Face à la dérive grandissante de la démarche synodale allemande, dont le pape François avertissait déjà qu’elle risquait de créer une « seconde Église protestante » en instaurant une nouvelle morale sexuelle, un évêque courageux, Mgr Stefan Oster (Passau, Bavière), vient de se désolidariser en dénonçant une auto-sécularisation de l’Église en Allemagne. Tentation qu’il résume ainsi : « La crise de l’Église est d’abord une crise de la vie spirituelle et de l’intériorisation de la foi. » La preuve en est, pour cet évêque, que 90 % des catholiques allemands ne s’intéressent plus aux sacrements, et notamment à l’Eucharistie qui constitue le cœur de la vie de l’Église. C’est donc son identité propre qui s’efface, celle qui consiste à maintenir le Ciel ouvert dans un monde purement matérialiste.
Tentation d’adapter le message
L’écrivain Dostoïevski, dans son roman Les Frères Karamazov, avait parfaitement analysé cette tentation, lors de la fameuse confrontation entre Jésus et le Grand Inquisiteur – version contemporaine des tentations du Christ au désert. L’objectif du Grand Inquisiteur est de suggérer au Christ d’adapter son message, de rogner sur l’exigence pour se mettre au diapason de la faiblesse des hommes, sans les tirer vers le haut, quitte à faire de l’Église une simple ONG : « Tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves ; l’homme a été créé plus faible et plus vil que tu ne le pensais. Tu as trop exigé de lui », susurre-t-il perfidement. C’est toute la beauté de la Création et le plan de la Rédemption qui se trouvent ainsi remis en cause.
Pour y répondre, une seule solution : remettre Dieu au centre. « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte », réplique Jésus face au démon, dans l’Évangile de ce premier dimanche de Carême. Et pour cela, il faut des prêtres, dont Léon XIV a dessiné le profil le 9 février, en s’adressant aux prêtres espagnols : « des hommes configurés au Christ, capables de soutenir leur ministère à partir d’une relation vivante avec Lui, nourrie par l’Eucharistie ».
Se confesser sans cesse
Loin donc d’inventer un nouveau modèle de prêtre, voire de redéfinir leur identité, en ordonnant des hommes mariés par exemple, il s’agit au contraire pour le Pape de retrouver le sacerdoce dans son essence la plus authentique : être un « alter Christus », un autre Christ. « Soyez des adorateurs, des hommes de prière profonde et enseignez à votre peuple à faire de même », leur enjoint-il. Bienveillant et exigeant, le Saint-Père va jusqu’à recommander aux prêtres de se confesser sans cesse, parce qu’ils ne sont pas la source de la grâce, mais le « canal ». C’est en effet Dieu lui-même qui purifie, comme le soulignent les mots du prêtre au moment d’offrir le sacrifice eucharistique, lors du rite du « lavabo », le lavement des mains : « Lave-moi de mes fautes, Seigneur, purifie-moi de mon péché. »
Le fait que le début du Carême, le 18 février, coïncide avec le jour de la fête de sainte Bernadette Soubirous n’est sans doute pas un hasard, elle qui est entrée au couvent de Nevers pour « crucifier [s]on amour propre ». Cela indique un chemin pour ce Carême : celui de l’humilité de l’homme pécheur, qui constitue un appel irrésistible pour la grâce divine. C’est ainsi que l’on peut comprendre cet appel de Marie à Lourdes, difficile à entendre aujourd’hui, et qui concerne prêtres et laïcs : « pénitence, pénitence, pénitence ».
