Il est impossible de sous-estimer la gravité des événements qui se sont produits, en particulier le 17 octobre dernier. Les forces de l’ordre s’étant trop souvent attelées à une tâche démesurée, c’est l’État lui-même qui s’est trouvé, selon l’expression du politologue Dominique Reynié, en situation de « déliquescence avancée ». Mais la question ne se pose pas seulement en termes politiques. Ce qui s’est révélé, c’est une crise de société, et même une crise de civilisation. L’entretien avec Jérôme Fourquet que l’on pourra lire dans ce numéro est propre à nous éclairer sur le sujet. Toute civilisation repose sur un triple fondement : sa matrice religieuse, les liens du mariage et le respect liturgique dont elle entoure ses morts. Or c’est ce triple fondement qui est en cause aujourd’hui.
Éclatement de la famille
Bien sûr, l’effondrement de notre architecture anthropologique, pour reprendre l’expression de Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch (Homo occidentalis, Éditions du Seuil, 2026) n’est pas né d’hier. Il est le résultat de toute une dérive qui a commencé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec l’abandon des structures traditionnelles qui fondaient l’ossature de notre société. L’individu roi s’est retrouvé comme unique pivot de toute relation. Et puis les causes s’ajoutent les unes aux autres. Le déclin religieux de la France et de l’Europe est concomitant de l’éclatement du mariage et de la cellule familiale. La multiplication des familles dites monoparentales est le résultat de cette évolution où les enfants ont la plus grande difficulté à envisager des relations durables.
Face à un défi d’une telle gravité, il convient que les chrétiens réagissent dans le cadre de leur responsabilité civique mais aussi à l’intérieur de la communion ecclésiale, sous la responsabilité de la hiérarchie épiscopale. La récente visite de Léon XIV en France a montré comment l’Église était en mesure d’exposer un tout autre visage de notre pays, avec la joie de prier ensemble, de faire participer des familles unies à des rassemblements qui sont l’antithèse même des manifestations violentes auxquelles nous assistons. Mais il est aussi demandé aux catholiques de participer à une réflexion commune sur les résultats de l’effondrement actuel et les solutions propres à imaginer une authentique renaissance.
Relations délicates entre islam et christianisme
Cette réflexion se doit d’être franche, sans faux-fuyants, évitant toute démagogie mais refusant toute esquive des difficultés. Ainsi il y a autant de démagogie à tout ramener aux conséquences de l’immigration qu’à refuser d’envisager à quel point celle-ci est aussi déstabilisatrice de nos fragiles équilibres.
Y a-t-il une différence chrétienne dans la façon d’aborder un tel sujet ? Sûrement, mais non seulement en raison des exigences de la charité, mais aussi de sa dimension religieuse. Les relations entre l’islam et le christianisme sont délicates en raison du statut de cette religion qui, contrairement au judaïsme, ne participe pas aux mêmes sources scripturaires. L’appel nécessaire à la paix des esprits et des cœurs ne saurait se faire dans l’ignorance des causes profondes de la crise que nous vivons.