La "bonne mort", ou comment se préparer à paraître devant Dieu - France Catholique
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Le journal de la semaine

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La « bonne mort », ou comment se préparer à paraître devant Dieu

La vie terrestre est une préparation constante à la vie éternelle. Au terme de ce pèlerinage terrestre, qu’allons-nous présenter devant Dieu ? Entretien avec Sœur Cécile, prieure de la Communauté de la Nouvelle Alliance œuvrant au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon (Orne).
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BERGAMO - JANUARY 26: Death of st. Joseph paint from Dom on January 26, 2013 in Bergamo, Italy.

Qu’appelle-t-on « la bonne mort » ?

Sœur Cécile : Si l’on posait cette question à l’un de nos contemporains, je pense qu’il répondrait que c’est une mort douce, paisible, survenue dans son sommeil, ou bien au contraire subite, mais sans souffrance. Dans la tradition chrétienne, la bonne mort est une mort pour laquelle on a eu le temps de se préparer. On est alors prêt à cette rencontre avec le Bon Dieu, une rencontre faite dans l’amour et dans la vérité de ce que l’on est. Une bonne mort est une mort chrétienne ! Elle est une expérience de la miséricorde de Dieu.

Comment se prépare-t-on à la bonne mort ?

Autrefois, la préparation à la mort faisait vraiment partie de la vie chrétienne. On le voit, la mort est souvent présente dans l’art, sur les fresques des églises, sur les tableaux des saints. Elle était contenue dans la vie de prière des fidèles, dans leurs réflexions, dans leurs exercices spirituels. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Beaucoup commencent à y penser une fois très âgés, ou malades, ou bien confrontés à un deuil pouvant réveiller ces questionnements. Mais faut-il vraiment attendre d’être âgé ou malade pour s’y préparer ? Je ne pense pas. La mort peut nous prendre par surprise ! Notre société actuelle considère que la mort est un point final et la fuit comme quelque chose de très négatif. Or, nous, chrétiens, savons que la mort n’est pas une fin, mais la porte vers notre éternité de bonheur. Ainsi, y réfléchir ne peut être triste, puisque c’est réfléchir à notre avenir. Notre vie terrestre n’est qu’un instant dans l’éternité d’amour qui nous attend. Préparer sa mort, c’est préparer demain dans l’espérance. Cela demande aussi d’être à contre-courant de nos contemporains.

À chaque « Je vous salue Marie », nous demandons à Notre-Dame de nous préparer à la mort, dès aujourd’hui : « maintenant et à l’heure de notre mort ». Et dans la litanie des saints, nous prions le Seigneur d’être délivrés d’une mort subite ou imprévue, qui n’est pas la plus belle des morts.

Une mort brutale ne peut donc pas être une bonne mort ?

Une mort subite ou imprévue laisse évidemment moins le temps de se préparer. On peut avoir encore de nombreux conflits intérieurs à apaiser, des fautes à pardonner… Mais la mort d’autrui nous échappe. Il s’agit de quelque chose de très intime, entre le Ciel et nous. Seul Dieu en est juge.

Quels moyens le christianisme offre-t-il pour nous préparer à la mort, dans notre vie quotidienne ?

Je dirais plutôt que le christianisme nous prépare à la vie ! Sainte Thérèse de Lisieux disait : « Je ne meurs pas, j’entre dans la vie. » Il nous faut d’abord prendre conscience que notre vie est éphémère. Nous ne sommes pas pour toujours sur cette terre. Certes, nous devons goûter cette vie terrestre avec reconnaissance et une immense gratitude pour tout ce que Dieu nous permet de vivre de bon. Ce ne sont que des prémices, et une annonce de ce que nous allons vivre de très bon au Ciel. Il s’agit donc d’accueillir ces bienfaits avec gratitude, mais aussi un certain détachement, en sachant qu’il y a des biens suprêmes au-delà des biens terrestres. Il faut garder cet état d’esprit. Comme le disait le pape François, « le linceul n’a pas de poches » : au moment de la mort, il va nous falloir tout quitter.

Le Catéchisme de l’Église catholique parle de cette vie terrestre comme d’un pèlerinage, et de la mort comme la fin de ce pèlerinage. C’est une image que j’aime beaucoup : sur terre, nous sommes en pèlerinage vers une patrie céleste, et on ne part pas avec un sac lourd ! Notre vie est donc un discernement. Mourir, c’est vivre un passage vers l’inconnu, vers une terre promise que l’on ne connaît pas encore. Cela demande donc un abandon et une grande foi, pour marcher sereinement vers une terre de liberté. Nous devons nous donner les moyens pour partir le plus léger possible. Comme le disait la vénérable Madeleine Delbrêl (1904-1964), « c’est la vie qui nous prépare à mourir […]. Elle nous explique la mort petitement. » C’est par le petit abandon qu’on se prépare au grand abandon.

De quelle utilité les sacrements sont-ils ?

Très concrètement, la vie sacramentelle nous prépare à cet abandon, bien entendu, en particulier la confession régulière et l’Eucharistie. En nous appuyant sur la grâce divine, le sacrement des malades dispose notre âme à accueillir cet amour fou de Dieu que je vais rencontrer. La bénédiction apostolique in articulo mortis (« à l’article de la mort ») permet d’accorder au mourant une indulgence plénière. Un homme qui meurt après s’être confessé, avoir reçu le sacrement des malades et l’indulgence plénière ira tout droit au Ciel.

En fin de compte, la préparation chrétienne à la mort se vit d’abord dans l’être, avant le faire. Comment je souhaite que Dieu me trouve ? Mourir, c’est faire l’offrande de sa vie à Dieu, lui « remettre son esprit », comme le fit Jésus sur la Croix. Et cela ne s’apprend pas en un jour.

Une préparation quotidienne à cette offrande nous permet aussi de retrouver la paix face à la mort…

Ce qui nous angoisse dans la mort est l’inconnu, la souffrance physique, la dégradation de l’âge. Mais plus nous avons une vie chrétienne profonde, plus nous avons une relation intime fixée avec le Bon Dieu, et moins nous la craignons.

Saint Jean de la Croix a écrit cette phrase restée célèbre : « Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour. » Quelle en est la signification ?

Souvent, ce que nous craignons dans la mort est le jugement de Dieu. Dans notre vocabulaire, nous imaginons un tribunal sévère. Mais personne ne sait véritablement comment cela se passe. Nous serons jugés sur l’amour car notre vie éternelle a déjà commencé, depuis notre naissance et tout au long de notre vie, par les actes et les choix que nous posons. Nous allons paraître devant Dieu qui est Amour pur, un amour que nul n’a connu sur terre, un amour totalement diffusif. Jésus a dit : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie », et « Je suis la Lumière du monde ». Nous paraîtrons devant celui qui est la Vérité, la Lumière. Tout sera mis en lumière devant Lui. Et c’est aussi cela qui nous fait sans doute un peu peur. Le jugement particulier est le jugement de toute notre vie. Mais n’oublions pas qu’en Dieu subsistent toujours justice et miséricorde, les deux à la fois. En tant qu’êtres humains, nous avons beaucoup de mal à assembler les deux : soit nous ne retenons que la miséricorde, et nous devenons trop laxistes, soit nous ne retenons que la justice, et nous craignons le châtiment. Mais la justice de Dieu est miséricordieuse. Le Purgatoire en est l’expression parfaite : il existe encore une miséricorde au-delà de la mort.

Qu’en est-il des grands pécheurs ? Peut-on vraiment se convertir au dernier moment ?

Il est vrai qu’un homme ayant vécu chrétiennement, et ayant placé la vertu de l’abandon au cœur de sa vie spirituelle, s’abandonnera plus facilement au moment de la mort. Le Curé d’Ars rencontra un jour une femme affolée car, son mari s’étant suicidé, elle s’inquiétait du salut de son âme. Le saint prêtre eut cette révélation : « Ne vous inquiétez pas pour l’âme de votre mari, parce qu’entre le pont et l’eau, il s’est ouvert à Dieu. » Cela nous échappe un peu.

L’Église nous demande de ne jamais désespérer du salut de quiconque. C’est toute la question de la liberté de l’âme : Dieu n’est qu’amour. Il se propose toujours et ne peut se rétracter devant l’âme, jusqu’au moment ultime. Le fait que l’âme soit libre laisse la possibilité de se convertir jusqu’au dernier moment. Seul Dieu est juge. Soyons sans cesse dans l’espérance car, au moment ultime de la mort, tout peut encore se jouer. Dans son encyclique Spe salvi, Benoît XVI écrivait : « Chez la plupart des hommes – comme nous pouvons le penser – demeure présente au plus profond de leur être une ultime ouverture intérieure pour la vérité, pour l’amour, pour Dieu. »

L’enjeu au moment de la mort est donc de taille…

Bien sûr. C’est pourquoi il faut prier auprès des mourants et des agonisants. Lorsque Jésus donne à sainte Faustine le chapelet de la Miséricorde divine, il promet de grandes grâces aux personnes pour qui on l’aura récité. Nous avons donc le devoir de prier pour ceux qui meurent, et de les accompagner dans leur mort, de leur proposer Jésus. C’est très important. Il faut également prier pour une personne venant tout juste de mourir : c’est au moment de la séparation métaphysique du corps et de l’âme que l’âme doit donner son oui. Et n’oublions pas que notre ange gardien est à nos côtés jusqu’au bout.

Qu’en est-il des âmes du Purgatoire ?

Les âmes du Purgatoire se sont déjà positionnées devant Dieu pendant le jugement particulier. L’amour de Dieu se propose jusqu’au dernier moment, même à ceux qui ne connaissent pas Dieu. Ces âmes ont déjà fait le choix de Dieu : on parle d’ailleurs des saintes âmes du Purgatoire. Cependant, les péchés les ont abîmées, il leur reste quelque chose à purifier avant de paraître devant la Sainte Trinité. Le Purgatoire revêt donc une notion de réparation, de guérison de l’âme, d’un rejet d’une certaine complicité avec le mal, même pardonné. On y efface la dette.

Quel est le rôle de la Vierge Marie à cet instant ?

Il est fondamental. Marie est la première à intercéder en un tel moment. Elle est présente comme une mère, comme elle fut présente auprès de son Fils au pied de la Croix. Elle place toutes nos prières sur un plateau d’argent, et détient un fort pouvoir d’intercession sur le Cœur de son Fils. Elle n’oublie aucune âme. Elle est présente, c’est certain. Il existe dans la petite église paroissiale de Montligeon un très beau vitrail représentant le jugement particulier : la pesée de l’âme par un ange. Sur l’un des plateaux de la balance figure l’âme, et sur l’autre un diablotin. Et Marie, discrètement, tente de la faire pencher du bon côté…