La force d’une visite apostolique - France Catholique
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Le journal de la semaine

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La force d’une visite apostolique

Le voyage du Saint-Père a révélé où se trouvaient les germes de la renaissance, de la prospérité et de la justice. L’analyse de Jacques Trémolet de Villers.
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© Antoine Muller / diocèse de Paris

Ce voyage a été marqué par la rencontre d’abord de la France et de son histoire, ensuite de la jeunesse avec la France et l’Église, et enfin de l’Europe avec son histoire et l’Église.

Charles Péguy, qui a été souvent cité pendant ce voyage, avait coutume de distinguer la mystique et la politique. On connaît sa formule célèbre : « Tout commence en mystique et s’achève en politique. » La mystique était le champ de la création et de l’enthousiasme ; la politique celui de la « décréation » et de la décrépitude.

Léon XIV est venu rappeler qu’en France, toute politique qui ne remonte pas à une mystique est vouée au néant. À côté des formalités d’usage prévues par la diplomatie, il a rencontré le peuple de France, non seulement pour lui dire cette vérité, mais pour lui révéler qu’il la portait au fond de lui-même. Il a ainsi révélé à la France son être propre et lui a permis de se retrouver au sens fort du terme. Le chemin entre la mystique et la politique n’est pas un discours abstrait mais une réalité vivante et concrète, incarnée dans cette jeunesse qu’il a rencontrée et célébrée au Stade de France.

Un message clair à la jeunesse

Le message qu’il a envoyé à cette jeunesse est simple et clair : « Vous êtes les saints de France. » En parlant ainsi, le Pape renouvelait l’enseignement de Notre-Seigneur sur la montagne quand il disait à ses disciples et à la foule : « Vous êtes le sel de la terre » (Mt 15, 4). Il ne disait pas « vous devez être ou vous serez », mais « vous êtes ».

Quand Emmanuel Macron a tenté, à Metz, de lui faire la leçon sur l’Europe, le Pape a rappelé que comme toute construction humaine, l’Europe se ferait sur ses fondations qui sont chrétiennes et notamment bénédictines, mais aussi sur l’effort quotidien de chaque génération, et il a terminé son discours en s’adressant encore à la jeunesse : « N’ayez pas peur de fonder une famille, n’ayez pas peur d’avoir des enfants, n’ayez pas peur de protéger la vie depuis son commencement à la conception, jusqu’à son dernier souffle. » Il a ainsi remis les choses à l’endroit, pour la France, pour l’Europe et pour l’Église.

La jeunesse est donc appelée à être l’incarnation d’une véritable renaissance qu’elle réalisera dans la fidélité aux sources de l’Église, de la France et de l’Europe, dans la continuité d’une histoire que le Pape est venu réunir malgré les divisions.

La joie du peuple assemblé

La messe célébrée place de la Concorde devant au moins 800 000 fidèles était un immense acte de réparation sur le lieu même où la Révolution avait prétendu diviser notre histoire en faisant couler le sang de la guillotine. La joie et la paix qui rayonnaient sur les visages du peuple assemblé disaient assez la force de cette unité retrouvée que la veillée au Stade de France avait déjà incarnée dans le défilé des saints de notre Histoire, en commençant par les saintes Marie de la Mer et en passant par Jeanne d’Arc, follement applaudie au moment de son arrivée à cheval.

La responsabilité de la jeune génération est donc immense. Elle a reçu le signe d’une véritable élection et les moyens de répondre à sa vocation. Il lui appartient maintenant de répondre à cette vocation, en trouvant les formules juridiques et politiques dont la France et l’Europe ont besoin. Le Pape, conformément à la mission de l’Église, n’a pas donné les détails de ces formules, mais a rappelé l’âme et les lignes directrices de cette renaissance, laissant à l’initiative de chacun le soin de les mettre en pratique.

Il était frappant de constater le décalage immense entre ce qu’il faut appeler le petit monde politique et la grandeur du message délivré au peuple. Aucun homme d’État, ni aucun parti politique ne peut rêver ce qu’a réalisé, sans aucun effet théâtral ni médiatique, ce Pape humble et discret. Dans tous les témoignages recueillis sur les chaînes de radio et de télévision, on notait la joie pour tous ces pèlerins de rencontrer physiquement Quelqu’un. C’est la force unique de l’Église catholique de pouvoir offrir à ses fidèles et au monde cette incarnation continuée dans les siècles au travers de personnalités contrastées et malgré leurs défaillances. À Metz, un drapeau brandi par des enfants du catéchisme proclamait : « Louis XIV, le Roi Soleil, Léon XIV, le Pape qui apporte le soleil ». À chaque fois il faut quelqu’un qui incarne la royauté ou la papauté. Pendant ces quatre jours, ce Quelqu’un nous a rendus à nous-mêmes, en rappelant aux Français que la France avait une âme, en le rappelant aussi à l’Europe et en manifestant en actes que cette âme est chrétienne.

Les commentaires les plus courants disaient que ce voyage prouvait que l’Église existait encore. Il faut aller beaucoup plus loin, ce voyage a révélé où se trouvaient les germes de la renaissance, de la prospérité, de la justice, et de la joie. Il a été aussi comme un immense appel à la paix, désir incoercible de tous les peuples que les gouvernants ont le devoir de satisfaire. La mystique a rencontré la politique, non pas dans les combines diplomatiques ou partisanes, mais dans la communion entre le Pape et le peuple au cours de la célébration de la messe et des instants qui l’ont précédée.

Un devoir d’engagement

La vague fut si forte que le Président de la République, qui avait annoncé qu’il n’assisterait à aucune messe, a été obligé de se rendre à Metz et d’aller à la cathédrale, au risque d’entendre les paroles sévères sur sa politique et la façon désastreuse qu’il avait de remplir sa fonction.

Le Pape a rappelé, à la fin de son discours de Metz, destiné à la jeunesse, que l’engagement politique faisait partie des devoirs du jeune chrétien, au même titre que l’engagement familial et professionnel. Il appartient donc à la jeunesse de France de « renouveler une société, depuis ses fondations » comme disait saint Pie X, pour la remettre dans la ligne de son histoire et de sa vocation. Alors elle répondra véritablement à l’enthousiasme suscité par ce voyage apostolique.