Le langage des cloches - France Catholique
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Le journal de la semaine

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Le langage des cloches

Elles carillonnent à Pâques pour annoncer la Bonne Nouvelle ! Mais elles dialoguent aussi entre elles, disent les Romains…
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Cloches de la basilique Saint-Pierre de Rome. © Adobe Stock / VarnakovR

La nuit de Pâques, les cloches de toutes les églises résonnent et chacun dit à son voisin : «Les voilà, elles sont revenues de Rome!» Parties le Jeudi Saint, ayant reçu la bénédiction du Pape, elles laissent tomber des quantités d’œufs en chocolat sur la route de leur retour. Dans les jardins, les enfants, munis de petits paniers en osier, organisent une chasse aux œufs fructueuse. Et pourtant, je vais vous dire, c’est un grand mystère… Je me suis rendu à Rome, je voulais voir ces cloches rassemblées place Saint-Pierre et je n’ai rien vu ! Rien non plus dans les parkings, les jardins, les rues ! Il aurait dû y en avoir des milliers. Où sont-elles donc ? Le Pape les cache peut-être dans un endroit connu de lui seul, et il a sans doute des gens très discrets qui le rejoignent pour les garnir de milliers d’œufs en chocolat. C’est le secret le mieux gardé du Vatican. Pourtant, elles avaient bien disparu de nos clochers, mais elles sont au rendez-vous du Gloria de la Vigile pascale et les jardins sont parsemés de gros et petits œufs bien emmaillotés de papier multicolore !

Elles accompagnent tous les événements

Si cloches et carillons ont tant d’impact, c’est bien parce qu’elles accompagnent tous les événements de l’existence. Joyeuses lors des baptêmes et mariages, elles prennent le son lugubre de tintements répétitifs pour les enterrements. Nos anciens se souviennent qu’elles sonnaient le tocsin pour avertir de la guerre ; qu’en pleine nuit elles appelaient les pompiers pour éteindre le feu ; qu’en les faisant sonner très fort elles éloignaient l’orage sur le village d’à-côté et avaient le pouvoir de chasser démons et épidémies. Chaque dimanche, elles appellent à la Messe. Elles sonnent l’Angélus trois fois par jour. Celui du matin et celui du soir ont été demandés par Urbain II, en 1095, pour obtenir la victoire de la première croisade. L’Angélus du midi, quant à lui, déjà pratiqué ici et là, fut imposé par Calixte III en 1456, en remerciement pour la libération de Belgrade assiégé par les Turcs.

À Rome, avec des amis, en 1907, nous avons fait le tour des clochers de toutes les églises et couvents. Nous avons répertorié 1 260 cloches. Pourtant, très peu sont anciennes car ce grand bandit normand, Robert Guiscard, appelé « la terreur du monde », lors d’une effroyable attaque, le 21 mai 1084, «brûle, pille, viole et tue» et emporte la quasi-totalité des cloches de Rome. 443 ans plus tard, le 6 mai 1527, les troupes de Charles Quint pillent et détruisent Rome. La réforme hérétique de Luther faisait son effet. «L’enfer n’est rien comparé à l’apparence que Rome présente maintenant», écrivit un témoin quatre jours après le sac. «ÀRome, capitale de la chrétienté, aucune cloche ne sonne, aucune église n’est ouverte, aucune messe n’est célébrée…»

Certaines cloches, pour échapper à la violence des anglicans, autres schismatiques, arriveront à s’envoler jusqu’à rejoindre les rives du Tibre. Ainsi, allez écouter à San Giovanni dei Fiorentini Maria is my name provenant de la cathédrale Saint-Paul de Londres, et une autre au Gesù.

À Rome, chacune produit un son différent : strident, perçant, doux, plus rauque, aigu, tonitruant. Elles aiment dialoguer entre elles. Seuls les Romains bons vivants interprètent leur langage. Ainsi la grosse cloche de Sainte-Marie-Majeure commence : «On a fait les facioli, on a fait les facioli!» Celle du Latran, grande et puissante, répond : «Avec quoi? Avec quoi?» La petite cloche fluette de Sainte-Croix précise : «Avec de la couenne de porc, avec de la couenne de porc!» Dans un même temps, plus loin, la cloche de Sainte-Marie-au-Trastevere demande : «Où mange-t-on la polenta? Où mange-t-on la polenta?» De sa grosse voix sourde, la Campanone de Saint-Pierre affirme : «Dans le Borgo! Dans le Borgo!»

La Campanone, appelée aussi la Valadier, du nom de son fondeur, est la plus grosse des six cloches de la basilique. Elle est accompagnée du Campanoncino et de la Rota. La Campanone a joué un mauvais tour au pape François. Devant annoncer sa mort et déclencher le glas de toutes les autres églises, elle resta muette. Sa chaîne trop vieille avait cassé. Il a fallu du temps et pas moins de six sampietrini pour grimper au clocher et actionner à la main son lourd marteau. Même les cloches ont toujours un message !