On ne conçoit pas un pape justifiant un conflit armé. Ce serait le déni même de sa mission. Le XXe siècle est significatif là-dessus. Saint Pie X n’était-il pas décédé épuisé par la souffrance morale causée par le déclenchement de la Première Guerre mondiale ? Son successeur Benoît XV engagera tous ses efforts pour hâter la fin de la guerre, souvent incompris, même par l’opinion catholique dans les pays belligérants. Plus tard, Pie XII, qui avait participé aux pourparlers de paix de son prédécesseur comme secrétaire d’État, et organisé les secours au service des victimes du conflit, tentera lui aussi d’empêcher que n’éclate la Seconde Guerre mondiale. La polémique injuste qui le mettra en accusation pour son attitude envers l’Allemagne ne saurait effacer son action inlassable en faveur des persécutés ainsi que son engagement auprès de l’opposition à Hitler, dirigée par l’amiral Canaris (cf. l’ouvrage de l’historien américain Mark Riebling La Guerre secrète de Pie XII contre Hitler, Tallandier, coll. « Texto »).
« Jamais plus la guerre ! »
On se souvient aussi du cri de Paul VI aux Nations unies, à New York le 4 octobre 1965 : « Jamais plus la guerre ! » Ne rapporte-t-on pas aussi le jugement du président Kennedy : « L’humanité devra mettre fin à la guerre, ou c’est la guerre qui mettra fin à l’humanité. » Telle était l’obsession du pape François qui ne cessait de dénoncer « une troisième guerre mondiale par morceaux ». Il appelait avec constance à un désarmement mondial : « Combien de vies pourraient être sauvées avec les ressources destinées aujourd’hui aux armements ? Ne serait-il pas préférable de les investir dans une véritable sûreté mondiale ? »
On ne s’étonne donc pas que Léon XIV soit dans le même état d’esprit, notamment lorsqu’il interpelle le président Donald Trump pour qu’il cherche une issue à la guerre avec l’Iran et à réduire les bombardements. N’avait-il pas fustigé de manière générale, le dimanche des Rameaux, « ceux qui invoquent Dieu tout en faisant couler le sang » ? Il y a donc une continuité des successeurs de Pierre dans un souci d’écarter l’humanité des pires fléaux que l’âge moderne a aggravés plutôt que supprimés. Pourtant, on s’interroge. Cet appel au désarmement n’est-il pas utopique à l’heure de l’équilibre de la terreur et alors que les conflits reprennent des dimensions effrayantes, comme en Ukraine. La pertinence des spécialistes en polémologie ne s’oppose-t-elle pas à l’utopisme évangélique de l’évêque de Rome ?
Le réalisme des meilleurs spécialistes ne saurait toutefois faire l’impasse sur une forme d’éclairage supérieur que permet l’appréhension du monde par le christianisme. C’était le propos d’un René Girard, commentant ce grand polémologue qu’était Clausewitz. Si se poursuit la montée aux extrêmes analysée par ce dernier, elle pourrait nous conduire à « l’extinction de toute vie sur la planète ». Le cri d’angoisse de Léon XIV doit être pris très au sérieux. La logique de guerre qui s’est emparée de la planète est grosse de la pire des menaces.
