit de se demander si dans l’incertitude actuelle, la crise générale de sens qui travaille la conscience occidentale, le catholicisme espagnol n’est pas en mesure d’apporter ses propres réponses, selon son génie propre, en répondant notamment aux appels du tréfonds de l’âme. On peut parler d’une civilisation européenne, issue d’Athènes, de Rome et de Jérusalem, mais à l’intérieur de cette communauté d’origine, se distinguent les génies propres des différentes nations du continent, à tel point qu’on peut parler autant d’une civilisation espagnole que d’une civilisation française, chacune renvoyant à leur génie religieux singulier.