Éminence, la France attend Léon XIV. Que peut apporter sa visite dans un pays divisé comme le nôtre aujourd’hui ?
Mgr François Bustillo : La France est un pays fracturé, mais elle est aussi assoiffée. Nous naviguons entre l’absence de Dieu et la soif de Dieu. Nous avons besoin d’une parole qui apporte de la sérénité et de la hauteur. Celle du Pape est vraiment libre parce qu’elle est ancrée dans le Christ. Il n’est pas dans la tactique. Les Français sont sensibles à cette liberté, à cette forme d’autorité paternelle qu’il manifeste. Dans un monde inquiet, nous avons besoin d’un leadership spirituel. L’Église annonce la vie.
Par quels moyens faire éclore de nouvelles vocations sacerdotales ?
Il faut d’abord croire que Dieu appelle encore. Une vocation ne résulte pas seulement d’une stratégie pastorale. Elle naît d’une rencontre avec le Christ et d’une vie chrétienne suffisamment profonde pour permettre aux jeunes de découvrir cet appel. Notre responsabilité est de créer les conditions pour qu’un jeune puisse se poser la question : « Et si Dieu m’appelait ? » Cela suppose des communautés vivantes, des familles qui transmettent, des prêtres qui témoignent de la joie de leur vocation. Il faut aussi que nous osions proposer. Si nous ne parlons jamais du sacerdoce, de la vie consacrée, du don de soi, comment un jeune pourrait-il envisager cette possibilité ? Comme le peuple d’Israël dans le désert, nous devons savoir où nous allons. Même si nous sommes peu nombreux, nous pouvons être le sel de la terre. Le désert conduit à la Terre promise.
Léon XIV donne aux jeunes les saints comme modèles. Est-ce une piste pour les rejoindre ?
Les jeunes sont exigeants, ils ne veulent pas d’une parole tiède. Ils cherchent des modèles, mais beaucoup de modèles proposés aujourd’hui sont virtuels ou mythiques. Les saints, eux, sont des hommes et des femmes qui ont vécu. Ils ont connu les difficultés, ils ont persévéré. Ils ont réussi leur vie. C’est important pour les vocations. Un jeune a besoin de voir qu’une vie donnée peut être une vie heureuse et féconde. Les saints montrent que l’on peut vivre autrement, avec liberté et authenticité. Chacun avec son propre charisme. La sainteté n’est pas un musée : elle est une proposition pour aujourd’hui.
Vous observez en Corse un renouveau des confréries. Pourquoi ce phénomène vous paraît-il intéressant pour l’avenir de l’Église ?
Le propre des confréries est leur enracinement local. Dans les villages et les vallées, elles développaient une dimension fraternelle et solidaire, avec une attention particulière aux plus pauvres, dans une logique proche du Tiers-Ordre franciscain. Aujourd’hui, je constate qu’elles peuvent redevenir missionnaires. Pourquoi ce renouveau ? Parce que les hommes et les femmes cherchent des réalités où ils puissent se retrouver pour prier, échanger et agir. Il y a un vrai besoin de fraternité. Chaque territoire doit trouver ses réponses, mais on peut regarder ce qui se passe en Corse et se demander : comment être présents, nous aussi, dans un village, une paroisse, un quartier ? Comment prier ensemble, servir les pauvres, participer aux célébrations ? Cette présence concrète est déjà missionnaire.
Une autre de vos préoccupations est l’unité de l’Église. Comment la tisser ?
L’unité demande du travail et beaucoup de tact, particulièrement de la part des pasteurs. Le but de notre vie chrétienne est la communion, pas la confusion ni la division. Nous devons aussi apprendre à regarder nos différences comme un atout. Trop souvent, nous mettons des étiquettes : « Toi, tu es de ce côté ; toi, tu es de l’autre. » Ce n’est pas bon. L’unité est un chantier permanent, celui de chaque chrétien. Elle part d’une vie intérieure solide et elle doit être demandée dans la prière.
Carnets corses. Tome III, cardinal François Bustillo, Éditions Fayard, septembre 2026, 160 pages, 21,90 €.
Pour aller plus loin :
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