Un dimanche de juin 1835, je me trouvais dans la petite paroisse de Joux-la-Ville en France. Son jeune curé de 26 ans, je vous en ai déjà parlé. Il s’appelle Jean-Baptiste Muard. Il avait juste une année de sacerdoce et avait été nommé dans ce village rural de l’Yonne, qu’il décrivait ainsi : « Ma paroisse n’a que sept lieues d’étendue. J’ai toujours bien aimé marcher aussi je me trouve à mon aise. J’ai des hameaux au nombre de neuf. Ma paroisse compte 330 feux, ce qui fait à peu près 1300 âmes. Le tiers habite les hameaux. Parlons de mon église. Admirez-en la beauté… Remontez la nef et arrêtez-vous pour admirer l’élégance du chœur. » Ce matin-là, c’était la première communion des enfants. Il rayonnait de joie. Après la communion, voici qu’il leur dit : « L’heureux jour pour vous, mes enfants, que celui où vous avez eu le bonheur de recevoir votre Sauveur dans la Communion ! Jour le plus grand et le plus précieux de tous les jours pour vous ! Jour où le temps devient un ciel… » Puis, lui-même semblait absorbé par la présence de Jésus. Ce n’étaient plus des bonnes paroles aux enfants, il retranscrivait ce qu’il entendait dans son âme. Il priait tout haut : « Sauveur adorable, il me semble vous entendre immédiatement après la communion, nous adresser ces paroles : Approchez, demandez, mes enfants, venez demander, ne craignez rien ! Voilà que je suis en vous et avec vous pour vous combler de mes bienfaits et vous enrichir de mes dons. Je suis en vous et avec vous pour dissiper vos ténèbres… Il est si doux, ô mon adorable Jésus de n’aimer que vous seul… Faites seulement, ô mon Divin Sauveur, qu’embrasé de vos divines flammes je vienne souvent m’unir à vous par la Sainte Communion ! … »
Comme un ange en adoration
C’était incroyable. Tous les jeunes enfants, entre 11 et 13 ans, avaient les yeux fermés et priaient avec ferveur. Ils écoutaient ce souffle qui sortait de la bouche de leur jeune curé. Lui-même se souvenait sans doute de sa propre première communion, faite dans la petite église de Pacy-sur-Armançon, au même âge, 15 ans plus tôt. Quelqu’un, y ayant assisté, se souvint : « Les nombreux fidèles réunis dans l’église de Pacy le remarquaient entre tous les autres. Il avait tant de calme, de douceur et de piété dans son maintien, l’onction de la grâce s’était tellement épanouie sur tous les traits de son visage, qu’il avait paru comme transformé par le recueillement. Chacun, dans son admiration, disait avoir vu, ce jour-là, un ange en adoration au pied des autels ; et l’impression qu’il produisit fut si grande, que longtemps après on le citait encore comme modèle aux enfants qui fréquentaient le catéchisme. » Plus tard, quand il aura juste 30 ans, alors qu’il prie devant le tabernacle de sa nouvelle paroisse Saint-Martin d’Avallon, le vendredi 13 décembre 1839, il entendit Jésus lui dire : « Je veux que vous soyez saint. » Il décrit ensuite le prolongement de l’événement : « Alors je me trouvais comme transporté en esprit au milieu de l’autel, c’est-à-dire à l’endroit où se tient le prêtre pour offrir le Saint-Sacrifice. J’étais à genoux, je vis toujours en esprit s’ouvrir le tabernacle et Notre Seigneur sortir à moitié et me faire une croix sur le front avec l’index de sa main droite… » Puis la vision se poursuit et Jésus lui tend son Cœur « en paraissant le tenir dans sa main et en me le présentant hors du tabernacle ».
Pourquoi est-ce que je vous raconte ça maintenant ? Parce que nous sommes dans la Semaine Sainte et que ce mystère du Vendredi Saint avec le Cœur transpercé, anticipé par le mystère du Jeudi Saint au Cénacle, se renouvelle dans le monde, trois fois par seconde, dans la sainte Eucharistie.
C’est une merveille qui a enthousiasmé tous les saints depuis vingt siècles. Parmi eux, mon ami Tarcisius assassiné pour garder Jésus-Hostie sur son cœur. Elle a fait brûler d’amour mon ami Carlo Acutis qui a recensé tous les miracles eucharistiques à travers le monde. Comme le dit le cantique : « Loué soit à tout instant Jésus au Saint-Sacrement ! »