Le regretté romancier catholique américain Walker Percy a un jour fait remarquer que la vision contemporaine de l’être humain est un cerveau connecté à une paire de « gonades » (langage édulcoré pour rester poli sur ce site). Il semblerait qu’il n’y ait rien entre les deux. C.S. Lewis, un autre grand écrivain américain, nous appelait des « hommes sans tripes ». Toutes les autres choses qui faisaient autrefois de nous des humains – la sagesse, le courage, l’auto-discipline, l’esprit de sacrifice, la loyauté et par-dessus tout l’amour (dans sa globalité, pas uniquement réduit au sexe) – ne sont plus chez nous que des mots.
Rien que la semaine passée par exemple, nous avons été confrontés à deux tragi-comédies dans la capitale de la seule et unique superpuissance mondiale (mode ironie on). Naturellement, elles tournaient autour du sexe. Des avocats ont soutenu devant notre Cour Suprême [l’auteur de ces lignes est américain, note de la traductrice] que les filles-trans (i. e. des garçons) avaient le « droit » de concourir dans les sports de fille. Quand interrogés afin de préciser la définition qu’ils donnaient de « garçon » et « fille », les plaideurs hors de prix sont soudainement devenus muets. Dans certains cercles, il est maintenant évident (cela ne nécessite aucune explication) que le « genre » signifie autre chose que « le sexe assigné à la naissance », une expression ridicule qui suggère que quelque puissance malfaisante cherche à s’adjuger le droit d’un bébé à choisir son identité sexuelle.
De même, dans un congrès, le sénateur Josh Hawley a demandé au docteur Nisha Verma, gynéco-obstétricienne, si les hommes pouvaient être enceints. Elle aussi est immédiatement devenue dingue. Si elle disait oui, elle savait bien qu’elle affirmerait ce que quiconque n’a pas l’esprit ravagé par l’idéologie du genre sait pertinemment être faux. Si elle répondait non, elle risquait sa carrière, surtout venant de ses confrères (et consoeurs) soumis au wokisme. Alors elle a botté en touche, suggérant que poser cette question était « clivant ».
Walker Percy, qui était un médecin doté d’un corrosif sens de l’humour sudiste, caricaturait ce qu’il prévoyait comme l’effondrement prochain de la médecine, de la loi et de la culture en général. Raison pour laquelle, comme il l’a un jour confié, il s’est converti au catholicisme car « que reste-t-il d’autre ? »
L’Église est l’incarnation vivante d’une tradition incluant le grand héritage philosophique de l’Antiquité tout comme la vision métaphysique de l’Ancien et du Nouveau Testaments. C’est l’unique institution du monde occidental qui conserve encore suffisamment de substance et de vie authentique – en dépit de faillites spectaculaires – pour contrer le vide et le non-sens qui nous environnent.
A condition que nos bergers relèvent le défi. C’est urgent. « Rendre le monde meilleur », ce n’est pas ça la tâche de l’Église. Il vaut mieux laisser cela aux ancien présidents d’associations étudiantes et aux orateurs de remises de diplômes. La tâche de l’Église est bien plus grande : nous amener au Ciel. Cependant, en attendant, il y a de nombreuses choses nécessaires pour nous mettre sur le bon chemin.
Le pape Léon, dans un discours récent au corps diplomatique du Vatican, a prononcé des mots frappants […] qui répondent à notre détresse actuelle :
« Il est douloureux de voir comment, spécialement en Occident, l’espace pour une liberté de parole authentique se rétrécit rapidement. En même temps, un nouveau langage de style orwellien se développe qui, dans une tentative d’être de plus en plus inclusif, finit par exclure ceux qui ne se conforment pas aux idéologies qui l’alimentent. »
Les exclus sont souvent et surtout des chrétiens et d’autres personnes saines d’esprit.
Le pape est même allé plus loin, critiquant explicitement l’avortement et même la gestation pour autrui : « Transformer la grossesse en service monnayable viole à la fois la dignité de l’enfant, qui est réduit à un ‘produit’ et de la mère, en exploitant son corps et le processus de fécondation. Cela fausse la vocation relationnelle originelle de la famille. »
Ce qu’ont fait nos évêques américains avec l’attaque trans sur la notion même de vérité et de mensonge. En novembre, ils ont voté à une écrasante majorité pour bannir « la transition de genre »des hôpitaux catholiques. C’est bien. Parce une grande partie du monde est paralysé par la fausse affirmation que refuser de souscrire à la folie sociétale actuelle conduira à de nombreux suicides.
Mais nous avons besoin d’une suite. Nous avons un mouvement pro-vie, des instances dévouées aux personnes ressentant une attirance pour les personnes de même sexe. Où est le même sens de l’urgence pour protéger des milliers de jeunes désorientés de la prise de bloqueurs de puberté ou d’actes chirurgicaux – avec ou sans accord parental – qui non seulement mentent sur la nature de la réalité mais condamnent nos jeunes à des vies massacrées, pas uniquement sur le plan sexuel.
[…]
Le pape François disait que les catholiques devaient arrêter de se focaliser sur les questions névralgiques comme l’avortement et l’homosexualité.
Mais quelqu’un fait-il vraiment cela – et est-ce le plus grand danger ?
Partout dans le monde des leaders pro-vie et pro-famille, précisément en raison de cette vision chrétienne plus large se sont sacrifiés – sacrifiant parfois leurs moyens d’existence – pour arrêter les massacres induits par la révolution sexuelle. Chaque année, au niveau mondial, soixante millions d’enfants sont tués dans le ventre de leur mère. C’est comme si chaque année on massacrait l’équivalent de la population complète de la Californie et de l’État de New-York. Ou les populations de la France, de l’Italie et du Royaume Uni réunis. Et ce serait presque une obsession de faire attention à la mort à cette échelle ?
Notre nouveau Docteur de l’Église, saint John Henry Newman, préconisait : « La sainteté avant la paix ». Il est dur de ne pas penser que beaucoup préfèrent détourner le regard des horreurs actuelles parce que cela troublerait la paix. Mais nous avons besoin de concentrer nos efforts, aussi difficile que cela puisse être, sur les points où les attaques contre l’humanité sont les plus intenses. Agir autrement aurait été comme confiner les défenseurs militaires chrétiens sur les champs de manœuvre tandis que les Turcs prenaient Vienne d’assaut.
Le pape Léon a fait retentir de nouvelles paroles dans le témoignage public de l’Église. Espérons qu’il les garde au cœur, les mette en pratique avec vigueur et entraîne à sa suite le reste du Vatican.
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Robert Royal, traduit par Bernadette Cosyn
Source : https://www.thecatholicthing.org/2026/01/19/pope-leos-new-notes/
