La mission de l’Église - France Catholique
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Le journal de la semaine

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La mission de l’Église

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© Jean-Baptiste Delerue / diocèse de Paris

Au lendemain des quatre jours exceptionnels de la visite en France de Léon XIV se pose nécessairement la question de ses conséquences. Dans quelle mesure la parole du Pape « prononcée dans le contexte historique et actuel de notre pays » peut-elle être prolongée dans un nouvel élan ? Un élan qui ne peut être que missionnaire. Léon XIV a montré qu’il connaissait le passé missionnaire qui permit l’évangélisation de l’Afrique et d’une partie de l’Asie aux deux siècles précédents. Pouvait-on prendre son parti de l’extinction de cette flamme évangélisatrice d’autant plus sensible que ce sont aujourd’hui les nations évangélisées par ces congrégations missionnaires qui viennent à notre secours, pour remédier à la pénurie des prêtres ?

Il est possible que l’attitude du pape François à l’égard de l’Europe actuelle s’expliquât par ce constat d’une sorte d’immobilité spirituelle, alors que ce qu’il appelait les « périphéries » témoignait au contraire d’un dynamisme nouveau.

Il semble bien que la conviction de son successeur soit différente. N’a-t-il pas démontré par sa seule présence qu’il y avait encore de belles énergies qui ne demandaient qu’à prendre leur essor ? C’est le sentiment qu’exprimait le philosophe Pierre Manent dans un récent entretien : « Léon entrevoit ou devine que la catholicité française recèle des ressources insoupçonnées qu’il est encore temps de ranimer. Sa visite a déjà accompli plus que nous n’osions espérer » (Le Figaro 2 octobre).

On peut noter aussi que le Pape est attentif au rebond du catéchuménat et des demandes de baptême qui s’est manifesté ces dernières années. C’est le signe d’un réveil du côté de générations qui mesurent l’absence de sens d’un monde voué à ce que le sociologue Gilles Lipovetsky appelle l’« ère du vide. » L’effacement de la culture chrétienne n’a correspondu à aucune affirmation positive susceptible de combler l’attente des esprits et des cœurs. Trop souvent, c’est le dénigrement « wokiste » et la déconstruction qui se sont imposés, produisant un climat délétère. Celui qui se manifeste en Europe par le refus de la vie.

Lorsque le Pape incite les jeunes à se marier et à accueillir des enfants, c’est qu’il ressent ce lien entre le nihilisme et l’hiver démographique qu’un Pierre Chaunu avait annoncé sans qu’on puisse l’entendre. Mais pour pouvoir surmonter cette dépression, il y a lieu de reconsidérer la mentalité qui s’est trop souvent imposée dans les milieux catholiques. C’est sur ce point que Pierre Manent attire notre attention. Il désigne par « religion de l’humanité », ce qui semble s’être substitué au mystère chrétien. C’est Auguste Comte qui avait voulu créer une telle religion qui correspondait à ce qu’il appelait l’« âge positif » ou « scientifique ».

Éveiller la flamme intérieure

De même un certain « humanisme » contemporain voudrait se fonder sur les seuls droits de l’homme, sans envisager les soubassements anthropologiques qui déterminent notre dignité. L’alignement sur un tel humanisme amène l’oubli et même le rejet de l’esprit missionnaire, celui qui s’enracine dans la certitude que l’homme a été créé à l’image de Dieu et que sa dignité est d’ordre surnaturel. Ce n’est pas seulement le souci du semblable dont il s’agit, mais la flamme intérieure qui éveille à la relation avec Dieu.

C’est cela que Léon XIV est venu rappeler : « Je suis allé avant tout en France pour prêcher l’Évangile, pour proclamer la bonne nouvelle, pour réaffirmer ce que Jésus lui-même dit lorsqu’il affirme : “Je suis le chemin, la vérité, la vie.” »