L’Église au secours des Cubains - France Catholique
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Le journal de la semaine

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L’Église au secours des Cubains

Marquée par soixante ans de communisme et d'embargo américain, l’île de Cuba traverse une crise sans précédent. Dans ce contexte tendu, l’Église assure l’évangélisation autant que l’aide humanitaire.
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Procession de la Caridad, le 8 septembre 2025, à Placetas, et Via Crucis du Vendredi Saint 2026. © Mission Placetas

Depuis près de cinq ans, tout va mal à Cuba mais la situation n’a jamais été aussi grave qu’aujourd’hui. Les habitants de l’île subissent des coupures d’électricité massives et récurrentes de 30 à 50 heures. À la difficulté de conserver de la nourriture s’ajoutent les coupures d’eau et l’effondrement des services de l’État. La crise de l’économie est le fruit de plusieurs facteurs allant des conséquences de l’embargo américain mis en place en 1962 aux effets de la pandémie de Covid en passant par une réforme monétaire catastrophique en 2021 et une chute du tourisme. L’État est en faillite même si le conglomérat qui abrite les intérêts économiques de l’île est riche à milliards. Comme si autant de difficultés ne suffisaient pas, la population subit une épidémie de dengue et de chikungunya. Il est nécessaire d’apporter ses draps à l’hôpital et de trouver soi-même des médicaments car les pharmacies sont vides.

Prêtres en exil

Dans un tel contexte de désolation, plus de deux millions de Cubains, âgés de 20 à 50 ans, ont quitté le pays ces cinq dernières années, faisant passer la population de Cuba de 11,3 millions d’habitants en 2020 à 9,27 millions en 2025. Un exode exceptionnel pour un pays qui n’est pas en guerre. Les prêtres et les séminaristes prennent aussi le chemin de l’exode pour rejoindre de la famille ou poursuivre des études en Floride, principalement à Miami, ou bien en Espagne. Les évêques cubains en charge de 11 diocèses appellent donc des prêtres étrangers en renfort. Ils constituent la moitié du clergé sur 360 prêtres recensés. Cuba est ainsi le pays où il y a le moins de prêtres par catholique au monde alors que le catholicisme est implanté sur l’île depuis le début de la colonisation espagnole au XVIe siècle. Or les besoins sont immenses, car 50 % de la population sont catholiques – tandis que 10 % sont évangéliques et 17 % suivent la santería, à l’origine religion des esclaves noirs, mélange de spiritisme africain et de piété populaire catholique.

« Le Cubain est un animal religieux avec zéro formation chrétienne » souligne Don Jean-Yves Urvoy, membre de la Communauté Saint-Martin, arrivé il y a vingt ans pour fonder la mission de Placetas, au centre de l’île, dans le diocèse de Santa Clara, forte aujourd’hui de cinq prêtres. Avec deux autres membres de sa Communauté, il est allé répondre aux immenses besoins de la population en ouvrant une deuxième mission à Cienfuegos en 2024. Il s’étonne presque de voir la mission porter aussi rapidement du fruit. Sur le plan de la pastorale, un parcours Alpha lancé cette année au moment du Carême et mené par une équipe de quarante paroissiens a permis d’évangéliser 80 personnes « entre brebis perdues depuis longtemps et païens découvrant tout de la foi et de l’Église » souligne le Père Jean-Yves Urvoy qui insiste également sur le rôle du sport, et notamment du cyclisme, pour amener de jeunes garçons à s’engager au service de l’autel. En quelques mois, il a vu une trentaine d’adolescents sortir des quartiers humbles près de la cathédrale de Cienfuegos pour devenir assidus aux entraînements comme à la messe quotidienne. Autres petits « miracles » de la mission : les soixante confirmations de jeunes et d’adultes et, le 14 juin dernier, les 15 jeunes et étudiants entrés en catéchuménat sur une trentaine de fidèles.

Le défi de la scolarisation

Les prêtres de la Communauté Saint-Martin sont aussi investis dans l’aide humanitaire dont la livraison de médicaments, souvent aidés par la population cubaine en exil. Le dernier défi qu’ils relèvent est celui de la scolarisation tant les écoles font défaut. Ils ont trouvé des professeurs mais l’éducation est compliquée car l’athéisme d’État laisse des traces. Don Jean-Yves Urvoy souligne les obstacles liés à la culture du mensonge et de la dissimulation. « Dans un pays à la dérive, il y a longtemps qu’il n’y a plus de notion de bien commun », confie-t-il.

Reste donc à espérer comme les missionnaires que l’île désertée et affaiblie soit à un point de bascule. Cuba est encore plus asphyxiée depuis l’instauration d’un blocus pétrolier par les États-Unis fin 2025 et l’intervention américaine au Venezuela dans la foulée, durant laquelle son président Nicolas Maduro, fidèle allié de Cuba et large pourvoyeur de pétrole, y a été enlevé. Ainsi, le pétrole n’arrive plus du tout à Cuba alors que l’île en recevait juste assez pour assurer la moitié des besoins et permettre au régime de Raúl Castro, âgé de 95 ans, d’en revendre une partie à l’étranger pour se fournir en devises. L’insuccès de Donald Trump en Iran peut-il désigner Cuba comme un prochain trophée de substitution ? Le président américain ne cache pas la prise de l’île comme inéluctable. Le 16 mars dernier, il déclarait : « Je crois bien que j’aurai l’honneur de m’emparer de Cuba d’une manière ou d’une autre. » Une déclaration non exempte d’arrière-pensées électoralistes liées au poids des exilés cubains en Floride. Ramener Cuba dans la ligne de mire des États-Unis est aussi l’obsession du secrétaire d’État américain Marco Rubio, fils d’exilés cubains. Les évêques sont très inquiets de la situation sécuritaire et humanitaire et seraient prêts à jouer le rôle de facilitateurs entre Cuba et les États-Unis, comme lors du rapprochement diplomatique que les deux pays avaient opéré en 2014.

Pour soutenir la mission Cuba : missioncuba.org